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Complexe sidérurgique Sider El Hadjar : Un géant aux pieds d’argile

03 janvier 2019 à 10 h 52 min

Le complexe sidérurgique Sider El Hadjar a été secoué durant ces derniers mois de l’année 2018 par plusieurs événements, dont le dernier lui a valu une grève de 13 jours assortie d’une perte quotidienne de 10 millions de dinars. En effet, plus de 1000 contractuels, les uns sous contrat de travail aidé (CTA) et d’autres à durée déterminée (CDD), ont débrayé, réclamant leur titularisation après plusieurs années de travail.

Mais la direction générale ne voulait rien entendre, affichant son incapacité à assumer cette charge que la trésorerie de l’entreprise ne saurait supporter. «Notre revendication est légale. Après plusieurs années d’essai, nous exigeons des contrats à durée indéterminée (CDI) dans nos postes de travail respectifs. Le PDG Chemseddine Maatallah nous a renvoyés aux calendes grecques, préférant l’affrontement au dialogue.

Ce qui atteste de l’absence d’un esprit managérial, indispensable pour dénouer les conflits dans le milieu professionnel», estiment les jeunes diplômés protestataires. Avec une ferme intention d’en découdre avec la direction générale, ils se sont massés face au siège de cette dernière en scandant «Maatallah dégage». Ne voyant rien venir, ils ont radicalisé leur mouvement de protestation en bloquant la voie ferrée qui relie le haut-fourneau aux autres ateliers, paralysant ainsi la production.

A l’extérieur du complexe, le conflit avait pris une dimension politique. Selon un message électronique posté sur les réseaux sociaux par Smaïl Kouadria, ancien député PT de Guelma et ex-syndicaliste au complexe sidérurgique d’El Hadjar : «Djoudi Djelloul, le chef du groupe parlementaire du PT, a entrepris des démarches auprès de Zemali Mourad, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, pour trouver une solution à la situation de crise qui prévaut actuellement au complexe sidérurgique d’El Hadjar.» Selon toujours la même source : «Le ministre du Travail, qui a reçu le président du groupe parlementaire du PT, a annoncé que tous les contractuels – CTA et CDD –, qui ont travaillé des années au complexe, seront titularisés.»

Afin d’éviter la récupération politique et de mettre fin à ce débrayage ayant pour conséquence directe l’arrêt de l’activité du haut-fourneau et une paralysie totale du complexe, le président-directeur général (PDG) du groupe Imetal, Tarik Bouslama, a été dépêché par le ministre de l’Industrie, Youcef Yousfi, pour régler définitivement ce conflit. Mission accomplie en moins de 24 heures. En effet, il s’est déplacé personnellement à Sider El Hadjar pour prendre attache avec les travailleurs concernés, qui n’ont pas accepté de libérer la voie ferrée d’approvisionnement du haut-fourneau après l’échec de la direction générale à remédier à la situation.

«Pour pallier à cette crise, le président-directeur général du groupe Imetal a présidé des séances de travail avec les directions générales du groupe Sider et de Sider El Hadjar en la présence des représentants du syndicat de l’entreprise et de l’inspection de travail, où il a expliqué clairement aux différentes parties présentes les retombées de cette situation sur l’avenir de leur entreprise ainsi que sur les acquis relatifs à la stabilité sociale au complexe.

Il a souligné que la pérennité de Sider El Hadjar est liée essentiellement à la stabilité sociale et à la performance de son potentiel humain», a expliqué Hichem Bamoun, directeur de la communication du groupe Sider El Hadjar. Sur le terrain, le PDG d’Imetal est venu sur les lieux avec l’ensemble des parties présentes, et a communiqué directement avec les agents en grève.

Il leur a expliqué la dangerosité de cette situation et l’obligation de la reprise immédiate de l’activité de l’usine. Après avoir exposé les conclusions des réunions tenues au préalable, les travailleurs grévistes ont été convaincus, les lieux ont été libérés et le processus de la reprise de l’activité de la production a été engagé. Un accord collectif a été signé par les deux parties concernées.

Cependant, à peine l’émissaire de M. Yousfi parti, le complexe a renoué immédiatement avec des perturbations entre la direction générale et le partenaire social. Constatant son échec face à la gestion du conflit des contractuels, le PDG de Sider El Hadjar, Maatallah Chemseddine, a fait l’objet d’une anonyme motion de soutien. Dans cet appel aux travailleurs, il leur est demandé, selon ce document, de signer cette motion à l’effet de «soutenir le PDG de Sider El Hadjar et dénoncer le syndicat de l’entreprise qui soutient les malversations et les risques menaçant le complexe et les intérêts des sidérurgistes».

Des accusations graves qui ont poussé le partenaire social, partie prenante dans le règlement du dernier conflit, à se fendre d’un communiqué officiel à l’adresse des mêmes travailleurs de l’entreprise. «Nous sommes étonnés des agissements de quelques directeurs avec la complicité de plusieurs autres opportunistes visant la déstabilisation de l’entreprise, notamment après le dernier acquis qui a permis la levée de la grève des contractuels. Le syndicat de Sider El Hadjar est explicitement visé à travers des tracts qui incitent à la zizanie au sein des travailleurs», s’insurge Riad Djemaï, secrétaire général du syndicat de l’entreprise Sider El Hadjar. Et de dégager officiellement «la responsabilité du partenaire social quant à d’éventuels dépassements aux conséquences incertaines».

La direction générale accusée

La direction générale de Sider El Hadjar, pour rappel, a été accusée, documents à l’appui, d’avoir allumé la mèche de la dernière protestation des contractuels CTA/CDD, notamment après le recrutement de plusieurs employés et cadres dont une partie en contrats à durée indéterminée (CDI). Des ingénieurs contractuels, qui perçoivent un salaire net de 36 000 DA, affirment  : «Nous disposons de preuves matérielles que ce même PDG a recruté, en septembre dernier, un chef de projet génie civil en CDI avec un salaire net de 90 000 DA.

Un autre en août 2018 en CDD en tant que superviseur de projet avec un salaire net de 65 000 DA. Ces deux recrutements sont destinés pour la direction technique de l’entreprise.»
Les disparités salariales sont, en effet, un autre problème qui a fait réagir les chefs de projet.

En colère, ils ont saisi la direction technique officiellement. «Nous réclamons l’alignement des salaires de base avec l’encadrement qui a été récemment recruté (90 000 DA/mois net). Nous vous informons que la moyenne d’expérience acquise au sein de notre entreprise est de 15 ans minimum.

De ce fait, nous demandons la valorisation de notre expérience et notre savoir-faire que nous avons prouvés durant notre carrière», lit-on dans une correspondance datée du 12 novembre dernier, adressée par des chefs de projet au directeur technique de Sider El Hadjar. Face à cette situation qui déstabilise les sidérurgistes, ces derniers interpellent le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, et Tarek Bouslama, PDG d’Imetal, à l’effet d’intervenir sévèrement pour dissiper ce climat délétère, qui empoisonne l’atmosphère du complexe d’El Hadjar, et recouvrer la paix sociale d’antan. Un ingrédient inéluctable pour le bon fonctionnement de l’entreprise.

Mais pourquoi la direction générale de Sider El Hadjar ne veut-elle pas de son partenaire social, nouvellement élu ? Pour comprendre cette situation, il faut revenir quelques mois en arrière. Conduit par Noureddine Amouri, l’ancien syndicat entretenait d’excellents rapports avec ce même PDG avec au bout une paix sociale de plusieurs années et de conséquentes augmentations salariales.

Paradoxalement, Maatallah Chemseddine a décidé de lâcher le syndicat sous prétexte d’être un proche de Tliba, alors que lui-même est notoirement connu pour ses accointances avec ce député. Le 19 septembre dernier, Chemseddine Maâtallah, qui, dans un passé récent, se prévalait de son intimité avec le député Tliba Bahaeddine, avait fait appel à la centrale pour dissoudre le syndicat de l’entreprise. C’est ce qui a été fait.

Le syndicat fut éjecté et un autre élu, dont le secrétaire général est Djemaï Riyad, l’a remplacé à la faveur d’élections en toute transparence. N’étant pas satisfait de la nouvelle équipe élue à l’unanimité par les sidérurgistes, le PDG de Sider El Hadjar a voulu, selon eux, la mettre au pas par tous les moyens. Peine perdue, puisqu’elle puise sa force depuis sa légitimité. En plein milieu de ce bras de fer, la seconde phase du plan d’investissement tarde à se concrétiser. On s’attend, au terme de cette dernière, à une production annuelle de 1,1 million tonnes de produits ferreux d’ici 2021.

Selon des statistiques officielles, le complexe Sider El Hadjar n’a réalisé cette année que près de 700 000 tonnes d’acier liquide. Parallèlement, le complexe sidérurgique Tosciali a produit plus de quatre millions de produits ferreux, dont une partie a été exportée vers les Etats-Unis.

Au conflit syndico-syndical, qui a failli faire exploser la paix sociale dans le complexe, devenu une arène pour la récupération politique entre les partis FLN, RND et PT, il faut ajouter un sérieux problème de la qualité de ses produits sidérurgiques qui a connu dernièrement une dégradation, malgré la certification ISO 9001 version 2015.

Il en est ainsi de la commande de 15 000 tonnes de bobines par le président du groupe ETRHB, Ali Haddad. Ce dernier aurait rejeté 2000 tonnes sur une première livraison de 3000 tonnes, ce qui a mis dans l’embarras le ministre de l’Industrie et ses collaborateurs, dont le chef de la division de participation qui est un administrateur au conseil d’administration (CA) de Sider El Hadjar. Déclarées également non conformes, près de 15 000 autres tonnes de brames en acier sont actuellement transférées, sur ordre de la direction générale, à l’entreprise de récupération Fersid et à l’atelier de l’aciérie à oxygène n°1 à l’effet d’être découpées et transformées en rebuts.

Les multiples casquettes de responsabilités de Maâtallah Chemseddine ne lui ont pas été d’un grand secours, d’autant plus qu’il est cité dans une enquête de la gendarmerie concernant des transactions douteuses (marchés de gré à gré). En effet, ce dernier cumule à la fois les postes de président du conseil d’administration (PCA) de Sider El Hadjar et de Emirat Dzair Steel (EDS), une entreprise algéro-émiratie en phase de concrétisation au sein même du complexe El Hadjar.

Une ascension fulgurante, font remarquer des cadres de Sider El Hadjar, sachant qu’il n’a jamais exercé au titre d’administrateur dans aucune entreprise publique, encore moins privée.

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