Au cœur des embouteillages : Alger, «sens interdit» | El Watan
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jeudi, 14 novembre, 2019
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Au cœur des embouteillages : Alger, «sens interdit»

19 août 2019 à 10 h 28 min

Jamais de mémoire d’automobiliste un dispositif sécuritaire aussi immense n’a été déployé sur les routes du centre du pays. Les accès à la capitale ont été fermés depuis samedi soir pour empêcher le rassemblement de protestation devant le siège du ministère de la Défense, aux Tagarins, auquel a appelé la Coordination des militaires à la retraite. «De toute ma vie je n’ai jamais vu tous ces embouteillages, alors que je passe mes jours sur les routes. Je suis sorti à 6h de chez moi, en Haute Kabylie. J’ai dû traverser au moins trois barrages filtrants. Là, je suis coincé à l’entrée de Tadmaït (Tizi Ouzou).

Pourquoi les autorités barrent-elles les routes ? Moi, je dois me rendre à la direction du CNRC (Centre national du registre du commerce), à Alger-Centre, et rencontrer des clients. De quel droit prend-on en otage des malades, des personnes âgées et des enfants ?» s’interroge cet automobiliste, grossiste de son état, serrant des deux mains le volant de son fourgon Master. A Tadmaït, un immense embouteillage s’étend le long de la RN12 : des centaines de véhicules de particuliers et de services, des camionneurs… avancent pare-chocs contre pare-chocs sous un soleil qui commence à taper fort. Très fort. Des fourgons cellulaires de ce corps de sécurité étaient stationnés à ce point de contrôle de la place Krim Belkacem, dont la statue tourne le dos à ce dispositif. La dizaine de darki pressaient d’un geste de la main les automobilistes d’avancer plus rapidement ! Si les véhicules ont repris leur élan sur la route nationale, ils seront stoppés net par un autre barrage à la sortie de la ville Si Mustapha (Boumerdès). Sur la montée de la côte de Boudouaou, un feu s’est déclaré dans un petit bois d’eucalyptus et de broussailles, à l’orée de l’autoroute.

Une épaisse fumée couvre toute la colline, rendant l’atmosphère étouffante. Mais ici, point d’intervention d’une quelconque autorité. Quelques mètres plus haut, sous le pont de l’autoroute Est-Ouest de Boudouaou, le dispositif sécuritaire est plus important : des dizaines de véhicules sont stationnés dans un espace faisant office de parking, des gendarmes papotent dans la bonne humeur alors que leurs collègues placides occupent une partie de la chaussée. Un bus est arrêté : des hommes sont descendus. Contrôles d’identité de rigueur. La cible : les retraités qui seraient tentés de rejoindre le rassemblement prévu aux Tagarins, siège du MDN. «J’ai un vol à midi. A ce rythme, je suis persuadé que je vais le rater. Comment vais-je faire ?» enrage un jeune immigré accompagné par son parent, interpellé par un automobiliste, visiblement une connaissance. Le transporteur improvisé va essayer tant bien que mal de slalomer parmi les véhicules. Certains, plus téméraires, déboulent sur la piste, pour tenter d’avancer. Peine perdue. Quelques mètres plus loin, ils seront bloqués par la file. Des voyageurs ont souffert plus que d’autres en ces temps caniculaires : les malades, les personnes âgées et les enfants. De temps en temps, des ambulances, gyrophare hurlant, essayaient avec peine d’avancer. L’exaspération est à son comble.

«Boutef est-il mort ?»

«Le décor sécuritaire est inchangé. Des milliers de citoyens sont torturés sur les autoroutes sous une chaleur dépassant les 40°C et coupure des réseaux de téléphonie à cause de la marche des retraités de l’armée…C’est la preuve que rien n’a changé. Et le pire, ce sont ces gens qui justifient cette politique», s’étonne le journaliste Merouane Lounes, sur sa page Facebook. D’autres personnes expriment des doutes. «Y a-t-il eu un coup d’Etat à Alger ? Boutef a-t-il cassé sa pipe ?» s’interroge un automobiliste, vitre baissée, la main tenant une bouteille d’eau. Les gens coincés dans les immenses embouteillages essayaient de s’informer sur les réseaux sociaux, en consultant particulièrement la page «Info Trafic». Des facebookistes postaient continuellement des photos et des commentaires. Sauf que les communications étaient coupées en raison, annonce-t-on, d’une panne ayant affecté des opérateurs de téléphonie mobile. La pression sur les automobilistes devient plus importante aux entrées de la capitale, particulièrement sur l’autoroute de l’Est.

A Réghaïa, des dizaines de gendarmes, massés dans ce barrage fixe, n’ont laissé ouvert qu’un petit espace. Conséquence : des dizaines de kilomètres d’embouteillages, sur toutes les routes des communes d’Alger (Rouiba, Bordj El Bahri, etc.) Avec là aussi le désarroi des voyageurs, étouffant dans leurs véhicules, ne pouvant s’expliquer la décision «criminelle» de fermer la capitale durant plusieurs heures par un temps caniculaire. Le dispositif de la gendarmerie était plus voyant à Dar El Beïda : des dizaines d’éléments antiémeute et des véhicules de ce corps paramilitaire étaient stationnés aux abords de ce tronçon routier où déboulent les conducteurs coincés au niveau de l’autoroute Est-Ouest, complètement fermée. Le chemin vers la capitale sera difficile pour les automobilistes venus de plusieurs wilayas (Bouira, Jijel, Béjaïa, Sétif, Bordj Bou Arréridj…) : aux gendarmes succèdent les policiers qui ont eux aussi fermé à double tour la capitale. Au point où Google Map aurait mis carrément un sens interdit sur la route qui mène vers Alger, signale Nazim Baya, fondateur du site El Manchar. Burlesque.


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