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Étudiants et citoyens enflamment la capitale : «C’est un hirak des consciences»

10 mars 2021 à 11 h 10 min

Vingt-quatre heures après les manifestations qui ont ébranlé la capitale à l’occasion de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, les étudiants et leurs renforts populaires ont donné de la voix à leur tour. Contrairement aux deux mardis précédents, l’important dispositif sécuritaire mobilisé n’a pas empêché la marche. Le hirak étudiant revient pleinement dans l’espace public.

Alger, 9 mars 2021. Place des Martyrs. Il est 10h20. Le ciel est chargé. Il fait un tantinet froid. Autour de la place, comme tous les mardis, plusieurs fourgons de police ont pris position. Les éléments des services de sécurité, en uniforme et en civil, occupent de façon ostentatoire l’esplanade qu’ils arpentent d’un œil vigilant, scrutant le moindre mouvement. La «Marche des étudiants», annoncée pour 10h30, semble une nouvelle fois compromise au vu de ce «comité d’accueil».

Quelques inconditionnels de ce rendez-vous hebdomadaire se faufilent à travers les arcades et les petites ruelles de la Basse-Casbah en se faisant discrets. On pouvait remarquer également quelques têtes parmi les «talaba» du côté de la rue Hadj Omar qui attendaient le moment propice pour passer à l’action. Tout le monde s’évertue à lire à travers le «body language» des hommes en uniforme massés sur l’agora les instructions du jour. Vont-ils intervenir ? Changer de stratégie ? D’aucuns redoutent que le scénario du mardi 2 mars se répète.

On se souvient que les étudiants et leurs renforts populaires avaient eu tout le mal du monde à démarrer leur marche ce jour-là, et ils ont été vite encerclés par la police avant de prendre spontanément les services de sécurité de court en s’engouffrant dans l’entrelacs de venelles qui s’enfoncent dans La Casbah. D’ailleurs, on pouvait remarquer hier un fourgon de police posté carrément dans l’étroite rue Saâd Ben Ferhat, empruntée par les étudiants lors de leur échappée spectaculaire à travers le dédale de la cité historique.

Des cordons des forces antiémeute  étaient également répartis sur plusieurs ruelles menant vers Ketchaoua et la vieille citadelle. 11h13. Un groupe de manifestants conduits par quelques figures du hirak estudiantin s’est formé subrepticement. Il entonne rageusement le cri de ralliement : «Dawla madania, machi askaria» (Etat civil, non militaire). Contrairement à la semaine dernière, la police n’intervient pas. Prenant confiance, plusieurs citoyens rejoignent ce premier noyau. Les étudiants peuvent enfin s’organiser et entamer leur marche dans la sérénité, comme ils le faisaient avant la trêve sanitaire.

Comme de tradition, ils étrennent leur action par un tonitruant Qassaman. Le temps se gâte, il commence à pleuvoir, mais la foule transfigurée n’a cure de la météo. Le  cortège, fort de quelques centaines de personnes de toute condition, emprunte l’itinéraire traditionnel en s’engageant sur la rue Bab Azzoune, passe par le Square Port-Saïd, enchaîne par la rue Ali Boumendjel, avant d’investir bruyamment la rue Larbi Ben M’hidi.

Le chœur des insurgés scande : «Dawla madania, machi askaria», «Moukhabaret irhabia, tasqot el mafia el askaria» (Services de renseignement terroristes, à bas la mafia militaire), «Ahna ouled Amirouche, marche arrière ma n’ouellouche» (Nous sommes les enfants d’Amirouche, nous ne ferons pas marche arrière), «Djazair horra dimocratia» (Algérie libre et démocratique), «Sahafa horra, adala moustaqilla» (Presse libre, justice indépendante)…

«L’intelligence est dans la rue»

Les pancartes, assez timides au début, sont de plus en plus visibles.

Un prof universitaire brandit ce message : «L’intelligence est dans la rue, non avec le pouvoir». Sur l’autre face de sa pancarte, il a écrit : «La liberté de la presse est la source de toutes les libertés». Un étudiant proclame : «C’est un hirak des consciences. Celui dont la conscience ne remue pas pour son pays, que représente-t-il pour sa patrie ? Le hirak est un devoir national». Un autre martèle : «Rupture avec le système dominant et sa cour.

Démarche émancipatrice globale de l’Algérie des martyrs». Un étudiant écrit pour sa part : «Le peuple veut exercer son droit naturel de souveraineté sur son pays sans tutelle étrangère et sans compromission interne».

Une jeune femme arbore ce message sobre et néanmoins percutant : «Pour la démocratie». Peu après avoir dépassé la place Emir Abdelkader, les étudiants déploient cette banderole au ton virulent : «La solution est dans la reconnaissance de la vérité : le régime est mort et s’est décomposé. Il ne faut pas s’acharner à réanimer son cadavre. Pas de normalisation avec le système. Partez !»Le cortège traverse sans entrave l’avenue Pasteur, tourne par la rue du 19 Mai 56. Près de la Fac centrale, nous échangeons avec Sid Ali, 26 ans, étudiant à l’USTHB où il prépare un master 2 en Génie mécanique.

Il nous dira : «Après les difficultés que nous avons rencontrées la semaine dernière, la manif’ des étudiants se déroule bien. Relativement, il y a une meilleure coopération de la part de la police par rapport aux mardis précédents.» Pour Sid Ali, il ne fait aucun doute que le hirak ne fera que monter en puissance : «Le hirak va continuer, c’est certain. Cependant, il faut s’interroger comment va-t-il se poursuivre. Je ne dirais pas qu’il faut l’organiser. Mais le mouvement a besoin d’être structuré. Cela fait maintenant deux ans que les Algériens battent le pavé. Les résultats ne sont pas ceux qui étaient escomptés. Nous devons tirer les enseignements de nos expériences précédentes pour atteindre notre objectif

Un cordon de sécurité hermétique boucle l’accès vers Audin tandis qu’un autre cordon empêchait le cortège de descendre la rue Sergent Addoun. Un bras de fer s’ensuit avec les forces de l’ordre. Bousculade. Une étudiante est en larmes pour avoir été malmenée. Les manifestants tiennent à tout prix à passer par la rue Sergent Addoun et non par la rue Khettabi. Le cordon de sécurité finit par céder sous la poussée des manifestants.

Ceux-ci descendent les escaliers de la rue Merrar Lounis et rejoignent le boulevard Amirouche. Et plutôt que de continuer sur la rue Mustapha Ferroukhi, ils foncent sur la rue Hassiba Ben Bouali, remontent par  la rueVictor Hugo avant de revenir par la rue Didouche. Le défilé est à présent renforcé par des contingents de jeunes enflammés. Leurs clameurs embrasent la capitale. Impression d’un mini-vendredi hirakien.

La marche se poursuit jusqu’aux abords du lycée Delacroix au milieu d’une grande ébullition. Hissés sur les épaules de leurs camarades, Abdenour et Chawki, deux icônes du mouvement, prononcent quelques mots avant d’inviter la foule à réciter la Fatiha «à la mémoire des membres du corps médical et tous les citoyens victimes de la pandémie». 13h03. La manif’ se termine officiellement  par Qassaman.

La marche des étudiants empêchée à Tizi Ouzou

La marche des étudiants a été empêchée hier par les éléments de la police, qui se sont déployés au niveau de l’axe du stade du 1er Novembre pour interdire aux manifestants de continuer leur action.

Quelques dizaines d’étudiants auxquels se sont joints d’autres hirakistes ont entamé leur marche devant le portail principal du campus universitaire de Hasnaoua.

Les manifestants ont pris la direction du centre-ville via la montée du stade, et ce, avant d’être surpris par une importante présence policière. Les éléments de la brigade antiémeute ont ainsi mis en place un cordon empêchant tout passage vers la ville.

Cernés  par les policiers,  les marcheurs ont scandé, à gorge déployée,  des slogans hostiles aux pouvoir, comme «Etudiants s’engagent, système dégage !» «Libérez les détenus !» et «Djazaïr horra démocratia !» Après plus d’une heure d’attente,  les manifestants se sont dispersés sans le moindre incident. H. Azzouzi 


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