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Collectif Vérité et Justice en Algérie : La démocratie n’est pas soluble dans l’oubli

26 mars 2019 à 10 h 10 min

Nous, membres du collectif Vérité et Justice en Algérie, nous inscrivons pleinement dans le combat que mènent nos sœurs et nos frères contre ce régime autoritaire et prédateur.

La contestation qui secoue le pays est d’une ampleur sans précédent. Ce n’est plus seulement le 5e mandat qui est en question. Le peuple réclame le départ de Bouteflika et de toute sa bande. Il exprime une détermination claire et forte pour un changement radical du système politique qui gouverne l’Algérie depuis l’indépendance.

Les démonstrations qui se succèdent toutes les semaines depuis le 22 février 2019 ont ébranlé le pouvoir. Le régime est aux abois. Pris de panique, il annule la candidature de Bouteflika et procède à un remaniement de façade du gouvernement.

L’appareil d’Etat se fissure et les rats commencent à quitter le navire. Le régime se désolidarise du régime. Les dirigeants du FLN, du RND, de l’armée et leurs porteurs d’eau au sein de «l’opposition», toute honte bue, enchaînent les déclarations en faveur des manifestations et rivalisent ainsi dans le cynisme et le grotesque.

Mais le peuple n’est pas dupe. Il continue à occuper la rue et réclame «isqat ennidham», la chute du régime. Le régime prédateur de Bouteflika n’est que la continuité du système politique en place depuis 1962, dont la colonne vertébrale a toujours été l’armée.

Ce régime est responsable du pillage qui a conduit à la ruine du pays et aux massacres de la décennie noire.

L’Algérie a connu durant les années 1990 un climat de terreur où la population civile était prise en étau entre les groupes islamistes armés et les forces de sécurité. Ces années de terreur ont fait des centaines de milliers de victimes.

Les violations massives des droits humains ont été perpétrées aussi bien par les groupes islamistes armés que par les forces armées du régime. Massacres collectifs, assassinats ciblés, exécutions extrajudiciaires, tortures, viols, attentats à l’explosif, expulsions, expropriations et disparitions forcées ont été le lot quotidien des Algériennes et des Algériens, notamment parmi les couches les plus démunies et les plus vulnérables de la société.

A ce titre, les femmes ont constitué une cible privilégiée des égorgeurs islamistes et des lois scélérates du FLN et de ses rejetons au pouvoir.

Pour consolider son système de prédation de l’économie nationale et une distribution de la rentre pétrolière entre ses différentes cliques, le pouvoir algérien, avec à sa tête Bouteflika, a exploité l’aspiration légitime du peuple algérien à la paix pour promulguer la «charte nationale pour la réconciliation et la paix», en septembre 2005. Une charte qui a sanctuarisé l’impunité et qui a permis de «blanchir» les protagonistes de la guerre menée contre le peuple tout en criminalisant celles et ceux qui n’ont eu de cesse de réclamer vérité et justice.

Cette charte a surtout cristallisé la réconciliation des différentes bandes armées en conflit et les voyous des milieux d’affaires pour assurer la poursuite de la rapine.

Elle a permis de rassurer les puissances auxquelles est inféodé le régime algérien ainsi que les investisseurs internationaux en offrant une «stabilité» nécessaire à l’exploitation en toute quiétude du pétrole et du gaz tout en faisant du pays un grand bazar pour la mafia de l’import. Dix ans de guerre contre les civils n’étaient pas suffisants. Pour réussir cette entreprise, il a fallu encore museler la société pendant vingt ans pour écraser toute velléité de résistance ou de contestation.

Cette réconciliation, promue par le pouvoir, a été rejetée avec force par les familles des victimes des disparitions forcées et des exactions des forces armées et celles des victimes du terrorisme islamiste qui se sont prononcées contre l’amnésie, contre l’amnistie et pour la justice. Aucun changement véritable du système politique actuel n’est possible si ces questions sont éludées.
Aucun changement véritable du régime n’est possible si les auteurs et les commanditaires des crimes de la «décennie noire» ne sont pas traduits devant la justice.

La démocratie ne sera pas soluble dans l’oubli. L’impunité est le corollaire de la brutalité du régime depuis le soulèvement d’Octobre 1988. Nous affirmons à cet égard le droit des citoyennes et des citoyens d’établir sans entraves la vérité sur les causes et les auteurs de la violence depuis 1988.

Un avenir démocratique n’est possible que si la société algérienne est en mesure de rendre justice à toutes les victimes de cette période et de réparer les préjudices subis par les victimes et leurs familles : les victimes d’Octobre 1988, les victimes de la guerre contre les civils durant la décennie noire, les victimes du Printemps noir de 2001 en Kabylie, ainsi que les victimes des différentes protestations qui ont jalonné l’histoire récente du pays.

Le déni de la vérité et de la justice, s’il illustre le mépris profond du régime envers le peuple, a constitué l’un des ferments des convulsions politiques et sociales des vingt dernières années. Il sera porteur de nouvelles convulsions si le sujet est encore une fois écarté. Conscients que la garantie du respect des droits humains est fondamentale pour bâtir une société démocratique juste et réconciliée avec elle-même, nous exigeons l’abrogation immédiate de la «charte pour la réconciliation et la paix».

Nous appelons à rester vigilants contre les tentatives actuelles qui visent à détourner et à arrêter le mouvement de contestation au nom de la mise en place d’un gouvernement de transition pour un ravalement de façade qui va remettre en selle les vieux chevaux de retour du régime et leurs acolytes parmi une «opposition» qui a apporté sa caution à ce même régime.

La jeunesse, les femmes et le peuple algérien dans son ensemble, par centaines de milliers, expriment dans la rue avec dignité, colère et humour leur aspiration profonde à un changement radical du système.

C’est cette Algérie confisquée depuis 1962 qui s’affiche.

Une Algérie généreuse, plurielle, rebelle et créative : l’Algérie de demain !

Le collectif Vérité et Justice



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