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Ils ont été incarcérés pour avoir exprimé leurs opinions

Ces détenus politiques qui se laissent mourir à petit feu

03 juin 2019 à 9 h 55 min

La mort de Kamel Eddine Fekhar en détention, après 50 jours de grève de la faim, remet la question des détenus politiques en Algérie sur le devant de la scène médiatique, surtout qu’il y a moins de deux ans, le journaliste Mohamed Tamalt a connu le même sort. Incarcérés pour leurs opinions, le blogueur Abdellah Benaoum, le général à la retraite Hocine Benhadid et la secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, risquent eux aussi de perdre la vie en raison de la fragilité de leur santé.

En se laissant mourir à petit feu, Kamel Eddine Fekhar, et avant lui le journaliste Mohamed Tamalt, exprimaient leur rejet d’une incarcération qu’ils estimaient injuste, parce qu’elle condamnait leurs opinions. Ils ne sont pas les seuls à faire partie de cette liste de détenus politiques qui risquent de trépasser dans les geôles à cause de leurs opinions.

C’est le cas de Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), placée en détention par le juge du tribunal militaire de Blida, le 9 mai dernier, pour avoir pris part (en tant que chef d’un parti politique) à une réunion, le 27 mars dernier, avec Saïd Bouteflika, frère-conseiller du Président déchu, le général-major à la retraite Bachir Tartag, ex-coordinateur des services secrets, et le général de corps d’armée à la retraite Mohamed Mediène, dit Toufik, ancien patron de l’ex-DRS (Département de renseignement et de sécurité), sur la crise que traverse le pays.

En tant que femme politique, Louisa Hanoune est en droit de rencontrer et de discuter avec toute personne ou personnalité et tout responsable pour débattre de la situation du pays. Sa détention en tant que chef de parti a suscité de nombreuses réactions de condamnation et de soutien, aussi bien en Algérie qu’à l’étranger, surtout que son état de santé risque de se dégrader davantage en raison des lourdes maladies qui l’affectent. Hier, la grande moudjahida et ancienne sénatrice, Zohra Drif, a été reçue au siège du ministère de la Défense nationale pour remettre personnellement au vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’Anp, Ahmed Gaïd Salah, une lettre dans laquelle elle l’exhorte à user de son pouvoir pour libérer Louisa Hanoune et tous les autres détenus politiques. «Je vous le demande, au nom du serment fait à nos chouhada, usez de votre pouvoir pour libérer Louisa Hanoune et tous les détenus politiques et d’opinion dans notre pays.

Usez de votre pouvoir pour ne pas laisser vain le suprême sacrifice de Kamel Eddine Fekhar. Libérez Louisa Hanoune et tous les détenus politiques et d’opinion, et faites de ces libérations un gage de sincérité dans le but de rebâtir le socle de confiance si malmené par le régime en place. Sans cette confiance à rebâtir absolument, entre l’Etat, ses institutions et le peuple, rien de durable ne peut être entamé puis bâti à son tour.» Un autre détenu politique qui risque de trépasser est le général à la retraite Hocine Benhadid, poursuivi et incarcéré, le 12 mai dernier, à la suite de la publication, le 25 avril 2019, d’une lettre adressée à Gaïd Salah, dans laquelle il lui fait état d’une série de solutions politiques à la crise du pays.

Agé de 75 ans, souffrant lui aussi d’une lourde maladie, Benhadid a été victime d’une chute à la prison d’El Harrach, qui lui a causé des fractures au niveau du bassin. Hier, il a subi une opération chirurgicale à l’hôpital Mustapha, à Alger, qui s’est d’ailleurs bien déroulée, à en croire son avocat Me Bachir Mechri. Ce dernier a saisi encore une fois le juge d’instruction pour lui demander de remettre en liberté le prévenu pour des raisons médicales vu son état de santé.

Tout comme Benhadid, le blogueur Abdellah Benaoum se trouve dans une situation extrêmement délicate après une grève de la faim de 83 jours, qui a nécessité son transfert au service des urgences du CHU de Sidi Bel Abbès. Condamné à deux ans de prison pour «outrage au Président», il n’a cessé de contester son incarcération, en se laissant se consumer à petit feu.

Pour Me Noureddine Benissad, président de la LaDDH (la Ligue des droits de l’homme), «rien ne justifie la détention d’une personne qui a juste exprimé une opinion ou une idée loin de toute incitation à la haine ou toute violence. Les cas des défunts Kamel Eddine Fekhar et de Mohamed Talmat sont graves et interpellent toutes les consciences. Il y a aussi le cas de Hadj Ghermoul, qui avait été arrêté le 29 janvier 2019 à cause d’une pancarte sur laquelle était écrit ‘‘Non au 5e mandat’’, il est à ce jour toujours détenu. Il doit y en avoir d’autres dans les prisons, mais qui refusent d’être médiatisés».

Abondant dans le même sens, Me Boudjemaa Ghechir, ancien président de la LAADH (Ligue algérienne des droits de l’homme), s’offusque du fait que la justice condamne l’expression politique. «La Constitution garantie le droit à l’expression. Exprimer une opinion est un acte protégé par la loi. Cependant, il est clair que les discours de la haine, de la ségrégation et les appels à la violence, comme le fait, régulièrement, la députée Naima Salhi, sont punis par le code pénal et doivent être bannis par tous», déclare Me Ghechir. Selon lui, il est difficile de connaître le nombre de cas de détenus politiques, «mais il est certain que s’il y en a un seul, sa place n’est pas en prison mais chez lui». 



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