34e vendredi de mobilisation à Béjaïa : Anciennes et nouvelles générations, même détermination | El Watan
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vendredi, 15 novembre, 2019
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34e vendredi de mobilisation à Béjaïa : Anciennes et nouvelles générations, même détermination

12 octobre 2019 à 10 h 00 min

La marche, qui s’était mise en branle vers 13h30, a atteint son apogée deux heures plus tard lorsque tout le boulevard principal de la ville est devenu noir de monde dans ses deux sens, trottoirs y compris.

Chaque vendredi, le bon peuple de Bougie, comme à travers toute l’Algérie, fabrique l’un des plus beaux spectacles de rue qui soit. Un spectacle qui est le point d’orgue d’un combat pacifique, festif, joyeux et coloré comme on en voit rarement à travers le monde. Descendus dans la rue par dizaines de milliers, les citoyens composent un tableau vivant, changeant, profondément humain et toujours en mouvement.

Celui d’un peuple en lutte pour ses droits et sa dignité. Celui d’un peuple en marche pour la reconquête de son indépendance confisquée. Hommes, femmes, vieilles et vieux courbés sur leurs cannes ou bébés juchés sur les épaules de leurs parents, c’est un peuple à travers toutes ses forces vives et ses composantes sociales qui s’exprime pour le 34e vendredi d’affilée.

Chaque vendredi, ils viennent, tel un fleuve en crue, redire les mêmes vérités afin de laver les montagnes de mensonges sous lesquelles tente de les noyer les jours de semaine la redoutable machine de propagande du pouvoir, tous médias confondus. Répété des milliers de fois par des millions de voix, le message est clair : «Makanch el vote ya el issaba» (Pas d’élections avec les bandits). «Doula madania machi askaria» (Etat civil et non militaire).

Malgré les provocations policières, le harcèlement judiciaire, les arrestations et la répression aveugle qui s’abattent sur les animateurs du hirak les plus en vue, les étudiants et les manifestants porteurs de drapeaux berbères, notamment à Alger, véritable vitrine du pays, le mouvement populaire ne faiblit pas d’un iota.

Bien au contraire, l’entêtement du pouvoir à aller vers une élection présidentielle sans céder sur l’essentiel, au mépris de la volonté du peuple et de ses revendications, semble lui avoir donné plus de force et de vigueur et davantage de détermination pour faire aboutir le projet d’un nouveau départ, d’une nouvelle République. Mieux encore, de nouvelles générations de «hirakistes», prenant place aux côtés des plus anciens et des plus rodés, arrivent chaque vendredi depuis la rentrée sociale.

Ce sont des groupes de jeunes, lycéens, collégiens, étudiants et même petits enfants venus avec papa et maman, drapés de leur emblème, qu’il soit identitaire ou national. Chemin faisant, c’est toute une nouvelle génération qui s’initie au combat citoyen pour la dignité et une nouvelle culture qui s’installe.

A ce chapitre, la ville de Yemma Gouraya a brillé encore une fois au panthéon de cette lutte citoyenne par une marche populaire impeccablement organisée et qui a drainé une foule qu’il est très difficile de quantifier si on ne dispose pas d’un hélicoptère pour prendre la mesure de l’immense procession qui s’étirait de la maison de la Culture jusque sur les hauteurs de ville et même au-delà.

Venus de tous les quartiers de la ville, accourus des villages de la haute et de la basse Soummam, des Bibans, des Babors et de la vallée du Sahel à l’est, ils se sont donné rendez-vous au centre-ville pour manifester derrière leurs banderoles colorées, en carrés disciplinés.

D’autres mots d’ordre viennent se greffer à la revendication principale, qui est le changement de régime et l’avènement d’une IIe République plus juste, si tant est qu’il y en ait eu une première. Un carré de femmes manifeste derrière une banderole qui revendique l’égalité entre hommes et femmes.

Certains carrés venus des villages environnants demandent la libération de tel ou tel détenu arrêté et emprisonné depuis des mois. Le portrait de Karim Tabbou est également visible un peu partout. Un carré chante à tue-tête : «Karim Tabbou, echaab ihebbou oua el Gaïd Salah yehbess guelbou !» (Le cœur du peuple bat pour Karim Tabbou, que celui de Gaïd s’arrête).

La marche, qui s’était mise en branle vers 13h30, a atteint son apogée deux heures plus tard lorsque tout le boulevard principal de la ville est devenu noir de monde dans ses deux sens, trottoirs y compris. Une halte est observée place Saïd Mekbel pour entonner l’hymne national poings levés, et la formidable procession poursuit son itinéraire comme un long fleuve tranquille. Comme un fleuve qui a juré qu’il ne sera plus jamais détourné.


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