Bougara : Le diagnostic social des représentants des quartiers | El Watan
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Ils ont joué un rôle-clé dans le recensement des familles éligibles aux 10 000 DA de solidarité

Bougara : Le diagnostic social des représentants des quartiers

25 avril 2020 à 10 h 06 min

Comme toutes les villes de la wilaya de Blida, Bougara (ex-Rovigo), située à environ 25 km au nord-est du chef-lieu de wilaya et qui compte plus de 56 000 habitants, a été bousculée dans ses habitudes depuis qu’un confinement total a été imposé sur l’ensemble du territoire de la wilaya. Une situation qui a durement impacté des centaines de familles de la localité, lésées suite aux emplois perdus et autres activités économiques gelées, les laissant quasiment sans ressources.

Sur les pages Facebook animées par des collectifs citoyens, des associations locales ou encore des pages d’information type Akhbar Madinat Bougara (Nouvelles de la ville de Bougara), Bougara Today ou encore Bougara News, les appels à solidarité se multiplient en même temps que les messages de prévention et les incitations à se cantonner chez soi.

Sur ces pages défilent également les visages émouvants des habitants de la commune fauchés par le coronavirus, Bougara ayant été sévèrement touchée par l’épidémie. Ces pages font ainsi un remarquable travail de veille citoyenne et donnent une idée assez fiable de la situation sociale et sanitaire dans la région. Elles ont par ailleurs le mérite de créer un lien entre personnes en détresse et bienfaiteurs potentiels.

«Je suis une citoyenne de condition modeste de la commune de Bougara. Je suis sur le point d’accoucher et je n’ai rien pour le bébé. Mon mari est au chômage. Je vais bientôt mettre au monde mon enfant et j’ai besoin d’aide», se plaint une future maman, livrée à elle-même, sur la page Bougara Today, qui est également, comme nous le verrons, une association à caractère social.

Recensement par téléphone

On se souvient que le 13 avril, le gouvernement a annoncé qu’il allait verser une «allocation de solidarité» de 10 000 DA «aux familles nécessiteuses impactées socialement et économiquement par les mesures de prévention et de lutte contre l’épidémie de coronavirus».

Dans la commune de Bougara, le recensement des familles éligibles à cette allocation s’est fait en s’appuyant sur un réseau de représentants de quartiers sollicités par l’APC. Dans une vidéo diffusée le 16 avril sur sa page Facebook, le maire de Bougara, Abderrahmane Hammouda, 35 ans, juriste de formation et très actif sur les réseaux sociaux, s’est évertué à expliciter la procédure de recensement.

«Vous savez que les attroupements sont interdits, aussi avons-nous élaboré une autre approche pour inscrire les familles démunies qui pourront bénéficier de cette aide de 10 000 DA», a-t-il expliqué. «Pour chaque quartier, nous allons publier plusieurs numéros de téléphone. Restez chez vous, ils (les présidents de quartiers, ndlr) prendront vos renseignements», insistait le jeune édile.

Les renseignements requis devaient notamment préciser la situation familiale du postulant, sa situation professionnelle et fournir un numéro de CCP pour ceux qui disposent d’un compte postal. Nous avons tenté de joindre le
P/APC pour en savoir davantage sur cette opération, notamment le nombre de personnes recensées et leur profil, et, plus généralement, sur la situation sociale et sanitaire dans la commune. Sans succès.

«J’ai un café fermé et je peine à joindre les deux bouts»

Conformément à ses engagements, M. Hammouda a publié les numéros de téléphone d’un certain nombre de délégués par quartiers que les postulants pouvaient contacter pour s’inscrire. Abderrahim, 28 ans, est l’un de ces représentants qui a participé à l’opération de recensement au niveau de Labaâziz, un quartier dense qui a été subdivisé en six secteurs. Contacté par téléphone, Abderrahim nous a informé que l’opération de recensement s’est déroulée les vendredi 17 et samedi 18 avril.

Les listes ont été remises le 19 avril à l’APC, qui devait se charger ensuite de les transmettre à la wilaya de Blida. Interrogé sur le nombre de familles recensées dans sa zone, notre interlocuteur a avancé une estimation de «2500 personnes». Et de faire remarquer : «Il y a un nombre considérable de familles démunies. A Labaâziz, il y a 30 000 habitants.

Ça vous donne une idée de l’ampleur de la précarité qui frappe les foyers ici. Plusieurs catégories ont perdu leur travail : garçon de café, receveur de bus, manœuvre… tous sont lésés.» Questionné sur sa situation personnelle, Abderrahim témoigne : «Je suis à l’arrêt depuis un mois. J’avais un petit café aménagé dans un local que je loue à 40 000 DA/mois. Le café est fermé suite aux mesures de confinement, et je n’ai plus de rentrées d’argent. Je n’ai plus les moyens de régler mon bail.

J’avais 3 garçons de café qui se sont retrouvés au chômage. Je n’ai pas de quoi les payer. Moi-même, je peine à joindre les deux bouts. Je leur livre des aides quand je recueille des dons. L’un d’eux a quatre enfants, qu’est-ce qu’ils vont manger ?» Depuis que son activité est à l’arrêt, Abderrahim s’est converti, en effet, dans la collecte de dons au profit des familles nécessiteuses. «Je le fais avec un groupe de bénévoles.

On est 6 ou 7 jeunes à faire ça. On ne fait partie d’aucune association. Dès que des donateurs se manifestent, on va chercher les aides et on les distribue. Je me déplace à El Harrach, Baraki, les Eucalyptus…» C’est cet activisme caritatif qui a valu à notre généreux cafetier d’être sollicité pour faire partie de l’équipe de recensement montée par la mairie, nous confie-t-il. Sitôt ayant remis ses listes, Abderrahim a repris son bâton de pèlerin pour récolter les dons.

Pour ses déplacements humanitaires, il doit compter sur la clémence des éléments des services de sécurité postés aux barrages et censés faire respecter le confinement total imposé à la commune. «On essaie de négocier avec eux. Parfois, ils se montrent compréhensifs, d’autres fois, ils nous refoulent sans ménagement», dit Abderrahim.

«Il y a beaucoup, beaucoup, de familles lésées à Rovigo»

Youcef, 31 ans, fait partie lui aussi du dispositif de recensement. Il s’est occupé de haï El Merbouni, assisté de deux autres bénévoles. «Il y a une cellule de crise qui a été créée au niveau de l’APC. Le maire m’a appelé pour me demander si je pouvais les aider, j’ai dit, sans problème», confie Youcef, joint par téléphone.

«On a recensé 130 personnes», déclare-t-il en parlant de la seule zone dont il s’est chargé. «Le recensement s’est passé dans la sérénité. Les gens n’ont pas eu à se déplacer à la mairie. On n’a pas eu de bousculade. Il fallait simplement appeler pour s’inscrire en donnant les renseignements demandés. Moi, je leur ai dit, ne m’appelez-pas au téléphone, je me déplacerai chez vous.

Celui qui mérite, je l’inscris, celui qui ne mérite pas, je lui explique pourquoi il n’y a pas droit», assure Youcef. Notre ami croit savoir que le virement de l’aide financière se fera sur un compte CCP si le bénéficiaire en a un, «sinon, ça sera normalement par mandat». Il ajoute : «Ceux que moi j’ai inscrits personnellement, 99% d’entre eux n’ont pas de compte CCP. Ce sont des travailleurs journaliers pour la plupart, avec une famille à charge. Ils se sont retrouvés sans revenu.» «Nous avons aussi nombre de commerçants lésés par la fermeture de leur commerce. Ils ont un loyer à payer, une famille à entretenir et ils n’ont plus aucune recette.

Ceux-là aussi méritent d’être aidés», plaide-t-il. S’agissant de sa situation personnelle, Youcef est à la base vendeur de quincaillerie. Une activité qu’il a mise en veilleuse. «J’avais un étal au marché, mais j’ai été parmi les premiers à arrêter. Je tiens le coup avec mes économies, mais ça commence à se corser», glisse-t-il.

Comme Abderrahim, Youcef est très actif dans les réseaux de bienfaisance. «On s’entraide beaucoup entre nous, et pas qu’à Bougara. Il y a un réseau de solidarité qui touche aussi Meftah, Ouled Slama… On se procure des provisions et on les distribue aux nécessiteux», rapporte-t-il. «A Rovigo, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de familles précaires. Pour votre gouverne, certains ne trouvent pas quoi manger», soupire Youcef.

«Bénévoles sans frontières»

Outre les bénévoles qui ne sont affiliés à aucune association, comme Abderrahim et Youcef, quelques organisations locales se sont impliquées énergiquement dans la collecte des dons à l’intention d’une population fortement précarisée. C’est le cas des associations Sawaed El Ihssane, Rouad El Khayr, Kafel El Yatim ou encore l’Association caritative des jeunes intellectuels  de Bougara, selon sa dénomination officielle. Celle-ci brandit fièrement le slogan : «Bénévoles sans frontières».

Ces derniers temps, l’association s’est particulièrement investie dans le soutien aux personnels médicaux en leur fournissant notamment des repas chauds et des masques de protection. Dans un communiqué posté récemment sur sa page Facebook, ses animateurs ont salué l’élan de solidarité exceptionnel dont ont fait preuve les Algériens en esquissant un bilan de leurs actions : opérations de désinfection, organisation des bureaux de poste, campagnes de sensibilisation…

«Nos jeunes ont également, dès la première semaine, commencé à livrer des repas à midi et le soir à tous les personnels médicaux qui affrontent l’épidémie, au niveau du CHU du 1er Novembre, ainsi qu’aux médecins et infirmiers confinés dans les hôtels, ceci en plus de la distribution de bavettes», souligne l’association.

Autre collectif très dynamique dans la région : l’association Bougara El Youm, dont nous avons évoqué précédemment la page Facebook Bougara Today. C’est l’une des pages les plus suivies. «Notre page Facebook a été créée il y a 3 ans. Elle a atteint 140 000 abonnés, et sur les 28 derniers jours (jusqu’au 19 avril, ndlr) elle a franchi la barre des 3 millions de visiteurs», assure au téléphone Abdallah Bouziane, 30 ans, administrateur de la page et président de l’association Bougara El Youm.

Titulaire d’un master en droit et avocat stagiaire, Abdallah ambitionne de créer une chaîne web et un journal électronique, toujours sous le label Bougara Today. «Notre association a obtenu son agrément en 2019, mais on active depuis 2017.

On est dans le domaine social, en mêlant le caritatif, le culturel et le sportif», explique le juriste. «Depuis le début de l’épidémie, notre action s’est surtout basée sur les campagnes de stérilisation, la collecte des aides et la distribution de couffins de solidarité. On a mené aussi des campagnes de sensibilisation», détaille M. Bouziane.

«Une liste numérique de 5000 familles nécessiteuses»

D’après lui, la situation sanitaire demeure encore préoccupante. «On n’a pas beaucoup de décès, mais des contaminations, on en compte énormément. Nos concitoyens, malheureusement, n’ont toujours pas conscience du danger. D’aucuns restent insensibles à nos messages de prévention. Ils voient pourtant des victimes se faire enterrer sous leur yeux», déplore Abdallah.

L’association, faut-il le signaler, a fait un gros travail de recensement des familles nécessiteuses : «On a coordonné entre les quartiers et on a établi une liste numérique. Nous avons toutes les listes de Bougara. Pour chaque quartier, nous avons désigné un représentant pour qu’il n’y ait pas d’injustice dans la répartition des aides.

On veut toucher toutes les catégories.» Interrogé sur le nombre de familles comptabilisées, Abdallah déclare : «On a distribué environ 2000 couffins» (jusqu’au 19 avril, date de notre entretien). Au total, «il y a environ 5000 familles qui sont dans la précarité», affirme-t-il. L’association Bougara El Youm a participé, elle aussi, au recensement des ménages éligibles à l’allocation de 10 000 DA. «Nous nous sommes occupés des quartiers isolés, ceux qui sont dans les piémonts, proches des zones montagneuses», dit Abdallah. «On a désigné des représentants dans les quartiers de notre secteur.

On a recensé environ 200 personnes.» Abdallah Bouziane n’a qu’un seul regret : «On est marginalisés par l’APC. On a proposé nos services pour coordonner avec nous, mais on n’a pas été entendus. On demande seulement à être consultés. L’APC reçoit une aide de la wilaya, et si elle nous associe ne serait-ce que pour mieux cibler la répartition des dons, ce serait profitable pour tout le monde.

On souhaite seulement un minimum de coordination. Notre souci est qu’il n’y ait pas de doublon, et que les personnes qui vont bénéficier de l’aide de l’Etat, on les soustrait de notre liste pour plus d’équité.» A présent, l’association se concentre sur le Ramadhan. «On a prévu trois couffins pour chaque famille nécessiteuse, à raison d’un couffin tous les dix jours par foyer», indique l’aspirant avocat.

Dans une publication postée mardi 21 avril sur sa page Facebook, le maire Abderrahmane Hammouda a fait savoir de son côté que l’allocation du Ramadhan a touché 2500 bénéficiaires. M. Hammouda avait précédemment précisé via les réseaux sociaux que les bénéficiaires de l’aide de Ramadhan n’étaient pas concernés par l’allocation de solidarité de 10 000 DA. En guise de compensation, le montant de l’aide spécial Ramadhan a été revu à la hausse pour passer de 6000 à 10 000 DA. 



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