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Chantages, diffamations et pédopornographie : La face obscure des réseaux sociaux

11 décembre 2018 à 11 h 06 min

Près de 1140 affaires liées à la cybercriminalité ont été traitées au niveau national depuis janvier, dont 30% sont liés au «chantage et à la diffamation», selon le commandant Ramchia Farid, du service central de lutte contre la cybercriminalité de la Gendarmerie nationale.

Il est intervenu lors d’une journée de sensibilisation au profit des élèves, organisée à l’école primaire Djurdjura, dans la commune de Bachdjerrah à Alger, pour les prémunir des dangers de la mauvaise utilisation d’internet. Il a ajouté que «136 affaires concernent des enfants et des jeunes de moins de 18 ans» et mis en garde contre «la propagation du phénomène d’atteinte à la vie privée des personnes», particulièrement les jeunes filles qui entretiennent des relations virtuelles avec des jeunes d’autres pays pour contracter un mariage, précisant qu’une fois cette relation virtuelle rompue, le jeune fait parfois un chantage à la fille et la menace de poster ses photos et ses vidéos.

Il a indiqué que le dépôt des plaintes par les victimes de ce genre de chantage permet aux services de sûreté d’identifier l’auteur du délit, mais au cas où ce dernier est issu d’un autre pays, poursuit le même responsable, ceci entrave l’enquête, d’autant que les commissions rogatoires ne donnent pas de résultats concrets.

Un arsenal juridique existe pour protéger les victimes et punir les contrevenants, dont la loi a criminalisé la plupart des infractions. La DGSN a organisé pour son personnel un cycle de formation soutenu sur la cybercriminalité. Cela vient renforcer les actions de la gendarmerie, dont le Centre de prévention et de lutte contre la criminalité informatique et la cybercriminalité (CPLCCIC) existe depuis 2009.

A noter que 2130 affaires de cybercriminalité ont été recensées par la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) en 2017. Seuls 1055 cas de cybercriminalité avaient été enregistrés en 2016, représentant une hausse annuelle de près de 102%. En outre 1570 des 2130 dossiers judiciaires de 2017 ont été résolus, soit un taux de résolution dépassant les 73%.

Les usurpations d’identité qui ont la palme d’or sont suivies de très près de celles de diffamation, de chantage, de menaces, de piratage de données, d’attentat à la pudeur et de pédophilie, mais aussi d’escroquerie et de fraudes, de blanchiment et de contrefaçon pour les plus «softs» sont le lot quotidien des services de sécurité.

Qu’ils soient de la police judiciaire ou de la gendarmerie, ces services sont généralement bien outillés pour s’attaquer aux affaires impliquant l’usage de l’internet et les réseaux sociaux en particulier. Il faut dire que les réseaux sociaux (Facebook, YouTube) sont devenus des outils incontournables pour communiquer, positivement ou négativement.

Des inconnus devenus personnalités publiques

Ils deviennent très efficaces : on l’a constaté à travers certaines personnes qui étaient, quelques mois auparavant, inconnues et qui sont devenues des personnalités publiques à travers leurs pages Facebook ou YouTube. «Lorsque l’on voit que le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, interpelle les walis afin d’utiliser les réseaux sociaux, on comprend qu’il commence à se rendre compte que c’est un outil qui doit être utilisé et non combattu comme le font certains ministres.

On voit des discours contradictoires de certains responsables : les uns encouragent leur utilisation et d’autres les combattent et font leur possible pour les filtrer et ne pas les utiliser», analyse Younès Grar, observateur de l’évolution des usages des TIC en Algérie.

Facebook, qui a la volonté de connecter tous les êtres humains de la Terre, est devenu très important : certains inconnus qui ne sont ni politiciens, ni écrivains, ni scientifiques sont en tête d’affiche. L’exemple le plus frappant est Amir dz qui a des centaines de milliers de gens qui le suivent et qui va même jusqu’à tenir tête au pouvoir. «On peut en déduire que Facebook est devenu très important et peut être très dangereux pour le pouvoir», ajoute Grar.

Mais Facebook a une autre facette : certains pensent que si les gens suivent, le propriétaire de la page devient hyper influent, or, ce n’est pas automatiquement vrai. Il y a ceux qui ont des pages avec des centaines de milliers de fans, mais en réalité sur le terrain, ça ne représente rien du tout. Ce sont des chiffres gonflés à travers des techniques de sponsors.

Il faut faire attention lorsque l’on manipule ce genre de chiffres. Voir 20 000 fans, ça ne veut pas dire que pendant les élections, par exemple, il y aura 20 000 votants «oui», on a vu dans les précédentes élections, il y avait des gens assez connus sur Facebook, mais ils n’arrivaient pas à rassembler des dizaines de signataires ! Par contre, on a vu le jeunes Rifka à travers Snapshat : sur les 500 000 followers, il est arrivé à rassembler plus de 10 000 personnes à l’occasion de son anniversaire. Il y a une différence entre le monde virtuel et le monde réel.

On trouve aussi des pages Facebook qui font du live de certains discours et des personnes suivent le direct : cela prouve que cette personne est importante.
Il y a des influenceurs qui utilisent des techniques de gestion des pages Facebook. Certains pensent qu’on peut se cacher derrière des pseudonymes.

Il y a des techniques qui permettent aux services de sécurité d’identifier les propriétaires et les modérateurs. «Actuellement, les gens qui critiquent ou qui ont des positions assez virulentes vis-à-vis des institutions s’affichent avec nom, prénom et leur visage.

Il faut appliquer la loi d’une manière correcte, sinon cela va être une atteinte à la vie privée et à la liberté d’expression. On ne peut pas se cacher derrière la lutte contre la cybercriminalité pour éviter que les gens parlent et donnent des points de vue», met en garde Grar.

En Algérie, près de 65% de notre population est composée de jeunes de moins de 35 ans. Plus de 80% d’entre eux utilisent un smartphone et les réseaux sociaux d’une manière naturelle et, surtout, régulière. Dans notre pays, avec 50% de la population sur Facebook, nous allons bientôt dépasser les 20 millions d’utilisateurs de ce réseau social, soit près de 2% à l’échelle mondiale.

En moins de 15 années, de consommateur passif, tout utilisateur des réseaux sociaux est devenu tout à la fois producteur, acteur ainsi que distributeur de tout type de contenu. Avec les médias sociaux, cette révolution s’est transformée en un véritable phénomène global de société.

L’intégration des réseaux sociaux et l’inclusion de leur utilité dans la société sont telles, qu’il est désormais illusoire, sinon impossible, de penser cibler une population, que constituent les audiences d’aujourd’hui, avec les outils d’hier. L’internaute algérien qui utilise Facebook le fait surtout pour la messagerie instantanée, la consultation des posts publiés qu’il ponctue de «j’aime» et l’enrichit de commentaires. Il accède principalement au moyen d’un appareil mobile et essentiellement en soirée.

93% des utilisateurs algériens se connectent quotidiennement et plus de 50% d’entre eux restent connectés au moins une heure d’affilée.
Les opérateurs mobiles y sont pour beaucoup dans l’explosion du nombre d’utilisateurs.

Lors du lancement de la 3G, ils ont tous concocté des forfaits avec un accès Facebook illimité. Il est devenu un vecteur de communication incontournable. Les autres réseaux sociaux ont chacun leur attrait spécifique, mais aucun d’eux ne peut séduire l’utilisateur moyen comme le fait Facebook.

Twitter, qui compte en Algérie près de 130 000 utilisateurs, ne fait pas beaucoup d’émules, notamment à cause de la limite de 140 caractères. YouTube, avec ces 74 400 comptes est bien loin derrière, ceci est notamment dû à la concurrence de Daily Motion et de Facebook, qui inclut son propre lecteur vidéo, sans compter que l’internaute algérien consomme beaucoup plus qu’il ne produit.

L’espace virtuel, un lieu de socialisation

«Oui, Facebook peut causer des dégâts, tout comme le couteau d’ailleurs, entre les mains de personnes malintentionnées, mais bien utilisés, aussi bien l’un que l’autre, ils rendent des services inestimables», analyse Ali Kahlane, expert en TIC, président de l’Association des opérateurs des télécoms alternatifs (AOTA). Pourquoi ce succès des réseaux sociaux ? Ali Kahlane explique : «C’est un canal privilégié, car il est très populaire. Il a la capacité d’une mise en contact avec une large audience, toutes les castes de la société sont atteintes sans coup férir. Les réseaux sociaux sont simples d’utilisation et très conviviaux.

Ils sont très fiables techniquement, gratuits et peuvent assurer l’anonymat si on le désire.» Le politique présent sur les réseaux sociaux sera à la «portée» du premier internaute venu. Avec les risques que cela comporte : multiples prises à partie, polémiques chronophages, risque d’un dérapage repris immédiatement de façon virale sur le Net. Il s’agit d’une écriture impulsive, interactive, spontanée et directe.

Grâce à internet, l’espace virtuel est devenu un lieu de socialisation à partir duquel les citoyens-usagers peuvent agir directement sur leur milieu par l’entremise d’un «réseautage» social formel ou informel : en lisant, en débattant, en proposant ou en effectuant des choix, en se révoltant, en manifestant, en critiquant, l’internaute a l’impression d’être en contact direct avec les politiciens et de participer directement aux choix. Une nouvelle forme de citoyenneté serait alors en œuvre sur les réseaux sociaux : en favorisant le contact direct, le citoyen serait plus à même de se réaliser et d’avoir son mot à dire dans la politique.

Les réseaux sociaux évoluent sous le signe de l’ambivalence ; à la fois, formidables outils de communication, d’information et de débat, ils peuvent être dans le même temps le réceptacle de messages simplistes, emplis de contrevérités et d’excès.
Dans le cadre de la lutte contre cybercriminalité, la Gendarmerie nationale traite régulièrement, en se basant sur l’expertise scientifique de l’Institut national de criminalistique et de criminologie et du Service central de la lutte contre la cybercriminalité, plusieurs affaires relatives à l’usage des réseaux sociaux et d’internet à des fins criminelles.

Il s’agit d’affaires liées à la publication de photos attentatoires sur le réseaux social Facebook, le chantage, falsification de billets de banque, divulgation de données obtenues de manière frauduleuse, diffusion de publications injurieuses aux cadres de l’Etat, participation au chantage, atteinte à la vie privée des personnes via des publications sur les réseaux sociaux et des sites web, la diffamation, les attaques et la diffusion d’images incitatives.

Des chercheurs de l’université de Béjaïa ont mis en évidence, lors d’un mémoire de mastère, l’existence de «la violence verbale sur Facebook». L’ironie est présente dans l’ensemble des commentaires. En effet, elle est un décalage entre ce qui est dit et ce qu’il faut comprendre, et elle indique le contraire de ce que l’on veut faire entendre. La jeunesse, de plus en plus connectée, veut devenir un acteur à part entière dans le débat et l’action publics, une force vive de la société civile.

«Statistiquement, il existe une chance sur trois d’être confronté à des images choquantes sur le Net. Les enfants peuvent ainsi être victimes d’images pornographiques, d’images violentes ou exposés à des réseaux terroristes», relève le Pr Mostefa Khiati, dans l’ouvrage Cybercriminalité et enfance en Algérie.

Les parents s’avèrent souvent désemparés face à des bambins devenus plus experts qu’eux en matière de navigation. Difficile de surveiller la moindre de leurs conversations. Face à cette évolution des mœurs, il convient pour les parents d’adopter la bonne attitude, sans diaboliser internet. Ce formidable outil et moteur social doit rester encadré. Aux parents de se montrer vigilants comme ils le sont dans la rue. Le dialogue et l’encadrement restent prépondérants pour préparer l’enfant aux dangers qui le guettent.


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