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jeudi, 04 mars, 2021
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Colonisation et mémoires algéro-françaises : Ce que Benjamin Stora a proposé au président Macron

21 janvier 2021 à 10 h 39 min

Benjamin Stora a remis, hier après-midi, son rapport sur la mission que lui a confiée le président Macron sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie. Dans ce rapport, qui paraîtra sous forme de livre chez Albin Michel sous le titre de France Algérie. Les passions douloureuses, le 4 mars 2021, l’historien fait un certain nombre de préconisations qui «touchent aussi bien à la symbolique qu’à l’accès aux archives historiques, afin de mieux connaître et reconnaître ces ‘‘passions douloureuses’’».

Benjamin Stora propose des pistes nouvelles – au titre desquelles la constitution d’une commission «Alliance et vérité» chargée d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoires – qui vont être étudiées, analysées et mises en œuvre par l’Etat français à court, moyen et long termes. Elles cowncernent un champ strictement français et un autre algéro-français.

Les préconisations intéressant le volet bilatéral sont dévolues à des commissions mixtes, dont certaines existent déjà, comme la commission sur les essais nucléaires et leurs effets sur les populations et l’environnement algériens, ou celle qui travaille sur la question des archives qui s’est réunie à six reprises, jusqu’au 31 mars 2016.

Aussi, Benjamin Stora propose l’activation du groupe de travail conjoint sur les archives, constitué en 2013 à la suite de la visite en Algérie du président de la République François Hollande, en 2012. «Ce groupe de travail sur les archives devra faire le point sur l’inventaire des archives emportées par la France et celles laissées en Algérie. Sur la base de ce travail d’inventaire, certaines archives (originaux) seraient récupérées par l’Algérie.»

«Celles laissées en Algérie pourront être consultées par les chercheurs français et algériens.» Le «comité de pilotage» pourrait proposer la constitution d’«un premier fonds d’archives commun aux deux pays, librement accessible». Il pourrait également demander «l’application stricte de la loi sur le patrimoine de 2008 en France». Concrètement, il s’agit de «revenir, dans les plus brefs délais, à la pratique consistant en une déclassification des documents ‘‘secrets’’ déjà archivés, antérieurs à 1970 – étant entendu qu’il revient à l’administration de procéder à la déclassification des documents postérieurs à cette date avant leur versement».

La coopération universitaire, selon Stora, «pourrait, avant le règlement de la domiciliation des archives, trouver un moyen pour chacune des parties de montrer la volonté de transparence sur leur passé commun. La France proposerait ainsi de donner chaque année à dix chercheurs, inscrits en thèse sur l’histoire de l’Algérie coloniale et la guerre d’indépendance dans un établissement universitaire algérien, la possibilité d’effectuer des recherches dans les fonds d’archives en France». «Le visa de chercheur à entrées multiples serait d’une durée de six mois, pouvant être prolongée de trois mois, ce qui correspond à une année universitaire.

Le chercheur pourrait ainsi effectuer des allers-retours en fonction des besoins de sa recherche. Ce visa pourrait être renouvelable.» Afin que ces recherches puissent être menées dans de bonnes conditions matérielles, «un accord serait passé avec le Conseil national des œuvres universitaires pour mettre à disposition une chambre au sein d’une cité universitaire proche des lieux d’archives dans des modalités pratiques à approfondir». Enfin, «ces étudiants pourraient bénéficier pendant leur séjour en France de la même bourse d’études que les étudiants français inscrits en thèse, ramenée au prorata de la durée du séjour».

En parallèle, «des étudiants français, dans un nombre qui reste à discuter avec les autorités algériennes, devraient pouvoir bénéficier d’un visa à entrées multiples et d’un accès facilité aux archives algériennes concernant la même période».

L’historien recommande, au préalable, la constitution d’une commission «Alliance et vérité» chargée d’impulser des initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoires que prendrait en charge cette commission.

L’historien cite, entre autres actions, la construction d’une stèle, à Amboise, montrant le portrait de l’Emir Abdelkader, au moment du soixantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie en 2022, et la restitution à l’Algérie de l’épée de l’Emir.

«A la suite de la déclaration concernant Maurice Audin, la reconnaissance par la France de l’assassinat de Ali Boumendjel, avocat, ami de René Capitant, dirigeant politique du nationalisme algérien assassiné pendant la ‘‘Bataille d’Alger’’ de 1957.» Suite de la déclaration d’amitié signée lors de la visite du président François Hollande à Alger en 2012, un groupe de travail a été créé pour permettre la localisation des sépultures des disparus algériens et français de la guerre d’indépendance.

«Ce groupe pourrait poursuivre son travail pour la publication d’un ‘‘Guide des disparus’’ de la guerre d’Algérie, disparus algériens et européens». «Identifier les emplacements où furent inhumés les condamnés à mort exécutés pendant la guerre.» «A la fin des années 1960, dans un mouvement symétrique à celui qu’effectuait alors l’Etat français, l’Etat algérien a demandé à récupérer les corps des Algériens morts en France pendant la guerre. Or, les démarches entreprises sont inabouties.» Stora propose qu’«on pourrait se centrer sur la situation des condamnés à mort exécutés qui doit être distinguée dans la mesure où il s’agit de décisions de justice et d’exécutions officielles, ce qui devrait permettre une identification plus aisée».

Il propose aussi «la poursuite de l’activité du comité mixte d’experts scientifiques algériens et français chargé d’étudier les restes humains de combattants algériens du xixe siècle conservés au Muséum national d’histoire naturelle». «Voir avec les autorités algériennes la possibilité de faciliter le déplacement des harkis et de leurs enfants entre la France et l’Algérie

Une autre préconisation de l’historien concerne la mise en place d’une commission mixte d’historiens français et algériens pour «faire la lumière sur les enlèvements et assassinats d’Européens à Oran en juillet 1962, pour entendre la parole des témoins de cette tragédie».

Il propose, par ailleurs, la mise en place d’un office franco-algérien de la jeunesse, chargé principalement d’impulser les œuvres de jeunes créateurs (œuvres d’animation, courts-métrages de fiction, création de plateforme numérique pour le son et l’image).

Sans omettre la création d’une commission franco-algérienne d’historiens chargée d’établir l’historique du canon Baba Merzoug ou «La Consulaire», et de «formuler des propositions partagées quant à son avenir, respectueuses de la charge mémorielle qu’il porte des deux côtés de la Méditerranée».

Benjamin Stora a réalisé cette enquête mémorielle à partir de l’immense historiographie existante, à laquelle il a lui-même grandement contribué, mais aussi en rencontrant des dizaines d’interlocuteurs de tous bords.

«Pour tenter de rendre compte de cet archipel de mémoires aujourd’hui communautarisées, il ne fallait en effet écarter aucune catégorie : des combattants indépendantistes aux ‘‘pieds-noirs’’, des soldats français aux ‘‘harkis’’, des juifs aux Européens libéraux, militants communistes ou partisans de l’Algérie française…» 

La reconnaissance par «la vérité» et des «actes»

A charge pour l’Exécutif français, et à sa tête le président Macron, d’étudier et de mettre en œuvre les préconisations de l’historien Benjamin Stora qu’il a missionné pour ce travail de «vérité et de mémoire».

Il semblerait que l’Elysée ait choisi la démarche de la reconnaissance de la colonisation et de ses crimes par la «vérité» et des «actes».

De source autorisée, on rappelle que les trois précédents chefs de l’Etat français (Chirac, Sarkozy, Hollande» et le candidat Macron ont mis des mots sur la colonisation française de l’Algérie.

«Ils ont posé des mots forts.» Le président Macron ne regrette pas l’expression de «crime contre l’humanité» qu’il a prononcé dans une interview à une chaîne de télévision algérienne. «Ayant dit cela, que peut-il dire de plus ?» «En revanche, il y a beaucoup de choses à faire.»

Aussi Macron veut «poser des actes» pour construire une mémoire qui serait partagée par tous les Français et une réconciliation avec l’Algérie. «La question des excuses, ce n’est plus le sujet d’aujourd’hui. Les Algériens attendent de nous la reconnaissance des faits.» «La reconnaissance c’est la vérité et la vérité ce sont des actes.»

«Nous travaillons avec les Algériens sur leurs demandes qui sont des demandes d’actes, un travail de long terme. Les Algériens nous attendent sur des actes.» N. B.


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