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Chère IIe République… #2

19 avril 2019 à 9 h 10 min

La pression est maintenue pour le départ du système et l’émergence d’une IIe République. Mais quelles sont les réformes à entreprendre dans cette future IIe République afin de sauver les différents secteurs ? Une première évaluation a été publiée dans la dernière édition d’El Watan Week-end. Aujourd’hui, retour sur 4 autres secteurs importants.

 

#Gouvernance

Bouteflika à la tête du pays, c’est 20 ans de règne, mais surtout de mauvaise gouvernance. Pour Mahrez Bouich, enseignant chercheur en philosophie politique à l’université Abderrahmane Mira de Béjaïa, durant les 4 mandats successifs du président démissionnaire, l’Algérie a été caractérisée par une mauvaise gestion du pays qui a engendré le piétinement constitutionnel, une fragilisation de toutes les institutions de l’Etat, une gouvernance opaque et clientéliste, la propagation de la corruption et de l’incompétence, et des atteintes répétées aux droits de l’homme et à la praxis politique.

Pas très glorieux, tout ça. Mais quelles seraient alors les réformes à entreprendre dans la «future nouvelle République» afin de rétablir la situation ? Mohamed Hennad, politologue, estime que nous avons moins besoin d’un ordre politique nouveau que de mœurs politiques nouvelles. Selon lui, aujourd’hui l’Algérie est dotée, grosso modo, de toutes les institutions d’un Etat moderne, mais nous n’avons pratiquement aucun de ses attributs. «En Algérie, force et de constater que les institutions politiques continuent d’être tellement abusées qu’elles sont devenues antinomiques avec l’objectif pour lequel elles sont destinées, c’est-à-dire avoir des autorités publiques légitimes et méritantes à la tête du pays», se désole-t-il.

En termes de réformes, le politologue Mourad Goumiri estime qu’elles doivent concerner la légitimité des institutions. A titre d’exemple, le politologue pense au pouvoir judiciaire, à la Banque centrale, à la Cour des comptes, au Conseil constitutionnel, au Parlement, à l’alternance au pouvoir et à la limitation des mandats, aux libertés individuelles et collectives, aux droits et aux devoirs des citoyens, mais pas que ! «Les changements doivent également être opérés au niveau des contre-pouvoirs. On doit tout mettre en œuvre afin que dans le futur, plus personne ne puisse agir comme a pu le faire ce pouvoir dictatorial durant vingt ans.

C’est tout un programme, il faut aller très vite pour remplir les vides légaux et mener la tâche avec volontarisme», propose-t-il. A en croire l’analyse de Mahrez Bouich, le président démissionnaire a instauré un «pouvoir-Etat totalitariste» qui repose sur sa domination tous azimuts à la fois du processus décisionnel et la prise de décisions majeures et capitales qui concernent le pays. «Cela ne peut être qualifié que par la personnalisation du pouvoir», indique-t-il.

Selon lui, la révolution pacifique que mènent courageusement les Algériens à travers les marches pour le changement et la rupture radicale avec le système en place a pu changer toutes les constantes et les variables qui constituent l’équation politique algérienne, puisque le «dégagisme» comme acte fondateur du changement a remplacé l’ancienne constante, défendue par le pouvoir politique et ses relais, à savoir la continuité. Aussi, le terme rupture a remplacé le mot réforme, celui de refondation a remplacé le mot alternance clanique, la solution politique a remplacé les manœuvres anticonstitutionnelles, etc. Pour lui, tout changement en Algérie doit disposer d’au moins quatre fondements cardinaux.

Le premier, selon Mahrez Bouich, est d’avoir un idéal politique comme alternative à la situation actuelle, inspiré principalement des slogans et des préoccupations portées par le peuple dans sa révolution en marche, menée depuis la première marche du 16 février à Kherrata, afin que le fil conducteur du changement ne devienne pas sans repères. Le deuxième, toujours selon l’enseignant, est de refonder l’Etat national à partir d’une période de transition qui repose sur un processus constituant en dehors du système.

Autrement dit, un changement horizontal que demande d’ailleurs le peuple via sa révolution en marche. «Ce changement commence par la mise en place d’un ‘‘présidium’’ composé de personnalités neutres et autonomes, puis procéder à la mise en place d’un gouvernement de transition de compétences nationales composé de personnalités neutres et compétentes. Suivra la dissolution de l’APN et du Sénat, la Constituante puis finalement aller vers l’organisation d’une élection présidentielles, propose-t-il. Le troisième fondement, selon Mahrez Bouich, est de provoquer une rupture pacifique et radicale sur quatre niveaux. Le premier, selon lui, est la rupture avec la nature et l’ADN militaire du système politique algérien.

Le second est la rupture totale avec les fondements totalitaristes et autoritaristes du «pouvoir-Etat» instauré depuis 1962. Le troisième niveau, toujours selon Mahrez Bouich, est une rupture radicale avec l’économie rentière qui a empêché à la fois l’avènement d’une économie productive et diversifiée et l’émergence d’acteurs économiques libres et autonomes dans le cadre d’un Etat régulateur. Et enfin, le quatrième niveau est la rupture radicale avec des pensées extra-algériennes qui ont été depuis longtemps nocives pour l’algérianité. Finalement, le quatrième fondement consiste, selon notre interlocuteur, à prendre en considération les paramètres historico-politiques et socioculturels de l’Algérie.

La raison : «Un pays comme l’Algérie, qui vient de sortir d’une atroce guerre civile et d’un puissant traumatisme psychologique dont les séquelles ne sont pas guéries à nous jours, a besoin d’un véritable travail politique pour que l’on puisse rétablir d’abord la confiance des Algériens en eux-mêmes», explique-t-il. Pour l’enseignant, en tenant compte de ce qui précède, cela permettra de mobiliser la société comme seule force motrice de tout changement radical et pacifique du système.

#Culture

La secteur de la culture, comme le reste des secteurs, n’est pas en reste des réformes et des changements. Sid Ahmed Semiane, dit SAS, écrivain et cinéaste, livre sa vision de comment doit être la culture :
Ne serait-il pas présomptueux de parler de «deuxième République» à l’heure qu’il est ? Les résidus coriaces de celle qui devait en être la première, cette espèce de gérontocratie

autoritaire et irresponsable, sont toujours là. Nous n’en n’avons pas encore fini avec elle. Mais il est toujours permis de réfléchir. Mais comment penser la culture ? Comment l’imaginer ? Donc comment la voir précisément ?…

C’est peut-être là notre erreur : Réfléchir la culture. Tenter constamment de voir ce qu’elle sera demain au réveil. Nous n’avons pas à voir la culture, c’est à la culture de nous voir. Toute tentative de réfléchir la culture est, à mon sens, un non-sens, une tentative quasi totalitaire qui consiste à vouloir la contrôler, la cerner, la maîtriser, la dompter, l’inscrire dans un cahier des charges précieux, en faire un produit manufacturé et préfabriqué.

La culture, c’est ce qui déborde, sort du cadre, casse les codes, ne respecte pas les formes et en créé constamment de nouvelles. C’est également ce qui nous surprend…
La culture, c’est ce qui nous montre ce que nous sommes, traduit nos profondes angoisses, nos lointaines espérances, nos folies cachées, nos illusions… et nous dit ce que nous voulons être, pas seulement en tant que nation, mais en tant qu’individus. Penser la culture est une erreur, c’est la réfléchir dans ce qu’elle a d’infiniment grand.

C’est lui donner les contours d’un Etat, et exiger d’elle qu’elle porte les soucis d’une nation. L’art ne peut pas prendre en charge l’histoire et les ambitions d’une nation. Ce serait de la pure propagande. La culture, c’est l’infiniment petit.

C’est l’infiniment petit qui parle à l’infiniment grand. C’est l’infiniment petit qui transcende tout pour être, peut-être, la voix de l’infiniment grand. C’est Goethe et Fritz Lang qui deviennent l’Allemagne.

C’est Pessoa qui devient le Portugal. C’est Dylan et Basquiat qui deviennent l’Amérique. C’est Derwich qui devient la Palestine. C’est les Rolling Stones et Les Beatles qui deviennent la Grande Bretagne. C’est Rimiti qui devient l’Algérie. La culture échoue forcément quand elle tente de prendre en charge les interrogations d’un Etat. La culture doit interroger l’individu parce qu’elle est l’œuvre de l’individu. De la singularité qui devient la pluralité. Pas l’inverse. La culture ne doit répondre à aucune injonction. Ni nationaliste, ni religieuse, ni linguistique, même si elle s’inscrit forcément dans ces mêmes espaces. La culture, c’est l’art dans toutes ses formes. Et l’art, c’est l’Homme dans sa complexité, pas l’Etat dans ses ambitions de grandeurs politiques. L’art est fragile, l’Etat est puissant.

Et cette puissance doit garantir à cette fragilité de devenir une force dans la société, pas la fragiliser davantage, la marginaliser, l’infantiliser en lui dictant de quelle manière et dans quelle direction l’art doit aller, lui imposant ainsi des limites, un langage et des frontières. Un Etat ne doit pas penser l’art, il l’emprisonnera forcément et trouvera toujours des aspects dégénératifs, des subversions antagoniques et menaçants avec l’idée que se fait l’Etat lui-même, de sa propre existence et de sa propre pérennité.

Un Etat ne doit pas réfléchir la culture, ne doit pas imaginer l’art. Seuls les créateurs sont en mesure de le faire. Sinon, nous créerons un autre ‘‘réalisme socialiste’’. Un Etat doit seulement permettre à l’art d’être, d’exister. Si des lois doivent être imaginées et conçues, c’est tout simplement pour en permettre sa diffusion, garantir son exploitation. Concevoir des lois sur la culture, c’est en limiter son champ d’intervention. C’est créer sa mise en quarantaine, sa censure, les conditions légales de sa mise à mort.

Aucune autorité, quelle que soit sa légitimité, ne doit être en mesure d’invalider une œuvre d’art. Aucun ministère, aucune force, ne doivent être en mesure d’en disqualifier le contenu, pour raison historique, religieuse, politique, comme c’est le cas aujourd’hui. Le contrôle de l’esprit passe par le contrôle de la culture. Alors, je ne sais pas comment doit être la culture demain, mais je sais comment elle ne doit pas être. L’Etat, la République, celle que nous subissons ou celle à venir, ne doit pas réfléchir la culture, elle doit juste en être le garant de son expression absolue. Et d’ailleurs, aujourd’hui, avec ce magnifique mouvement, nous en donnons la preuve, un avant-goût de ce que pourra être cette culture.

Chaque vendredi, nous voyons comment même dans la pluralité d’un peuple, l’individu, par sa créativité singulière, qui à travers un slogan, une pancarte, un accoutrement ou un chant, crée de la communion, de l’identité et de l’identification. C’est aussi ça la culture. La casa d’El Mouradia de Oueled el Bahdja, ce chant merveilleux de justesse, en est la parfaite illustration.

#Société

«Netrebaw ga3», #Nadhifa_challenge, #Silmiya, bénévolat, solidarité et respect, nettoyage des rues après manifestations, groupes de secouristes, baisse de l’harcèlement dans les rues… depuis le 22 février dernier, c’est une nouvelle Algérie qu’on découvre. Alors qu’on pensait que les Algériens sont des brutes épaisses, le peuple algérien, via son pacifisme, est pris pour exemple dans de nombreux pays. D’ailleurs, il serait en course pour décrocher le Prix Nobel de la paix…

Et si de nombreuses réformes doivent êtres opérées dans les différents secteurs de la future nouvelle République, le comportement des Algériens doit suivre et certains changements sont aussi attendus, même si ce n’est pas aussi facile. Selon le Dr Saïb Musette, l’histoire des sociétés nous apprend que les changements des comportements sont les plus difficiles et les plus contraignants sur le plan social. «En sociologie, il n’existe pas de vulgate ou de lois générales sur les comportements sociaux ni sur la logique de l’évolution du social. Il s’agit plus de produire une réflexion sur l’intelligibilité d’une situation singulière. Une ‘‘révolution pacifiste’’ est en soi assez singulière dans l’histoire des sociétés humaines», explique-t-il. Ajoutant que pour comprendre les comportements sociaux, deux éléments basiques méritent d’être soulignés d’emblée.

Primo, il est admis que les sociétés sont dynamiques par essence. Donc, elles ne sont pas figées, elles évoluent en fonction des étapes, des événements plus ou moins longs. La transition d’un Etat à un autre se fera certes avec des appréhensions, des résistances quant à nos relations sociales, des régressions aussi peuvent être observées. Secundo, il est aussi connu que le social a sa logique qui n’est pas celle de la rationalité économique, qui repose sur des calculs, des estimations de risques ou encore des probabilités.

La logique du social est celle motivée par les besoins immédiats, s’organise selon la légitimité de l’action. Partant de ces deux postulats, le chercheur affirme que cinq éléments novateurs, entre autres, sont à attendre en vue d’accéder à des changements de nos comportements. Et ces éléments sont déjà largement documentés. Voici ce qu’avance l’analyse du docteur en sociologie, Saïb Musette, sur les changements de comportement que la nouvelle République impose : d’abord, il est attendu que la société, dans son ensemble, serait impactée par la nature des réformes économiques et politiques à venir.

Quelques exemples suffiraient pour l’instant. Sur le plan économique, quelles que soient les réformes, nous aurons à renouer avec la «valeur travail». Cette valeur a été mise à rude épreuve, pour ne pas dire perdue, avec la rente pétrolière.

Toutes les études empiriques montrent qu’il y a un désengagement profond de l’Algérien vis-à-vis du travail. Nous sommes tous devenus rentiers d’une manière ou d’une autre. Notre engagement dans le travail deviendra primordial. On doit mériter notre salaire et fournir en contrepartie l’effort exigé dans l’accomplissement de ses tâches. La revendication salariale sera mesurée par la productivité du travail et non par le présentéisme au boulot. On peut développer aussi d’autres exemples sur le plan économique : tels que le gaspillage, les pratiques informelles, l’évasion fiscale…

Sur le plan politique, la société, presque dans son ensemble, s’est trouvée dans une position passive. Toutes les élections passées, bien que décriées dans ses formes et ses règles, sont marquées par un fort taux d’absentéisme. Le hirak a montré une populationd’une maturité politique inattendue avide d’une participation politique active. Et pourtant, cette maturité était déjà visible dans l’expression des jeunes dans les chansons, dans le théâtre, dans la musique, dans la poésie, dans les nouvelles, sur les murs des villes. Nos artistes l’ont traduit par l’appropriation des espaces, des murs lors de cette révolution. L’engagement dans la vie politique ne doit pas rester strictement au niveau de la rue.

Il doit être traduit par une participation réelle à tous les niveaux (quartier, commune, wilaya, national, voire international), et ce, dans des structures, des organisations que les réformes politiques apporteraient. Le hirak a démontré aussi un aplatissement des idéologies, des systèmes de pensée qui divisaient, parfois de manière conflictuelle, la société entre différents courants d’ici ou d’ailleurs. Nous avons retrouvé notre «algérianité» dans le respect de nos valeurs et des nouvelles valeurs, portées essentiellement par la nouvelle génération.

Là aussi, deux exemples de changement dans nos comportements peuvent être énoncés. Sur le plan cultuel, la diversité de notre algérianité est mise en évidence dans les marches. Nous serons amenés à consolider cette diversité qui fait notre richesse. Aucune idéologie ne saurait avoir la prédominance dans nos rapports sociaux dans la 2e République.

Sous l’ancien régime (que je considère déjà dépassé, sinon mort et enterré), nous avions observé des comportements, parfois même des actions violentes menées par des groupes d’individus, pour imposer leur vision du social, avec une intolérance caractérisée. Sur le plan culturel, les médias sont déjà ouverts à toutes les manifestations (nationales et internationales) qui apportent d’autres sédiments culturels à la nouvelle formation sociale. Des tensions sociales sont aussi apparues entre les divers composants de la société, y compris à l’égard des immigrants et de notre diaspora.

La déconstruction de cette société monochrome, avec toutes ses formes d’intolérance, est une exigence de la 2e République. La solidarité et la civilité des marcheurs ont été mises en évidence avec éclat lors de ces marches. Ce qui a imposé le respect, voire même l’admiration du monde de cette révolution pacifique. Plusieurs études et réflexions ont été produites sur l’affaiblissement des liens de solidarité (notamment avec les mutations familiales et l’urbanisation non contrôlée), nous serions devenus plus individualistes.

De même, il existe beaucoup d’écrits sur la violence sociale– l’Algérien serait même réputé d’avoir la violence dans son ADN. Les marcheurs ont démontré qu’une culture non violente est possible. La démonstration a été faite dans les rues algériennes. Il est attendu ainsi que ces valeurs soient rehaussées et consolidées dans nos comportements quotidiens, dans nos familles, notre voisinage et dans notre cité. Les rapports intergénérationnels ont aussi été mis en lumière dans les rues algériennes.

Les nouvelles valeurs, portées par la jeunesse algérienne, fortement connectée par les réseaux sociaux, sont révélées comme une nouvelle forme de communication et d’action qu’il faut maîtriser, sinon apprivoiser. Les jeunes ont toujours été considérés, dans le passé, comme des assistés, comme une génération perdue, sinon catastrophe pour l’avenir de l’Algérie.

Cette perception a changé avec le hirak. Il est attendu ainsi une participation active des jeunes dans toutes les sphères de la vie sociale, culturelle, économique et politique. L’exclusion sociale des jeunes et des catégories vulnérables a été largement organisée et structurée sous l’ancien régime. Dans la nouvelle République, l’inclusion sociale sera le mot d’ordre. C’est le sentiment d’exclusion qui produit des tensions sociales, des laissés-pour-compte, des harraga… L’inclusion est aussi valable pour les compétences largement marginalisées sous l’ancien régime.

La fuite des cerveaux, la recherche d’un avenir meilleur ailleurs de nos jeunes diplômés ne sont pas des vains mots. La place aux compétences dans nos institutions est une nécessité vitale pour la réussite de la 2e République. Il faut en finir avec la médiocrité, avec le clanisme, avec le copinage, la servilité dans les fonctions de responsabilité dans nos institutions. Le dernier champ du changement attendu est celui de la justice sociétale, ce qui est quelque peu différent de la justice sociale. Sous l’ancien régime, la corruption est devenue monnaie courante. L’idée de «maârifa» est devenue dans la normalité de nos relations sociales. Tout un chacun, à un moment ou un autre, a fait appel à «une connaissance» pour accéder à un droit élémentaire.

C’est ce que les sociologues appellent le réseau social ou encore le capital social. Un usage abusif du capital social, parfois avec rétribution, est en soi une forme de corruption. Cette pratique sociale est devenue une gangrène qu’il faut à tout prix extirper dans la 2e République algérienne. La justice sociale est par contre relative à la responsabilité collective pour corriger les inégalités sociales, aller vers plus d’équité entre les différents groupes sociaux, vers la réduction de la pauvreté des groupes vulnérables. Nous devons tous être redevables de nos actions. L’impunité devra être bannie.

Nous devons tous rendre compte selon des règles d’éthique et de déontologie de nos actions. Ce qui ne veut pas dire que nous devons régler les comptes, avoir un esprit de vengeance, ou encore se faire justice soi-même. Il y a lieu de dénoncer, avec preuves à l’appui, des manquements observés. En bref, nous devons nous préparer à changer nos comportements dans tous nos rapports sociaux en entrant dans la 2e République. Sommes-nous suffisamment conscients et prêts à le faire ? Lors d’une étude récente, j’avais relevé dans une consultation nationale la volonté des jeunes d’en finir avec les valeurs nocives qui ont été érigées comme «normes sociales dominantes». Je leur avais posé la question : «Jusqu’à quand allez-vous supporter ces inégalités sociales ?»… La réponse générale était… 2018.

#Justice

Corruption, injustice, vide juridique, passe-droit… on n’en veut pas dans notre 2e République. Pour un meilleur avenir, les Algériens réclament une justice juste, indépendante et transparente. Mais ce n’est certainement pas facile d’y arriver. Pour Me Mouloud Boumghar, professeur de droit public, on n’a pas de temps à perdre, surtout si le pays s’apprête à entrer dans une phase de transition. Il affirme que bien que nous n’y sommes pas encore, mais dans une phase de transition, des mesures d’urgence devraient être prises afin de mettre la justice à l’abri des pressions politiques.

Il explique : «On voit bien aujourd’hui que la justice obéit encore aux injonctions du haut-commandement militaire et à des enquêtes sélectives qui inquiètent les pions du régime qui ont été sacrifiés. Il faudrait également empêcher que certains procureurs et juges qui ont commis des infractions pénales dans l’exercice de leurs charges continuent d’être à des postes-clés.»

A cet effet, le spécialiste international de droit public ajoute qu’il ne s’agit pas d’une chasse aux sorcières contre les juges et les procureurs qui n’auraient pas pu résister aux pressions du pouvoir, mais d’un assainissement du «secteur de la justice», dans le respect des règles de droit, de ses éléments corrompus. D’autant plus qu’aujourd’hui les réactions d’un nombre important de magistrats sont très appréciables et donnent de l’espoir pour que la justice devienne indépendante. En effet, pour la première fois, les magistrats ont tenu un sit-in pour exprimer leur intention de boycotter la supervision de l’élection présidentielle.

Ce qui est une excellente nouvelle pour Mouloud Boumghar. Pour lui, l’autorité des magistrats, comme celles des militaires, des autres fonctionnaires et des institutions de l’Etat, a pour source le peuple souverain. A en croire son analyse, le fait qu’ils refusent de superviser une élection qui ne vise qu’à faire durer le régime actuel avec une autre tête est un signe d’indépendance, souhaitant que cela signifie au-delà un attachement réel aux valeurs démocratiques et aux libertés. «Là encore, les choses risquent d’évoluer lentement et avec des retours en arrière.

Mais l’exceptionnelle mobilisation populaire, sa maturité politique et son pacifisme sont source d’optimisme. Nous sommes tous au tout début de notre apprentissage des libertés et cherchons notre voie vers la démocratie effective et l’Etat de droit. Les magistrats sont aussi dans cette situation», explique-t-il.

Concrètement, afin que les choses s’améliorent, le juriste propose d’intensifier la vigilance de la presse et des citoyens de manière générale sur l’indépendance de la justice. Les lois ne font pas tout. «Il faut une vigilance de tous les instants pour défendre nos libertés et cette défense ne doit pas être déléguée. Nous devons défendre nous-mêmes nos libertés», poursuit Mouloud Boumghar.

Par ailleurs, pour un meilleur secteur de la justice, le spécialiste avance que beaucoup de lois sont restrictives ou floues sur certains points, notamment celle sur les associations, le droit de réunion pacifique, la loi sur les relations collectives de travail, la loi sur les partis politiques par exemple. «Les lois relatives aux libertés individuelles et collectives doivent être revues dans le sens d’une libéralisation et d’une plus grande protection.

Un consensus émergera facilement dans ce sens», souligne-t-il. Mais au-delà des textes, le professeur précise que ce sont les pratiques autoritaires qu’il faut bannir des institutions de l’Etat et de la société. Cela passe notamment par la neutralisation de l’appareil de contrôle de la société niché dans les institutions de l’Etat. Ce processus sera bien plus long et complexe que la révision des lois.

Quant au code de la famille, «il est inégalitaire et contrevient sur de nombreux points au principe constitutionnel d’égalité des citoyens et des citoyennes devant la loi. Sa révision sera certainement moins consensuelle que celle des autres lois. Et il sera probablement difficile de le faire durant une période de transition», estime Mouloud Boumghar. En effet, pour ce dernier, il serait incohérent de prétendre construire une démocratie en maintenant l’inégalité des droits entre les femmes et les hommes inscrite dans la loi en matière de statut personnel.

De manière générale, il faut, selon lui, une clause de non-régression en matière de droits de l’homme et d’égalité hommes-femmes durant la période de transition et lorsqu’il s’agira de rédiger la nouvelle Constitution. «La nouvelle Constitution ne devra pas être moins protectrice que l’actuelle, même si on sait que pour l’instant ce ne sont que des principes qui ne sont pas respectés en pratique», soutient-il.


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