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Soufiane Djilali. Président du parti Jil Jadid : «Certains se sont psychologiquement approprié le hirak»

23 janvier 2020 à 10 h 03 min

Dans cet entretien, Soufiane Djilali revient sur les attaques qu’il a subies après sa rencontre avec le président Abdelmadjid Tebboune et nie formellement avoir enfoncé les détenus d’opinion. Bien au contraire, il dit avoir dénoncé les arrestations. Il livre également sa vision du hirak et du PAD. Il pense qu’il aurait mieux valu que la classe politique agisse pour s’imposer dans cette situation par un rapport de raison et en assumant ses responsabilités. Pour Soufiane Djilali, accepter un dialogue ne signifie pas reconnaître à l’avance toutes ses conclusions.

– Depuis votre entrevue avec le président Tebboune, vous subissez des attaques en raison, entre autres, de votre déclaration sur les détenus d’opinion. L’on vous accuse de faire de la surenchère au profit du pouvoir. Est-ce logique de demander aux détenus de démontrer qu’ils sont victimes et qu’ils n’ont commis aucun délit ?

Cette histoire est tout simplement absurde. Ma déclaration sur les détenus a été, bien entendu, manipulée. La bande vidéo existe, vous pouvez la visionner sur l’ensemble du passage. Il ne faut pas sortir une phrase de son contexte.

En réponse à une question de l’animateur radio, j’avais repris l’explication du Président sur la situation des détenus d’opinion sur laquelle je l’avais interpellé.

J’ai ainsi précisé, sur la foi des propos qui m’ont été tenus, que leur dossier, en cours d’instruction, allait être clôturé et que s’il y avait des charges autres que le délit d’opinion, les prévenus pourront démontrer publiquement leur innocence, c’est-à-dire que leur défense s’attachera à faire annuler les charges.

Où est le mal de dire cela ? C’est la procédure normale de tout procès, non ? Il ne faut pas confondre entre une explication de procédure et un discours politique. Etant entendu, par ailleurs, qu’un accusé est toujours innocent tant que le juge ne l’a pas condamné sur la base de faits avérés et prouvés et dans un procès juste et équitable. Pour ma part, je voudrais voir tous les détenus libérés immédiatement.

J’avais dénoncé publiquement leur arrestation et je continue à le faire. Tout le monde attend leur libération sans conditions. J’accepte tout à fait les critiques, mais pas les mensonges et l’invective. Sincèrement, cette histoire sent le relent de la malhonnêteté. Mais bon, on vous répondra qu’en politique tous les coups sont permis !

– Mais qui a déformé vos propos ? Pourquoi et dans quel but ?

En fait, les profils et les pages des réseaux qui ont lancé l’opération sont bien connus. Depuis le début du hirak, ils font dans la surenchère et poussent à la violence. Ils avaient appelé à la désobéissance civile et au blocage physique des élections. Bien entendu, ces activistes «révolutionnaires» sont, pour la plupart, bien au chaud de l’autre côté de la Méditerranée. Cependant, il faut aussi expliquer pourquoi cette affaire a fait un buzz aussi important.

– Pourquoi ?

Il y a en fait un faisceau de raisons, autant objectives que subjectives. Dès le départ, il y a eu une mauvaise évaluation des rapports de force sur le terrain et certains ont imaginé que le hirak allait tout balayer. Cela ne fonctionne pas ainsi. Je comprends parfaitement que les Algériens ne supportent plus le pouvoir dans ce qu’il représente de plus mauvais.

Ils ont envie de vivre dans la liberté et la justice. Le hirak représente cette chance historique pour tourner une page de notre histoire, faite d’humiliation, de prédation et de mépris du peuple. Trop de blessures sont encore ouvertes, trop d’injustice a régné sur ce pays. Les Algériens ont été tout simplement formidables depuis le 22 février.

Ils ont réussi à créer la dynamique du changement qui est devenu inéluctable. Et j’ose croire qu’il ne sera pas nié que Jil Jadid y a aussi contribué. Par contre, il ne faut pas imposer de nouveau la pensée unique, c’est autodestructeur pour ceux qui s’y aventurent. Le hirak a voulu la démocratie, alors tout le monde doit accepter la pluralité politique.

Au final, une fois que le feu de la passion s’apaisera, chacun verra que la voix de la raison conseille d’aller cueillir, pour le hirak, les premiers fruits au lieu de faire de la surenchère. Je sais que la confiance n’est pas là, mais il y a de bonnes raisons pour tenter de saisir cette chance historique de voir le pays évoluer vers la démocratie. Comme le dit l’adage : «Le mieux est l’ennemi du bien.» Chez nous, on dit : «Dja yessaa, ouaddar tessaa.»

– Cette polémique a-t-elle fait du tort à votre parti ?

Absolument pas. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de nouvelles adhésions que nous enregistrons ces derniers jours. Et je peux vous garantir que ce sont des hirakistes pur jus, qui ont compris les enjeux et qui ont envie de contribuer à construire une nouvelle Algérie.

– Alors que l’opposition et le hirak rejettent la main tendue de Tebboune, parce qu’il est mal élu, Soufiane Djilali répond favorablement à son invitation, qu’est-ce qui a motivé votre démarche ?

D’abord, il est absolument faux de dire que le hirak refuse le dialogue. Oui, il y a dans le hirak ceux qui ont une position radicale et de refus systématique. Mais il y a une grande partie des Algériens qui ont fait le hirak depuis le 22 février et qui pensent qu’il est grand temps de trouver des solutions à la crise politique.

Il y a une forme de mépris envers une grande partie du peuple. Pourtant, je peux vous assurer qu’il y a chez nos concitoyens de la pondération et du bon sens. Beaucoup devraient en prendre de la graine au lieu de s’autoproclamer «le peuple», tout en croyant le purifier en excommuniant tous ceux qui ne partagent pas leurs points de vue. Ils se sont psychologiquement approprié le hirak et dictent, en son nom, les oukases. A ce rythme des choses et face à ces déplorables dérives, le pouvoir aura beau jeu.

Il va peu à peu reprendre des forces, stabiliser ses arrières politiques, se renouveler et au final, remporter la partie au détriment de partis politiques et d’une société civile, inconséquents. D’ailleurs, je n’exclus pas l’idée que les activistes les plus radicaux sont là pour occuper la galerie et couper la tête à tous ceux qui pourraient émerger, pendant que le pouvoir s’organise.

Les raisons sont simples. A Jil Jadid, nous avons toujours fait la différence entre «régime politique» et «Etat». Aujourd’hui, le régime Bouteflika est bel et bien fini. Il s’est effondré et je peux vous donner toute une série de preuves tangibles. Les anciens relais politiques, FLN et RND, sont totalement disqualifiés. Le personnel politique des vingt dernières années est hors champ ou en prison.

De ce fait, un nouveau régime politique devra être construit. Il le sera avec le courant démocrate ou… sans lui. Nul n’est indispensable. Je crois qu’il aurait mieux valu que la classe politique agisse pour s’imposer dans cette situation par un rapport de raison et en assumant ses responsabilités. Il faut sortir du rapport de force. Plus que jamais, l’adage qui dit que «la politique est l’art du possible» s’applique ici.

– Les entrevues entre Tebboune et les différentes personnalités entrent dans quel cadre : un dialogue ou des consultations ? Quel est l’objectif recherché ?

En ce qui me concerne, il s’agissait de simples consultations. Le Président voulait probablement prendre la température du milieu politique avant d’ouvrir un dialogue.

A l’issue de mon entretien avec lui, j’ai rendu public un long communiqué pour informer l’opinion sur son contenu. Voilà ce que je peux vous dire. Sinon, je crois qu’il est préférable de solliciter le Président lui-même sur ces sujets. Moi, je suis responsable d’un parti politique.

– Mais après votre rencontre avec le Président, avez-vous constaté un semblant de changement sur le terrain ? A-t-il pris en considération vos propositions ?

Ecoutez, la situation est tellement compliquée que le changement ne peut venir que progressivement. Le pays a été laminé par le régime Bouteflika ; il faudra du temps avant de palper les choses concrètes. Il faudra tout reconstruire sur ce champ de ruines. Je peux vous assurer qu’être aujourd’hui au pouvoir est une très lourde charge et loin d’être une sinécure. Pour le reste, je ne peux pas vous dire si les propositions de Jil Jadid seront prises en compte ou pas. Nous ne sommes qu’un acteur parmi une multitude d’autres. De toutes les façons, accepter un dialogue ne signifie pas reconnaître à l’avance toutes ses conclusions.

– Vous étiez contre la structuration du hirak. A votre avis, si celui-ci n’a pas de représentants, comment alors peut-il défendre ses revendications ?

La seule et unique façon de faire représenter le hirak, c’est de canaliser les nouvelles énergies citoyennes vers un travail organisé et structuré. Cela signifie que le développement des partis politiques ou la création de nouveaux dans un esprit démocratique est à l’ordre du jour. Le renouvellement de la classe politique et la prise en charge des revendications du hirak se feront à travers de vraies élections, qu’elles soient législatives ou locales.

C’est autour de 30 000 élus qui pourraient refonder l’action politique. Pour réussir ce pari, il faudrait que le dialogue aboutisse à une Constitution qui mette en place les fondations d’un Etat de droit avec des élections ouvertes. Nous n’en sommes plus très loin, pour peu que tout le monde, pouvoir et opposition, s’y mette.

– Vous avez par contre dénoncé une tentative de monopolisation du hirak par un courant idéologique. Lequel ?

Vous savez, les mouvements populaires de l’ampleur du hirak génèrent des tensions internes compréhensibles. Très souvent alors, les mots d’ordre, les slogans et autres clameurs prennent les couleurs révolutionnaires. Dans ces situations, ce sont les idéologies marquées et radicales qui cristallisent les émotions.

Le «yetnahaou gaa» en est l’illustration. Au plan identitaire, le peuple algérien a subi beaucoup d’épreuves à travers l’histoire. Il n’a pas toujours su gérer sa diversité. Depuis l’indépendance, au lieu de rechercher l’équilibre dans la diversité, le pouvoir a préféré tenter d’homogénéiser la population sur des bases exclusives de langue et d’appartenance identitaire.

Nous subissons aujourd’hui le retour de flamme. Il y a des fractures graves dans la société, qui, il est vrai, cicatrisaient lentement ces dernières années, mais qui ont été brutalement réveillées par la manipulation idéologique durant le hirak. S’attaquer à l’emblème amazigh et stigmatiser une région est tout simplement irresponsable.

En retour, il y a un courant, que je qualifie d’extrême droite identitaire, qui est en train de prendre racine. Les attaques racistes fusent maintenant de tous les côtés. Il faut arrêter cela et au plus vite. Il faut passer de la conscience pré-nationale, sectaire, tribale et ethnique à une conscience nationale, citoyenne, tolérante et paisible.

Il n’y a pas de modernité possible sans une citoyenneté assumée. Or, celle-ci s’exprime dans le cadre de la nation. Le repli sur soi, la recherche de la domination et surtout la stigmatisation doivent être bannis. La religion et l’identité doivent se vivre à titre personnel et non pas comme un objet de prosélytisme.

– Les forces du Pacte de l’alternative démocratique (PAD) appellent à des assises de la démocratie. Que pensez-vous de cette initiative ? Allez-vous y participer ?

Lors des précédentes rencontres du PAD, j’avais dit publiquement que j’y étais favorable. Jil Jadid n’a pas été invité. Aujourd’hui, si j’ai bien compris, ces partis refusent de reconnaître le Président et rejettent par avance toute idée de dialogue. Maintenant, s’ils réévaluent leur position, ce qui serait de mon point de vue plus sage, nous pourrions travailler dans le même sens.



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