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Arrêt de la grève des magistrats : Entre déception et scepticisme

07 novembre 2019 à 10 h 23 min

L’arrêt de la grève des magistrats a déçu plus d’un, à commencer par le Club des magistrats, jugeant les «acquis» annoncés «dérisoires» par rapport à la question essentielle qui est l’indépendance de la justice.

Ce débrayage des juges, intervenant dans un contexte particulier, a tenu en haleine tous les Algériens qui, chaque semaine, depuis maintenant plus de neuf mois, crient haut et fort dans la rue leur désir de voir instaurée dans leur pays une justice équitable. Une grève qui, finalement, s’est terminée, avant-hier, avec comme principale réalisation une revalorisation des salaires, avec effet rétroactif depuis janvier dernier, alors que l’indépendance de la justice sera prise en charge, indique-t-on dans le communiqué du Syndicat national des magistrats (SNM), qui en avait pourtant fait son leitmotiv, dans le cadre d’un «atelier de travail».

A cet effet, le Club des magistrats, via son porte-parole, Merzoug Saad Eddine, qui s’est dit «surpris» par cette décision «unilatérale» du SNM, a affirmé que les «quelques revendications» concrétisées sont le «dernier des soucis» de ses membres. Après avoir rappelé que les juges qui lui sont affiliés ont pourtant «bénéficié» des dernières mutations, le Club s’est dit «convaincu que cette décision (grève) allait obliger l’Exécutif à plus de concessions dans la bataille pour l’indépendance de la justice». D’où sa décision de la soutenir. Or, le résultat de ce débrayage semble ne pas faire l’unanimité au sein de la corporation.

Sur les réseaux sociaux également, beaucoup d’Algériens se sont dits surpris par la décision du SNM d’arrêter la grève, alors que ce syndicat avait placé la barre très haute au début, en insistant sur l’indépendance de la justice et en affirmant que les juges n’étaient pas «un troupeau». Le syndicat avait également à un moment donné sollicité le soutien des Algériens. A cet effet, pas plus tard qu’avant-hier, les étudiants avaient exprimé, lors de leur 37e mardi de protestation, leur soutien aux juges dans ce bras de fer qui les a opposés au ministre de la Justice. «Rana maakoum ya qodat, matkhafouche el îssabat !» (On est avec vous, juges, n’ayez craintes des bandes), «Sahafa hourra, adala mostaqila !» (Presse libre, justice indépendante), ont-ils encore scandé, tout en critiquant fortement le premier responsable du secteur, Belkacem Zeghmati. Un soutien qui risque de se transformer en acerbes critiques vendredi prochain, à l’occasion de la 38e manifestation.

Secteur névralgique, la justice est au centre des discussions depuis le début du hirak, que ce soit par rapport aux retentissantes affaires des poursuites judiciaires enclenchées à l’encontre de personnalités politiques et économiques de premier plan, dont beaucoup sont en détention provisoire déjà, ou pour ce qui est des détenus du hirak qui croupissent en prison depuis plus de quatre mois maintenant sans qu’ils ne soient jugés, dans le cas de la majorité d’entre eux. Politiques, avocats ou défenseurs des droits de l’homme n’ont eu de cesse de rappeler que les motifs pour lesquels ces activistes et militants se sont retrouvés en prison sont sans fondement.

C’est le cas, notamment, des porteurs de l’étendard amazigh. La justice était notamment attendue sur ces dossiers. Si dans d’autres wilayas du pays, des juges ont prononcé des relaxes dans des affaires similaires (port de l’étendard amazigh) avec même restitution de l’objet saisi, à Alger il n’en est rien encore. Bien au contraire, des mandats ont également été prononcés à l’encontre de porteurs de cet étendard, arrêtés vendredi 1er novembre dernier. Le verdict attendu avant-hier de six détenus, jugés il y a deux semaines, a été reporté à la semaine prochaine. C’est cette situation qui a fait naître chez beaucoup de citoyens de l’espoir en voyant les magistrats réclamer l’indépendance de la justice.

Un espoir apparemment vite «contenu» avec la mise du dossier de l’indépendance de la justice sous la chapelle d’un «atelier de travail», à la suite de l’accord trouvé entre le syndicat des magistrats et la tutelle. «Soutenir les magistrats est une question de principe. C’est soutenir la revendication relative à l’indépendance de la justice», a déclaré Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), avant d’ajouter : «Nous nous en tenons toujours à ce principe et nous revendiquerons toujours l’indépendance de la justice.»

Beaucoup de citoyens ont, par ailleurs, estimé que ce qu’il y a de «positif» dans ce mouvement de contestation des juges est que les concernés eux-mêmes ont confirmé, en évoquant la «mainmise» du pouvoir exécutif sur le judiciaire via le Conseil supérieur de la magistrature, que la justice n’est pas indépendante. Pilier de tout Etat de droit, l’indépendance de la justice reste l’une des préoccupations majeures des Algériens qui réclament chaque semaine, depuis plus de neuf mois, le «départ du système». La grève des magistrats leur a rappelé que le chantier est gigantesque, et que le chemin est encore long pour y parvenir.


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