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mercredi, 13 novembre, 2019
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Brutal réveil des magistrats après dix jours d’arrêt de travail : Les lourds dommages collatéraux de la grève

07 novembre 2019 à 10 h 25 min

Quel bilan le Syndicat national des magistrats (SNM) va-t-il faire de sa première grève dans l’histoire du pays, qui a paralysé durant dix jours l’appareil judiciaire ? A quel prix a-t-il arraché l’accord avec la chancellerie ?

En attendant d’avoir des réponses, il y a une réalité très dure à relever. Au-delà des acquis socioprofessionnels qu’elle a permis d’arracher, la grève a provoqué une fracture au sein de la corporation des magistrats, perceptible dès le retour de ces derniers aux tribunaux et aux cours. Le malaise est encore plus criant, la démobilisation plus élargie et l’autorité du juge entachée.

Hier, il était difficile pour bon nombre d’entre eux de reprendre leur travail comme si de rien n’était. Le moral au plus bas, ils ne donnent pas l’impression d’avoir gagné la bataille, mais plutôt de l’avoir perdue. Certains ont du mal à accepter la notification de leur nouveau poste de la main du procureur général ou du président de la cour, leurs adversaires d’hier, et d’autres peinent à rejoindre les juridictions dans lesquelles ils ont été mutés.

Les premières audiences d’hier se sont déroulées dans une ambiance très tendue. L’accumulation des dossiers à juger et les renvois répétés des procès de détenus durant la semaine écoulée ont suscité plus de colère que de compréhension chez les justiciables. Ces derniers ne comprenaient pas pourquoi les détenus sont ramenés puis renvoyés en prison, faute de magistrat, durant une semaine, prolongeant ainsi leur détention. Ils se sentent otages d’un conflit qui, selon eux, ne les concerne pas. Plus délétère qu’avant la grève, le climat de travail n’est plus serein pour beaucoup de magistrats. Dans les juridictions marquées par des confrontations entre grévistes et non-grévistes, les rapports entre les pairs sont au plus bas. Si dans leur majorité, les magistrats ont respecté l’appel à la reprise lancé par le SNM, d’autres, à Oran, Tlemcen, Annaba et dans quelques tribunaux à Béjaïa et à Boumerdès ont refusé de se faire notifier leur mutation.

Ils se sont déclarés carrément contre l’accord obtenu par le SNM et la fin de la grève. Pour eux, le bureau exécutif «n’a pas consulté la base» pour prendre une telle décision. Certains membres du conseil national ont déclaré n’avoir pas été contactés ni reçu l’accord en question. Pourtant, le bureau exécutif a, dans son dernier communiqué, affirmé que les résultats obtenus ont été validés par 52 membres du conseil national sur 62, précisant que quatre membres seulement ont émis des réserves et six autres s’y sont opposés.

La première défection est venue d’une jeune juge, Heda Touam, membre du conseil, qui dans une longue lettre rendue publique sur les réseaux sociaux a annoncé sa démission de cette instance syndicale, le jour même de la signature de l’accord, soit le 4 novembre. Il faut dire qu’après la grève, les magistrats sortent plus affaiblis qu’avant et le grave dérapage qui a eu lieu à l’intérieur de la cour d’Oran, et dont les images ont fait le tour des réseaux sociaux, n’a fait que casser cette «autorité» et surtout cette «immunité» conférées par la loi aux juges. Revenir à des relations normales avec le procureur général et surtout les gendarmes qui sont généralement sous le contrôle des magistrats, relève de l’impossible pour beaucoup de juges ayant été violentés dans l’enceinte même de la cour d’Oran, en cette journée de dimanche 3 novembre.

Même si elle a permis le réexamen des mutations et la mise en application de l’accord salarial obtenu il y a six mois, tel que réclamé par le SNM dans son premier communiqué du 26 octobre dernier, la grève a causé de lourds dommages collatéraux. Elle a non seulement envenimé les relations de travail entre grévistes et non-grévistes, mais aussi avec les auxiliaires de justice, parmi lesquels les avocats, dont la solidarité était très timide, mais aussi les justiciables. A-t-on mesuré l’ampleur d’une telle action, de surcroît, illégale au vu de la loi, dans un secteur aussi sensible que la justice ? La réponse est venue du président du SNM, Mabrouk Issaad, lors du rassemblement de protestation de lundi dernier à la Cour suprême. «Nous savons que la grève est illégale. Nous avons mené un mouvement de protestation contre un fait accompli. Le mouvement dans les rangs des magistrats n’est pas la principale revendication. C’est la goutte qui a fait déborder le vase», a-t-il déclaré à la presse.

Pourtant, l’accord, arraché après huit jours d’arrêt de travail, porte essentiellement sur le réexamen des mutations par le bureau permanent du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), et l’application de l’accord salarial obtenu il y a six mois, à partir de décembre 2019, avec effet rétroactif depuis janvier de l’année en cours. Pour beaucoup de magistrats, le réveil après la grève des dix jours est très dur. «Ils reprennent plus affaiblis qu’avant», conclut un membre du bureau exécutif du SNM sous le sceau de l’anonymat.                     


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