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dimanche, 17 février, 2019
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Collusion entre mission institutionnelle et activité partisane : L’État en campagne pour le 5e mandat

12 février 2019 à 11 h 15 min

Avec une importante longueur d’avance sur les candidats à la candidature présidentielle de 2019, le président Bouteflika est déjà en campagne électorale.

Après le show médiatique organisé par de nombreux ministres FLN en fonction à la Coupole du 5 Juillet à Alger, c’est au tour d’Ahmed Ouyahia de faire une déclaration à partir de la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, où il assistait en tant que Premier ministre aux travaux du sommet des chefs d’Etat africains. «Le peuple algérien est très content de la candidature de Bouteflika», a affirmé Ahmed Ouyahia à la presse internationale qui a, d’ailleurs, repris en boucle ses propos.

La neutralité qu’impose sa fonction de Premier ministre a volé en éclats. Une neutralité que les médias publics ont foulé aux pieds, en accordant une large diffusion sur toutes les chaînes publiques, la déclaration d’intention de candidature pour un 5e mandat, en la présentant comme un communiqué émanant de la présidence de la République et non pas du candidat à la candidature.

Pourtant, aucun des candidats à la candidature, aussi bien ceux appuyés par des partis politiques qu’indépendants, n’a bénéficié d’une telle couverture médiatique. Certains – comme Ali Ghederi ou Fethi Gheras du MDS – sont totalement ignorés, et leurs activités font l’objet d’un embargo qui ne dit pas son nom.

Hier, le ministre de la Justice, Tayeb Louh, a fait le buzz sur les réseaux sociaux, après son passage filmé au Forum de la Chaîne 1.

Entouré par plusieurs journalistes de cette radio publique, le ministre a expliqué durant deux longues heures les détails du contenu de la lettre d’intention de candidature de Bouteflika à sa propre succession, qui est en réalité son programme électoral.

Oubliant son statut de ministre de la Justice – dont dépendent plus de la moitié des magistrats du pays impliqués dans le scrutin depuis la première étape de révision extraordinaire du fichier électoral jusqu’à la validation et l’annonce des résultats définitifs – Tayeb Louh parle de tout ce que le candidat Bouteflika promet de faire dès sa réélection pour un 5e mandat, en citant «la conférence nationale, la réforme constitutionnelle pour plus de prérogatives au pouvoir législatif, ainsi que la réforme fiscale, la refondation des relations internationales et le renforcement du front interne».

Durant deux heures, le garde des Sceaux n’a cessé de faire l’éloge du programme de Bouteflika, oubliant qu’il était invité au forum de la Chaîne 1 en tant que ministre de la Justice pour parler du scrutin présidentiel et non pas en tant que cadre du FLN, qui fait la campagne du président-candidat.

Une campagne qui, faut-il le préciser, a commencé dès samedi dernier avec un rassemblement populaire à la Coupole du 5 Juillet, à Alger, et auquel ont pris ont pris part de nombreux membres (FLN) du gouvernement en adoration devant des portraits d’un Président absent, auquel ils ont demandé de se représenter pour un 5e mandat.

Lors de ce regroupement, certaines présences ont surpris plus que d’autres. Parmi elles, celle du directeur général du protocole de la Présidence qui assure également de chef de cabinet par intérim. Ce haut fonctionnaire de l’Etat, tenu par l’obligation de réserve, était en plein milieu d’une foule hystérique qui se bousculait, et il portait un immense cadre avec la photo de Bouteflika.

Décorés de portraits du président-candidat, des centaines de bus (dont la plupart portant l’effigie de la société du puissant homme d’affaires Mahieddine Tahkout), qui ont servi au transport de milliers de manifestants vers la Coupole, à Alger, continuaient jusqu’à hier à circuler dans les artères de la capitale et autres villes, avec les mêmes photos et les mêmes slogans, comme si nous étions en pleine campagne électorale.

Pourtant, tout le monde sait que cette déclaration d’intention de candidature n’est qu’une première étape qui permet aux concernés d’obtenir les formulaires devant être signés par les électeurs (60 000) ou les élus (600) à travers au moins 25 wilayas et de constituer le dossier de candidature devant être validé par le Conseil constitutionnel.

Toutes ces dérives constatées ces dernières 48 heures démontrent, encore une fois, cette forte collusion entre les missions des institutions de l’Etat et les intérêts des partis, notamment le FLN, passé d’appareil de l’Etat à Etat-parti tout court.

Face à cette situation qui met le candidat de l’Etat en position privilégiée, la Haute instance indépendante de supervision des élections (HIISE) reste muette, suscitant des craintes quant au respect de la transparence et de l’équité entre candidats, promises par son président, Mohamed Derbal…

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