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Boualem Amoura. Président du Syndicat autonome des travailleurs de l’éducation et de la formation (Satef) : «Nous constatons que les vieux réflexes sont de retour»

10 avril 2019 à 9 h 15 min

Le Parlement, réuni en ses deux Chambres, a pris acte de la déclaration de vacance définitive du poste de président de la République. Prenant le contre-pied des revendications populaires, qui exigent son départ, le président du Conseil de la nation, Abdelkader Bensalah, assume de fait le poste de chef d’Etat. Quelle lecture en faites-vous ?

C’est une provocation de plus ! Ils veulent une continuité dans le système en désignant Abdelkader Bensalah comme chef d’Etat, car Bensalah était déjà là bien avant l’arrivée de Bouteflika au pouvoir ! Il est un pur produit du système corrompu et corrupteur qui gère ce pays depuis 1962. En demandant l’application de l’article 102, certains apprentis-politiciens ignoraient que nous allions droit vers l’installation de Bensalah sur le perchoir.

La nomination d’un gouvernement avant la démission de Bouteflika va dans le sens de cette stratégie des forces non constitutionnelles afin de rester aux commandes du pays. C’est un leurre que de penser que ce système s’en ira aussi facilement. Notre génération a vécu le même scénario en 1988 et, aujourd’hui encore, c’est l’histoire qui se répète. Il faut beaucoup plus que ça pour faire dégager ce système enraciné à tous les niveaux et dans tous les secteurs.

La Confédération des syndicats algériens (CSA), qui a réuni 13 syndicats autonomes, dont le vôtre, le Satef, a appelé à une grève et une marche pour demain (aujourd’hui, ndlr), 10 avril. Cette action d’une journée vient en soutien au hirak pacifique…

Pour l’histoire, la Confédération des syndicats algériens (CSA) était la première organisation à défier ce pouvoir et aller briser le mur de la peur en organisant des marches à Alger en 2016 et 2017 contre la suppression de la retraite anticipée et sans condition d’âge ainsi que la loi du travail et du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, nous le faisons encore, car nous estimons que rien n’a changé et que c’est le moment de lutter ensemble pour instaurer une vraie démocratie. Nous sommes du peuple et nous ne pouvons pas être en marge des luttes engagées par ce peuple.

Nous avons choisi cette date pour donner un nouveau souffle au mouvement populaire, car nous sommes convaincus que les vieux démons ne meurent jamais. Aujourd’hui encore, nous constatons avec amertume que les vieux réflexes sont de retour : des avocats, des journalistes et des syndicalistes sont arrêtés.

La marche des étudiants à Alger est réprimée. Nous tenons à condamner vigoureusement ces pratiques d’un autre âge et nous découvrons que le slogan «khawa khawa» est vide de sens !!! Ces forces anticonstitutionnelles doivent savoir que l’Algérie de 2019 n’est pas celle de 2018, qu’elles ne peuvent plus terroriser le peuple !

La question de la représentativité du mouvement populaire s’est posée. Comment est-il possible de la régler ?

Oui, effectivement la question de la représentativité du mouvement populaire se pose avec acuité. Nous ne pouvons plus continuer à fonctionner comme ça : marcher chaque vendredi et rentrer chez nous ! Il faut que chaque corporation désigne ses représentants après de larges débats francs et démocratiques, et la société civile doit être impliquée et consultée.

A titre d’exemple, à Tizi Ouzou et Tipasa, une initiative citoyenne et professionnelle est née et des rencontres quotidiennes se tiennent pour d’abord essayer d’élargir ce cercle à d’autres représentants de la société civile et aussi pour arriver à une proposition de sortie de crise. Après cela, une rencontre nationale aura lieu à Alger entre tous les représentants des différentes wilayas sans exclusive, afin de finaliser cet avant-projet de sortie de crise. Ce système doit partir, car il a fait beaucoup de mal aux Algériennes et Algériens ! Le phénomène des harraga en est une illustration flagrante…

Quel rôle devra, selon vous, jouer le corps enseignant ?

Nous ne pouvons pas parler seulement du corps enseignant. Nous au Satef, nous croyons à une synergie de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs algériens. La Confédération des syndicats autonomes (CSA) fait partie des rares organisations à être présentes sur tout le territoire national. De par notre implantation et notre force d’organisation, nous pouvons mobiliser nos troupes à tout instant. Nous devons aussi participer à l’élaboration d’une proposition de sortie de crise. Nous avons un grand rôle à jouer dans la construction de l’Algérie de demain.

Le syndicat UGTT tunisien a joué un grand rôle dans le sauvetage de la Tunisie pour ne pas sombrer dans le chaos. Ses membres ont intimé l’ordre aux parties en conflit de s’asseoir à la table et de trouver une solution consensuelle, sinon ils prendront leur responsabilité.

Pour revenir à l’Algérie, le secteur de l’éducation est le plus important de la Fonction publique et, par voie de conséquence, nous devons jouer notre rôle dans ce qui se passe dans notre pays. Nous pèserons de tout notre poids pour que la victoire du peuple algérien, dont nous faisons partie, ne soit pas détournée ! Nous avons été des militants, des militants, nous le resterons.

Et en ce jour de marche à Alger, je voudrais la dédier à notre camarade Achour Idir, lui le militant sincère, intègre et infatigable. Repose en paix cher camarade, tu nous manqueras beaucoup.


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