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Abderrahmane Hadef. Consultant dans la transformation numérique : «Ce que nous constatons est vraiment inacceptable»

17 décembre 2020 à 10 h 58 min

– Avec une connexion très lente et un accès difficile à certains sites, internet reste très perturbé en Algérie. Quelles en sont, selon vous, les raisons ?

Ce que nous constatons en termes de qualité de service internet est vraiment inacceptable à l’ère de la transformation numérique. L’accès à une connexion stable et de qualité devient un vœu difficilement réalisable.

La principale raison est directement et principalement liée à l’organisation du marché du service internet (pour la partie infrastructures du réseau national), détenu majoritairement en amont par un opérateur qui n’arrive pas à satisfaire une demande en permanente progression.

Malgré les investissements engagés ces dernières années en termes d’infrastructures et services, le réseau national reste très limité par rapport aux besoins et surtout aux défis à venir.

Sachant que le réseau national est majoritairement dépendant du réseau Sea-Me-We4 à plus de 80% pour les besoins nationaux.

A cela, il faut ajouter la qualité de la commercialisation ainsi que les offres disponibles, que ce soit pour les professionnels ou les résidentiels. Au moment où l’on parle à travers le monde du très haut débit et de la 5G et de leurs généralisations pour répondre aux besoins de la 4e révolution industrielle, en Algérie, on a du mal à disposer d’une connexion stable.

– Cette situation ne constitue-t-elle pas un frein à la relance économique et à l’accélération de la numérisation de tous les secteurs, alors que sous d’autres cieux, on parle d’«Etat numérique» ?

Bien évidemment qu’elle devient une vraie contrainte pour les besoins de la transformation numérique du pays à différents niveaux et dans tous les secteurs. Il est plus qu’urgent de mettre fin à cette situation qui devient préjudiciable au développement du pays.

Je le dis souvent, qu’après la sécurité alimentaire et la sécurité énergétique, la sécurité numérique devient un enjeu majeur pour la souveraineté des nations. Ainsi, nous devons accélérer notre transition digitale et mettre tous les moyens pour réunir les conditions pour son développement.

Pour cela, nous devons rapidement doter le pays d’une vraie stratégie de transformation numérique, lancer à très court terme des investissements dans les infrastructures de base (extension et généralisation du réseau de fibre optique, création de data center, etc.).

Parallèlement, il faut beaucoup investir dans la ressource humaine, seul gage pour la réussite de cette importante stratégie. Enfin, il est plus que nécessaire d’ouvrir le marché des services internet à la concurrence, garante d’une qualité de service améliorée et une compétitivité permanente pour répondre efficacement aux besoins des utilisateurs.

– En ces temps de pandémie de covid-19, ne croyez-vous pas que cette situation va élargir davantage la fracture numérique, surtout qu’il y a un réel besoin en termes de télétravail, télé-enseignement et paiement électronique ?

La crise sanitaire de Covid-19 a eu un effet accélérateur dans la mutation des économies mondiales à travers l’émergence de nouveaux métiers et de nouvelles formes de travail, comme le télétravail (généralement relevant du secteur des services).

Aussi, cette pandémie a grandement mené les gens à changer leurs habitudes de consommation en recourant aux moyens électroniques pour leurs transactions (e-paiement, clic & collect, etc.).

On constate que cette mutation est largement dépendante du numérique qui prend de plus en plus une place prépondérante dans la structuration des économies mondiales. Ainsi et selon certaines données, l’économie numérique participe à la création de plus de 60% de la valeur ajoutée à travers le monde.

A titre d’information aussi, on estime qu’à l’horizon 2030, plus de 230 millions de postes d’emploi seront créés en Afrique dans le secteur du numérique, nécessitant un investissement de l’ordre de 130 milliards de dollars.

L’Algérie ne peut rester en marge de ces évolutions et doit se mettre de la partie pour s’intégrer rapidement dans ce monde du numérique. Elle doit prendre sa part de cette richesse créée dans le monde et devenir un acteur à moyen terme, du moins au niveau régional.

– Le président de la République en personne a haussé le ton, ordonnant, en août dernier, au ministre de la Poste et des Télécommunications de mettre, immédiatement, un terme au problème de la faiblesse du débit internet et d’élaborer un rapport détaillé sur cette question. Apparemment, rien n’a changé. Est-ce un problème de mentalités ? De résistance au changement ?

A mon avis, c’est un problème à la fois structurel et comportemental. Nous constatons avec regret un grand manque dans la prise de conscience sur l’importance de la transformation numérique pour notre pays, en l’absence d’une réelle stratégie clairement définie ayant pour objectif d’asseoir les vrais fondements pour cette transformation et ainsi améliorer la qualité du service public à travers un meilleur système de gouvernance et aussi permettre à notre économie, qui se trouve en pleine période de transition, de disposer d’une infrastructure numérique efficace et performante.

A cela, vient s’ajouter le fait qu’une partie des intervenants dans la mise en œuvre du programme de travail du gouvernement et des décisions du président de la République n’arrivent pas à admettre l’importance et surtout l’urgence à exécuter les orientations et les instructions.

Ceci peut être expliqué par une inadéquation en qualification à un certain niveau du management, ce qui crée un comportement de résistance à un éventuel changement, perçu comme une menace pour les acquis personnels.

A cet effet, il est urgent de procéder à un recadrage global de notre vision vis-à-vis de la transformation numérique en mettant les moyens humains et matériels nécessaires, libérer l’initiative pour la «DZ-IT-GEN» (la génération algérienne de la Tech).

Il s’agit également d’encourager la réussite à travers un environnement favorable en levant toutes les contraintes réglementaires et bureaucratiques, particulièrement ce qui a trait à la réglementation des marchés publics, réhabiliter les pôles d’excellences technologiques, à l’instar de ce qui était la ville de Boumerdès entre les années 1970 et 1990.

Et encourager les projets d’investissement dans le domaine du numérique, tels que la réalisation des data centers, le cloud, les ISP, etc. En conclusion : la transformation numérique aujourd’hui c’est possible, demain, ce sera trop tard.


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