Cheval de Troie | El Watan
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samedi, 21 septembre, 2019
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Repère

Cheval de Troie

25 août 2019 à 10 h 20 min

L’entreprise de sape et de dilution des revendications populaires portée par le mouvement du 22 Février se poursuit avec de nouvelles méthodes et de nouveaux moyens.

L’endiguement sécuritaire et la répression «chirurgicale» des marches ayant montré leurs limites dès le départ face à des manifestations aux envergures physiques dépassant les moyens «tactiques» de dissuasion de n’importe quelle police du monde, et surtout leur caractère pacifique et auto-organisé, ont rendu inopérante toute tentative de «gestion démocratique des foules» selon la recette pratiquée auparavant. L’épouvantail de la menace sur la stabilité du pays et des infiltrations terroristes, agité mécaniquement pour neutraliser les franges les plus réceptives théoriquement au péril suggéré (les moins jeunes des manifestants notamment), n’a pas non plus fonctionné. Puis vint la machine de la contre-révolution, avec en appui l’embrigadement des médias audiovisuels et le déferlement des «mouches électroniques» sur la Toile pour semer le désordre et le doute dans les esprits, ternir l’image des «élites» en émergence dans le hirak, et faire la réclame du discours des maîtres du moment.

Celle-là aussi doit faire un bilan négatif de son «rendu» tant le mouvement populaire a passé avec succès le test d’un Ramadhan qu’on avait annoncé comme un moment de repli pour la mobilisation, puis celui de l’été censément propice à envoyer les Algériens s’occuper de leurs fêtes de mariage et autres séjours balnéaires, plutôt que de venir braver la canicule et marcher… Même les spectaculaires processions des «intouchables» pontes du système dans ses segments politiques et économiques vers la prison d’El Harrach n’ont pas suffisamment fait crier victoire au «peuple» ni ne l’ont dévié de la revendication de «changement du système».

Aujourd’hui, le système, ou ceux qui s’emploient à le supplanter, semble avoir retrouvé des réflexes politiques et s’engage dans des processus moins frontaux pour faire passer son projet. L’instance de dialogue et de médiation donne tout l’air de s’inscrire dans cette démarche. En plus de défendre la chose et son contraire, le «panel» ne s’émeut pas de la démarcation des composantes du hirak dans leurs diverses sensibilités politiques, alors qu’il est fondamentalement censé prendre en charge ses aspirations. Son action, officiellement déclinée comme celle qui doit faire la médiation entre les initiatives politiques émises par les différents groupes politiques et sociaux dans le contexte, oublie que, pour l’heure en tout cas, les Algériens ne sont pas en «conflit» entre eux, et qu’ils mènent en substance un mouvement solidaire qui les unit comme jamais depuis l’indépendance.

Illusion de division

L’objectif de l’instance que dirige à Karim Younès est de tenir une conférence nationale pour parvenir à un compromis, et ce dernier ne doit aboutir qu’à la tenue d’une élection présidentielle «dans les plus brefs délais».

A moins de lancer un autre hirak acquis, lui, à la tenue de l’élection, sans la satisfaction des préalables politiques, sans la libération des détenus d’opinion et sans la levée de la pression exercée sur les médias, il est raisonnablement peu sérieux de croire à la possibilité d’un retour proche aux urnes. Les membres de l’instance de dialogue le savent, mais ils se font un devoir et une mission de prêcher le contraire. Aussi, il y a lieu de se demander quelle est la véritable vocation du panel, puisqu’il est désormais évident qu’il n’a aucune chance d’être à la hauteur de celle qui lui est officiellement dévolue. Accessoirement, et depuis quelques semaines, on sait que l’entité sert au moins à braquer sur elle le mécontentement populaire, évitant aux «décideurs» de continuer encore à être les cibles exclusives des immenses tribunaux populaires dressés chaque vendredi.

L’autre pari est d’entretenir l’illusion d’un fractionnement au sein du hirak, entre partisans et opposants au dialogue, à travers des rencontres que les médias enrégimentés s’occuperont de présenter comme des preuves d’adhésion progressive à la démarche du panel. La majorité des acteurs de la scène politique et des animateurs de la société civile, en tout cas, rejettent toute forme d’engagement dans le processus, après avoir statué que l’Instance de dialogue est un cheval de Troie dont les visées se résument à fissurer le mouvement populaire pour l’affaiblir. Sur quoi et avec qui donc dialoguera le panel ?


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