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Brahim Aflah Hadj Nacer. Manager général de Zyriab Voyages : «C’est l’agonie dans le secteur»

13 juillet 2020 à 10 h 05 min

– Les agences de voyages vivent un marasme total et sont plus proches de la faillite que de la relance. Quelle est la réalité du terrain ?

Les agences de voyages sont toujours considérées comme une machine à gagner des sous, on oublie souvent que c’est un métier et que pour l’exercer, il faut beaucoup de critères et un professionnalisme, on ne doit pas se contenter d’un diplôme supérieur.

Dire que c’est le marasme dans ce cas, c’est déjà optimiste, elles sont dans leur majorité à l’agonie, beaucoup ont déjà baissé rideaux et ne pourront pas rouvrir sans une aide.

On a souvent fait du populisme et ça a été le cas avec l’investissement Ansej, les pouvoirs d’alors ont élaboré une loi pour permettre à beaucoup de jeunes diplômés d’ouvrir leurs propres entreprises, aujourd’hui, ils se trouvent dans l’impossibilité de rembourser leurs dettes envers l’Etat.

Les conséquences sont désastreuses, les agences sont sans ressources depuis mars dernier, ce qui a un impact sur les employés, si on prend une moyenne de 4 employés par agence, à raison de 3500 agences, je vous laisse faire le calcul, ce sont des travailleurs qui se retrouvent sans ressources puisque une majorité de voyagistes ont cessé de payer leurs employés dès le début de la crise, depuis avril.

– Cette situation va impacter les départs en vacances des Algériens. Y aura-t-il des vacances dans ces conditions ? Quelles sont les destinations perdantes et celles gagnantes ?

Il est très difficile de parler de vacances cet été, j’allais dire indécent, vu les conditions nées de la pandémie, même s’il y aura des vacances, elles seront différentes, je pense que le local sera pour la première fois privilégié à l’international pour plusieurs raisons.

La première, et c’est la plus importante, est le facteur sécurité : on préférera rester chez soi de peur de se retrouver  bloqué à l’étranger et ne pas être sûr d’être rapatrié à temps.

La seconde, c’est le souci économique, nous sommes en train de sortir difficilement de cette crise liée à la pandémie, le pouvoir d’achat des familles a été sérieusement impacté, donc je reste persuadé que s’il y aura ouverture des plages, les familles algériennes vont privilégier les sorties à la plage  quotidiennes ou à l’occasion de week-ends.

J’ajouterai à cela que beaucoup n’auront pas beaucoup de congés, tous les employeurs ont profité de cette période pour apurer les congés non consommés de leurs employés et certains ont été contraints de prendre un congé par anticipation de l’année en cours, ceci afin d’être prêt pour la reprise de l’activité de tous les secteurs confondus.

– La destination Algérie a-t-elle une chance d’émerger ?

La destination Algérie a fait couler beaucoup d’encre, elle aura beaucoup de problèmes à émerger dans les conditions actuelles, et je ne parle pas de la pandémie mais du secteur du tourisme en général et de sa perception dans l’économie du pays.

A partir du moment où on en parle qu’évasivement et qu’on lui consacre un budget dérisoire, comment voulez-vous le développer ? Nous devons repenser notre tourisme, repenser notre stratégie de communication, mieux connaître les marchés émetteurs et les nouveaux marchés émergents.

Nous ouvrir beaucoup plus au monde, être un vrai réceptif, occuper les réseaux sociaux, avoir un office du tourisme digne de ce nom et non un office des salons, réorganiser certains métiers, comme celui de guide, qui reste très anarchique et qui souvent dessert la destination.

Il faut donner une plus grande importance à la formation avec une plus grande spécialisation, il est temps de revoir les programmes de l’ensemble des écoles, souvent dépassés.

L’Algérie dispose de très grands atouts faisant d’elle une destination d’avenir qui pourra contribuer au développement de l’économie, le développement du tourisme sera l’un des rares secteurs à pouvoir prétendre à une croissance à 2 chiffres.

Tout y est : les atouts naturels, culturels, cultuels, culinaires. Malheureusement, nous ne savons pas les mettre en valeur sur le marché. Je suis encore plus frustré lorsque je vois des pays avec beaucoup moins d’atouts se hisser aux premières loges.

Nous devons nous réveiller et nous mettre au travail pour ne pas rater les occasions qui se présenteront à nous dans un futur proche et pour éviter de nous faire voler certaines de nos richesses culturelles et culinaires par nos voisins et concurrents.

Commençons déjà par mettre en place le e-visa, repenser son tarif – nos visas sont un vrai parcours du combattant et très chers – et revoir l’accueil souvent antipathique, bureaucratique et froid de nos représentants consulaires.

– Un protocole sanitaire qui tarde à être mis en place, une confiance à retrouver, l’Algérien est-il prêt à passer ses vacances en Algérie ?

Je crois que les vrais protocoles sont à définir par établissement, les grandes orientations ont été dictées par les différents responsables, à nous de les adapter en fonction de notre métier afin de ne pas mettre en péril la santé de nos clients.

Je vais peut-être vous étonner, la demande actuellement est plus axée sur une consommation interne que sur des voyages à l’étranger, pour toutes les raisons que j’ai évoquées.

– Une initiative d’Air Algérie en partenariat avec certains opérateurs a été pensée. Pouvez-vous nous en parler ?

C’est une initiative du groupe HTT hôtellerie, tourisme et thermalisme et Air Algérie, elle a regroupé la compagnie nationale, les hôteliers publics et privés, le Syndicat national des agences de voyages (SNAV), la Fnat, l’Onat et le TCA.

L’objectif premier a été de penser conjointement à mettre à la disposition de l’Algérien des produits de qualité à un tarif compétitif.

Il reste que le produit balnéaire souffre de quelques insuffisances, comme la saleté des plages, l’insécurité. Nous espérons que les pouvoirs publics mettront de l’ordre et que dans un futur proche, les hôtels balnéaires bénéficieront de leur propre plage, ils seront ainsi responsables de sa propreté, de la sécurité et la quiétude de leurs clients.


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