«Bouchouareb tirait sa force de Saïd Bouteflika» | El Watan
toggle menu
mardi, 24 novembre, 2020
  • thumbnail of elw_17102020





Procès en appel des anciens premiers ministres et des concessionnaires automobiles

«Bouchouareb tirait sa force de Saïd Bouteflika»

05 mars 2020 à 10 h 01 min

Le représentant du Trésor public a estimé le préjudice causé par l’octroi des indus avantages aux concessionnaires automobiles à plus de 128 milliards de dinars. Il a réclamé 39 milliards de dinars à Ahmed Mazouz, 87 milliards de dinars à Hacene Arbaoui et un milliard de dinars à Mohamed Bairi, ainsi que la restitution de tous les biens fonciers qui leur ont été accordés. Aujourd’hui, le procureur général devra faire son réquisitoire, avant que les 92 avocats constitués n’entament leurs plaidoiries.

Au quatrième jour du procès en appel, à la cour d’Alger, des deux anciens Premiers ministres, Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que des ex-ministres et hommes d’affaires poursuivis pour les «indus avantages» accordés dans le cadre de l’industrie du montage automobile et pour le «financement occulte de la campagne électorale du 5e mandat» du Président déchu, les auditions ont été consacrées essentiellement aux sociétés des prévenus, jugés en tant que personnes morales, mais aussi aux parties civiles, représentées par le Trésor public, les groupes Elsecom, Emin Auto et Cevital, ainsi que le ministère de l’Industrie.

Défendant les intérêts du Trésor public, l’AJT (Agent judiciaire du Trésor), représenté par Me Zakaria Dahlouk, commence par déclarer Arbaoui, Mazouz, Bairi et les hauts fonctionnaires de l’Etat comme les «principaux auteurs» de ce qu’il qualifie comme étant une «grave hémorragie des deniers publics».

Il évoque des «opérations illégales et injustifiées» pour «octroyer d’indus avantages à des opérateurs sans partenaires étrangers, sans expérience, sans la référence de la maison mère, tel que dicté par la loi».

De ce fait, il évalue à plus de 39 milliards de dinars le préjudice causé par Ahmed Mazouz, à plus de 87 milliards de dinars celui induit par Hacene Arbaoui, et à plus de 1 milliard de dinars celui provoqué par Mohamed Bairi. Il réclame, aux trois hommes d’affaires, la restitution de la somme de 128 milliards de dinars ainsi que celle des biens fonciers dont ils ont bénéficié.

Pour lui, «l’AJT est là contre tous les prévenus, à l’exception de Abdelghani Zaalane, afin de récupérer les deniers dilapidés du peuple et de l’Etat».

Avocat du ministère de l’Industrie, présent en tant que partie civile, Me Seif El Islam Chebal, rappelle que cette affaire a été qualifiée par le ministre de la Justice «de dossier lourd, sensible et choquant en raison de ses impacts sur l’intérêt et la sécurité du pays», ajoutant : «Il n’avait pas tort, surtout lorsqu’on entend les montants faramineux qui relèvent de la fiction.

Le ministère est le berceau de ce dossier, mais aussi sa tombe. Comment peut-on faire d’un vendeur de voitures un constructeur en un laps de temps ? Des millions de dollars et des milliards de dinars sont partis et des richesses sont apparues subitement.»

Il conclut en réclamant la somme d’un milliard de dinars à payer solidairement par les prévenus. Les avocats des Achaibou et de Omar Rebrab se sont attelés à démontrer les péripéties par lesquelles leurs mandants sont passés sans pouvoir réaliser leurs projets.

Pour eux, aussi bien Achaibou que Omar Rebrab ont été écartés pour laisser place à des opérateurs choisis par Bouchouareb et avec la complicité des cadres du ministère de l’Industrie.

Dans la matinée, c’est Alain Roland, directeur de la SNCA, la société des centres commerciaux de Bab Ezzouar et d’Oran (à capitaux suisses) rachetée en 2017 par l’homme d’affaires Ahmed Mazouz, qui est appelé à la barre en tant que témoin.

Il explique : «L’entreprise a été créée avant la règle des 51/49. Son capital était à 100% suisse. En 2017, les propriétaires envisageaient de se désengager de l’Algérie. Ils étaient un peu frileux et aussi en raison de la situation économique. Ils cherchaient de nouveaux investisseurs pour un partenariat.»

«Bouchouareb tirait sa force de Saïd Bouteflika»

Le président l’interroge sur la date de la transaction avec Mazouz. «En fait, il y a eu une promesse de vente des actions à Mazouz, en septembre 2016, du centre de Bab Ezzouar. A Oran, nous avions un terrain en concession qui était également concerné par la transaction.

Ce n’est qu’en 2017 que la cession a été réalisée.» D’autres représentants des sociétés du groupe Mazouz défilent devant la barre pour répondre aux questions du juge axées essentiellement sur leurs situations financières.

C’est le cas, entre autres, de Cimacom et de N’gaous, des entreprises publiques, rachetées par le groupe Mazouz. Tous les représentants nient être concernés de près ou de loin avec les fonds supposés être blanchis ou versés à la campagne électorale du Président déchu.

Le responsable du groupe Emin Auto est le premier à s’exprimer, en tant que partie civile, devant le magistrat. Il présente sa société qui importe «depuis 2000, dans 38 wilayas à travers 48 concessionnaires et qui, selon lui, a un chiffre d’affaires annuel de 45 milliards de dinars».

«En 2016, j’ai présenté un dossier pour une usine de montage de camions Jac, validé par le comité d’évaluation technique. Après l’accord de l’Andi, j’ai investi 100 millions de dollars sur fonds propres, 75% pour la réalisation de l’usine et 25% pour les équipements, mais le CNI (Conseil national d’investissement) a rejeté ma demande.

J’ai introduit 18 recours et écrit plusieurs lettres, restés sans suite. J’ai saisi le Premier ministre Abdelmalek qui me répond qu’il n’arrive pas à comprendre le harcèlement dont je fais l’objet, mais sans suite. J’ai su que c’était le ministre, Abdesselam Bouchouareb qui a opposé son refus. Même avec l’arrivée d’Ouyahia, rien n’a été fait.

Lui aussi a rejeté mon dossier», déclare le patron d’Emin Auto. Abderrahmane Achaibou, président du groupe Elsecom, lui succède à la barre. D’emblée, il déclare que 8 des sociétés de son groupe ont été interdites d’importation, précisant qu’une seule a «échappé et en passant au CNI, en 2018, elle a été bloquée par le Premier ministre».

Achaibou explique que «le cahier des charges élaboré en 2016 a été fait sous prétexte de l’augmentation d’accidents, mais en réalité, il avait pour but de redistribuer les marques. Le seul qui nous a répondu était Abdelmalek Sellal.

Il a exprimé son étonnement devant le harcèlement dont nous faisions l’objet. Il a même écrit qu’il avait donné instruction à son ministre Abdesselam Bouchouareb pour régler le problème. Mais il n’a rien fait. C’était un Pharaon, il n’obéissait à personne».

Le juge demande : «D’après vous, d’où tient-il sa force ?» Le PDG d’Elsecom répond : «De Saïd Bouteflika. Nous avons envoyé une centaine de lettres restées sans réponses. Nous avions été retenus parmi 9 soumissionnaires dans le monde pour prendre la marque Ford, et pour une durée indéterminée.

Mais Bouchouareb a confectionné un cahier des charges pour une durée de 3 ans afin de maintenir les opérateurs sous pression.» Le juge insiste pour comprendre pourquoi autant de blocages et Achaibou lâche : «Il m’a demandé 15 milliards et j’ai refusé.

Lorsque je l’ai dénoncé à travers les médias, j’ai été convoqué par le tribunal de Bir Mourad Raïs, où j’ai été entendu. En 2014 nous avions investi 20 millions de dinars et attendu 2 ans pour un agrément que nous n’avons pas obtenu.

Mme Mekraoui nous a dit que notre dossier était complet, mais Bouchouareb a refusé de le signer. Lorsque Mahdjoub Bedda a été nommé, il m’a reçu et je lui ai fait savoir qu’il ne pouvait rien faire parce que le ministère est un nid de guêpes.

Sept sociétés du groupe n’ont pas eu de licence et Bouchouareb nous dit que nous avions de la chance d’en garder une.

Il gérait le ministère comme un cabinet privé.» Abondant dans le même sens, son frère Abdelhamid Achaibou, directeur général de KIA, pointe du doigt le «fugitif Abdesselam Bouchouareb» mais reste «sidéré devant la décision de Mahdjoub Bedda d’accorder à Arbaoui l’autorisation pour la création d’une usine d’assemblage» et révèle que la marque KIA «m’a été retirée pour être donnée à Arbaoui, sous la pression de Abdesselam Bouchouareb, lors d’une réunion en présence du ministre sud-coréen et les représentant de la marque».

«Bouchouareb a fait pression sur les coréens pour nous retirer la marque»

Le juge appelle Omar Rebrab, vice-président du groupe Cevital, qui déclare : «On nous a retiré la marque Hyundai alors que nous avions un contrat qui nous liait à celle-ci jusqu’en novembre 2018. Toutes nos démarches pour la création d’une usine de montage ont été vouées à l’échec.

Aucune réponse n’était faite à nos nombreux courriers. Tout le monde sait comment le groupe était bloqué par Abdesselam Bouchouareb.» Omar Rebrab explique : «Il a commencé par instaurer un système de quota de véhicules pour freiner l’importation à travers la fiscalité.

Il a nous a imposé une limite de 4000 véhicules, alors que nous étions les plus respectueux de la réglementation. Les autres ont eu un quota de 10 000, voire de 15 000 alors qu’ils n’étaient pas en règle.

Après l’élaboration du cahier des charges de 2016, que nous avons téléchargé du site du ministère de l’Industrie, nous avons entrepris toutes les démarches pour avoir l’autorisation, mais en vain. Je me déplaçais personnellement au ministère, mais j’étais interdit d’accès.»

Le procureur général : «Vous aviez déclaré au magistrat instructeur près la Cour suprême que Bouchouareb a perçu des pots-de-vin de la part de Mahieddine Tahkout et d’Ahmed Mazouz…» Omar Rebrab : «Je n’ai jamais dit cela.» Le procureur général : «Vous revenez donc sur vos propos.»

Le représentant du ministère public : «Qui vous a enlevé la marque Hyundai ?» Omar Rebrab : «C’est la maison mère qui l’a fait, mais sous la pression du ministre de l’Industrie. Lorsque le cahier des charges a été établi, nous avions organisé une sortie avec les Coréens sur le site qui devait accueillir l’usine. Ils nous ont demandé clairement de régler ce problème politique avec le gouvernement.

Ce sont des commerçants. Ils ont pensé à leurs intérêts. Ils subissaient la pression de Bouchouareb.» Interrogé sur le contrat qui le liait à Hyundai, Omar Rebrab affirme qu’il a expiré en novembre 2018, mais un des avocats exhibe une lettre contenant une autre date.

«C’est un faux document. Il a été fait sous la pression de l’actuel représentant de la marque. J’ai tous les papiers qui prouvent le contraire. J’espère que la justice me donnera raison pour pouvoir reprendre la marque.

J’ai encore 3 milliards de dinars de pièces de rechange en stock», déclare le vice-président de Cevital. Le procureur général : «Vous aviez dit que Bouchouareb avait écrit aux Sud-Coréens leur demandant de ne travailler qu’avec les sociétés de Arbaoui Tahkout et de Thiziri.» Rebrab confirme.

Les plaidoiries de la partie civile se sont poursuivies toute la journée. Aujourd’hui, l’audience commencera avec le réquisitoire du parquet général, suivi des plaidoiries des avocats qui dureront toute la semaine prochaine.

Advertisements


S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Se souvenir de moi
Mot de passe perdu?
S'IDENTIFIER S'INSCRIRE
Registration confirmation will be emailed to you.
Password Reset Registration
Login
Do NOT follow this link or you will be banned from the site!