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Dr Salem Aït Ali Belkacem. Médecin, acteur : «Cette pandémie doit cesser au plus vite !»

10 août 2020 à 10 h 07 min

Médecin engagé dans la lutte contre la Covid-19 à Tizi Ouzou, et acteur reconnu, le Dr Salem Aït Ali Belkacem a décidé de révéler sur sa page Facebook, très suivie, sa «positivité». Il nous explique les raisons de sa décision. Il s’adresse aussi aux «incrédules et aux complotistes» dont le «comportement est à la fois dangereux et criminel». Il donne surtout les moyens pour combattre cette maladie. «Si on se met à désinfecter nos mains avec de l’eau et du savon ou avec la solution hydroalcoolique (SHA), apprendre à nos enfants à se laver fréquemment, si on préserve nos malades chroniques et s’ils se préservent eux-mêmes, si on respecte la distance d’un mètre minimum et si on met correctement le masque, on peut dire qu’on aura vaincu ce virus», résume-t-il.

– Vous venez d’être testé «positif» à la Covid-19. Vous avez décidé de rendre publique votre maladie par un message sur votre page Facebook. Comment avez-vous vécu les premiers moments de cette maladie ?

Au départ, je croyais à une banale grippe que j’ai essayé de traiter, mais sans succès. C’est la persistance des signes qui m’obligea à consulter rapidement.

Juste avant, j’ai passé un Aïd El Adha infernal avec fièvre intense, maux de tête, sueur, fatigue, courbatures, perte d’appétit. A l’EPH de Aïn El Hammam, le scanner thoracique objective une atteinte en faveur de la Covid-19.

Je devais me faire faire une PCR, sauf qu’à Aïn El Hammam il n’y en avait pas. Au passage, je remercie le personnel de l’unité Covid, notamment le Dr Mouazer, l’infirmier Lyes, tout le personnel et les soignants du service de radiologie de l’EPH de Aïn El Hammam pour le travail colossal qu’ils accomplissent, parfois au péril de leur santé. Bien que je m’y attendais un peu, j’avais reçu la nouvelle tel un couperet.

Plus un verdict qu’un diagnostic, c’est comme si l’on vous dit qu’il se pourrait qu’il ne vous reste que 14 jours à vivre. Serein au départ, juste après s’installent la peur, le doute et la crainte d’avoir contaminé par inadvertance ma famille et mes amis.

C’est un processus psychologique interne très complexe où tout s’accélère et où l’on se pose moult questions à la fois. Et c’est après que l’instinct de survie s’affirme et commande la suite. Au CHU de Tizi Ouzou, j’ai été hospitalisé au service de médecine interne, où une PCR m’a été faite, puis mis en isolement.

A l’heure où je vous écris, je me sens beaucoup mieux. Au-delà de ma maladie, il y a lieu de noter avec satisfaction une prise en charge parfaite de tous les malades, un service d’une organisation et d’une propreté impeccables et un personnel dévoué et d’une correction exemplaire.

Je voudrais profiter de cette tribune pour saluer et rendre hommage à tout ce personnel qui est au chevet de tous les malades tant sur le plus humain que de la prise en charge médicale. Sous la bonne conduite du Pr Salah Mansour, l’équipe est en train d’accomplir un travail remarquable qui l’honore énormément.

Le service est en permanence propre, le personnel gentil, poli, affectueux et très professionnel et la qualité des soins est de haute facture. A la vue de cela, j’ai bon espoir pour le développement de la santé en Algérie. Je crois sincèrement que l’on devrait tous prendre exemple sur ce service. C’est très important.

– Vous précisez dans un post que votre décision de révéler votre «positivité» s’explique par le «souci pédagogique» et de «renforcement» de la prévention et de la sensibilisation contre cette maladie…

Ma décision de publier mon atteinte par la Covid s’inscrit dans un souci de sincérité envers la population et en même temps une démarche pédagogique visant à montrer que ce n’est pas une honte d’être atteint par le coronavirus. Plutôt que d’avoir une attitude de déni, il faut l’affronter avec courage et détermination.

Il faut assumer et faire en sorte de ne pas contaminer les autres. J’ai appelé tous les amis avec qui j’ai eu un contact étroit, et parce que nous avons respecté la distance, porté des masques, personne n’est atteint. L’autre raison, plus personnelle, c’était pour faire taire les rumeurs et les spéculations…

– Par votre décision, vous vouliez vous adresser particulièrement aux «incrédules» et aux «complotistes». Que leur dites-vous ?

Je me suis adressé aussi aux incrédules et complotistes dont le comportement est à la fois dangereux et criminel. Si je veux aller dans leur sens, je dirais qu’il existe un complot orchestré par les complotistes pour faire croire à la population que le coronavirus n’existe pas ou que c’est un coup monté pour qu’il y ait énormément de malades et trouver matière à spéculer.

Il faut aussi que nous nous remettions en cause et que l’on revoie la politique de communication concernant cette pandémie. Elle est alarmiste plus que sensibilisatrice, elle est vexatoire, accusatrice plus qu’informative et apaisante.

Certains sont dans le déni parce qu’ils ne croient plus personne, ni les autorités, ni les médecins ni même la perte voisin mort par la Covid-19. Il y a un décalage énorme entre le discours et la réalité vécue et constatée par la population. C’est pour cela qu’il y a un rejet défiant de la maladie. Dans le contexte actuel, la maladie est certes dangereuse, mais pas grave.

Sa dangerosité réside dans le fait qu’il y a un grand nombre de malades en même temps, d’où l’impossibilité matérielle et humaine de les prendre en charge tous dans le même laps de temps. D’où la genèse de la panique, l’anarchie et de la violence.

Nous vivons dans une période d’échanges d’accusations : le personnel de santé accuse la population de ne pas respecter les gestes barrières, et la population accuse le secteur de la santé de ne pas faire son travail.

Cette dualité doit cesser sinon on ne s’en sortira jamais. Autre chose, nous insistons démesurément sur le port du masque et l’on a tendance à oublier les autres mesures qui sont les plus importantes : le lavage des mains et la distanciation. Quel est l’être humain capable de porter continuellement un masque par une chaleur pareille et sans le toucher au moins une fois avec ses mains ?

Ensuite, si le port du masque est théoriquement une bonne chose, sa gestion pratique est une catastrophe : sa manipulation fréquente avec les mains, le porter sous le menton et le remettre ensuite est dangereux et peut être à l’origine de beaucoup de contaminations parce qu’il est possible que l’on transporte le virus par nos mains vers le masque qui se chargera de le transférer vers la bouche et le nez.

Alors qu’il suffit d’insister sur le lavage fréquent des mains : avec du savon ou une solution hydroalcoolique à chaque usage de ses mains.

Exemple : j’ai touché une poignée de porte ou une rampe d’escalier, je me lave les mains juste après avec de l’eau et du savon, ou si je suis dehors avec la SHA, avant de toucher mon visage ou de manger. Le respect de la distance d’un mètre et plus est très importante. Après vient le port du masque qui doit être correctement porté par les gens qui toussent ou éternuent et les personnes qui, de par leur métier, sont tenus de recevoir le public.

Les autres ne le porteront que dans des endroits clos ou étroits. La manière de le porter compte beaucoup : éviter de porter ses mains constamment vers le masque, ou s’il faut le faire, il faut se désinfecter les mains avant. Nous remarquons, hélas, chez certains commerçants, que le masque a remplacé la ceinture de sécurité : on ne le met qu’au passage des policiers.

– Vous alertiez il y a quelques jours sur une nouvelle vague qui «est là, plus importante, plus virulente, plus mortelle et plus expansive que la première». Aux mesures que vous nous détailliez dans la précédente réponse, que faudrait-il faire pour éviter l’expansion de la pandémie ?

Chacun considère à sa manière cette recrudescence des cas, mais selon les spécialistes, il s’agit de l’évolution normale d’une épidémie et nous sommes actuellement en phase ascendante.

Nous ne pouvons pas parler de deuxième vague puisque la première n’est pas finie. Cette pandémie doit cesser au plus vite et n’a que trop duré.

Si on se met à désinfecter nos mains avec de l’eau et du savon ou avec la SHA, à apprendre à nos enfants à se les laver fréquemment, si on préserve nos malades chroniques et s’ils se préservent eux-mêmes, si on respecte la distance d’un mètre minimum et si on met correctement le masque, on peut dire qu’on aura vaincu ce virus.

Pour ceux qui en sont déjà atteints, beaucoup vont guérir, certains vont avoir des séquelles et quelques-uns vont malheureusement décéder.

– Un dernier mot ?

Je voudrais, si vous me le permettez, témoigner toute ma gratitude à tous celles et ceux, amis, anonymes, famille, qui m’ont apporté leur soutien durant cette dure épreuve.

Qu’ils trouvent ici les marques de ma profonde reconnaissance et qu’ils sachent que grâce à leurs messages, leurs appels, leurs conseils, j’ai réussi à tenir et à remonter la pente pour vaincre ce satané virus. La solidarité joue un rôle important dans pareille situation.

Mes remerciements iront bien évidemment au Pr Salah Mansour et à toute son équipe du service de médecine interne pour l’excellente prise ne charge.

Je voudrais aussi saluer le soutien permanent de Mme Nabila Goumeziane, directrice de la culture de Tizi Ouzou qui n’a pas cessé de suivre quotidiennement l’évolution de mon état de santé. Qu’elle en soit vivement remerciée. Merci aussi à El Watan qui m’a ouvert ses colonnes pour m’exprimer.



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