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Ammar Takdjout . Secrétaire général de l’Union de wilaya d’Alger pour l’UGTA : «Les conditions dans lesquelles s’est tenu le dernier congrès prouvent que le système est toujours là»

26 juin 2019 à 10 h 03 min

Secrétaire général de l’Union de wilaya d’Alger pour l’Ugta (Union générale des travailleurs algériens) et ancien député du PT (Parti des travailleurs), Ammar Takdjout dénonce avec virulence les conditions dans lesquelles s’est tenu le dernier congrès de la centrale syndicale et qui a vu l’élection de Salim Labatcha à la tête de l’organisation. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il évoque «des manœuvres inacceptables» menées par le secrétaire général sortant, Abdelmadjid Sidi Saïd, pour «continuer à contrôler l’Ugta».

 

L’élection de Salim Labatcha en tant que secrétaire général de l’Ugta en a surpris plus d’un et suscité déjà un début de fronde au sein de l’organisation. Comment l’expliquez-vous ?

En fait, cela démontre que l’Ugta n’a pas fait sa mue. Les conditions dans lesquelles s’est tenu le dernier congrès prouvent, encore une fois, que le système que l’organisation incarne est toujours là, alors que depuis quatre mois, les Algériens occupent la rue chaque vendredi pour exiger son départ. Tous les congrès auxquels j’ai assisté ont cette connotation. Ils ne reflètent pas le niveau de représentativité des travailleurs encartés de l’Ugta.

Est-ce pour cela que vous vous êtes retiré du congrès ?

Mon retrait de ce congrès s’explique par cette manœuvre inacceptable du secrétaire général sortant, Abdelmadjid Sidi Saïd. Juste pour atténuer la pression de la rue sur lui, il a félicité le mouvement populaire et l’a même qualifié de bénédiction qui a libéré la parole. Or, cette position ne s’est pas traduite lors de ce congrès. Sidi Saïd a fait tout le contraire de ce que les travailleurs demandent chaque vendredi. Il a fait de la cooptation de personnes qui n’ont pas de mandat et a fait appel à des gens qui ne sont même pas dans les structures syndicales pour remplir la salle.

Que voulez-vous dire par cooptation de personnes ?

Il a fait appel à des personnes qui n’ont aucun lien avec le congrès. Des anonymes, d’anciens syndicalistes qui ne sont ni mandatés ni structurés, des travailleurs non mandatés, etc. C’est tout ce monde qui a été ramené au congrès pour en contrôler les décisions.

Voulez-vous dire que le congrès s’est fait en violation des statuts de l’Ugta ?

Exactement. Le congrès s’est tenu en violation du règlement intérieur et des statuts de l’organisation syndicale. Les structures, qui ne s’acquittent pas de leurs cotisations depuis des années ou dont le mandat a expiré depuis bien longtemps, n’ont pas droit d’être au congrès. C’est le règlement qui le dicte et de manière bien explicite. Pourtant, ce sont elles qui étaient présentes à ce congrès.

Est-il vrai que le nouveau secrétaire général n’a pas le droit de voter ni de se présenter comme candidat ?

Ce qui est certain, c’est qu’il n’a pas renouvelé son mandat à la tête de la fédération de l’agroalimentaire. Il n’est pas le seul. Les fédérations de la santé, de l’éducation, de la formation professionnelle, de la culture, de l’hydraulique, des travaux publics, etc., sont toutes dans cette situation et pourtant elles étaient présentes au congrès, et ont même voté, alors que le règlement l’interdit. Au moins deux Unions de wilaya, celles de Médéa et de Guelma, sont également dans la même situation puisque leurs mandats ont expiré depuis des années. Comment peuvent-elles assister au congrès et, de surcroît, voter ? Elles ne sont plus représentatives. Mieux encore, sur les 15 membres du secrétariat national, trois secrétaires nationaux sont des salariés de la même entreprise, qui est la Cnas, et trois autres sont de la santé, un secteur contrôlé majoritairement par les syndicats autonomes. Ce congrès, qui a abouti à l’élection du nouveau secrétaire général de l’Ugta, a été confectionné par cooptation, pour pouvoir gérer l’Ugta de l’extérieur. C’est un congrès d’appareil et non pas des travailleurs.

Voulez-vous dire que Salim Labatcha a été mal élu ?

Evidemment qu’il a été mal élu. S’il doit rester et continuer sa mission, il aura beaucoup à faire. D’abord s’affranchir de la tutelle de Sidi Saïd et remettre de l’ordre dans la maison Ugta. La nouvelle direction comporte quatre secrétaires nationaux, qui étaient dans l’ancienne direction, décriée par les travailleurs et dont le départ a été exigé.

Dans de telles conditions, le congrès peut-il être légalement invalidé ?

C’est possible. Mais le problème est de savoir qui est en train de tirer les ficelles. Est-ce Sidi Saïd qui agit seul pour préserver ses propres intérêts, ou ceux qui tiennent le pouvoir ? Ce qui est certain, c’est qu’il y a une volonté délibérée de vider l’Ugta de sa substance. Bouteflika est parti en laissant le pays dans l’impasse et Sidi Saïd a fait de même. Il a laissé une organisation prise au piège, dans une impasse. Un malaise profond touche plusieurs wilayas, dont Blida, Tlemcen, Saïda, Tizi Ouzou, Béjaïa, Alger, pour ne citer que celles-ci. Ce congrès est un changement dans la continuité. C’est une réponse au mouvement de contestation populaire. J’ai payé cash le fait d’avoir appelé au changement et fait en sorte que ma position puisse se traduire sur le terrain, à travers l’assainissement des rangs avant le congrès. J’assume pleinement ma position. C’était nécessaire et vitale pour le militant que je suis. Les travailleurs devaient se réapproprier l’Ugta, mais les choses ont pris une autre voie…

Vous étiez pressenti comme candidat à la succession de Sidi Saïd, et vous aviez laissé planer le doute, il y a quelques mois, en refusant de confirmer l’information. Etiez-vous au courant de l’option Labatcha privilégiée par Sidi Saïd dans les coulisses?

Lorsque la question sur ma candidature m’avait été posée par une journaliste, j’avais répondu que j’étais candidat à rentrer chez moi, parce que je voyais les choses venir. Les premières suspensions signées par Sidi Saïd ont ciblé les wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa, Saïda et Tlemcen, qui étaient les premières à s’opposer à l’organisation du congrès. A raison, elles estimaient que ce dernier ne pouvait se dérouler dans les conditions actuelles des structures de l’Ugta. Pour elles, il fallait installer une commission indépendante dont la mission est de restructurer d’abord les instances pour qu’elles soient plus représentatives avant d’aller vers les élections. A la wilaya d’Alger, nous étions très avancés en matière d’assainissement des rangs.

Nous avions éliminé une longue liste de personnes qui ne pouvaient pas légalement assister au congrès. Cela a beaucoup gêné. L’Union d’Alger a fini par rejoindre les quatre autres qui avaient refusé de prendre part au congrès. Elle est la seule wilaya à avoir été inscrite à l’ordre du jour du congrès pour faire l’objet d’une sanction. Est-ce ma personne à la tête de cette wilaya qui gêne en raison de mes positions ? Trouvez-vous normal que la zone industrielle qui compte des milliers de travailleurs ne soit pas représentée au congrès, alors qu’elle est à l’avant-garde de l’activité syndicale ? Trouvez-vous normal qu’Alger avec ses 141 000 travailleurs encartés en 2018 soit absente au congrès ? Il y a là une volonté délibérée d’écarter tous ceux qui réclament le changement…

Est-il plus rentable pour les travailleurs d’abandonner les chaises que de se les réapproprier pour forcer le changement tant espéré ?

J’ai toujours lutté pour que le changement vienne de manière démocratique et de l’intérieur de l’organisation. Aujourd’hui, même si j’ai échoué avec l’appareil, je peux dire que j’ai réussi avec les hommes, c’est-à-dire les travailleurs, qui sont très nombreux à me soutenir dans mon action. Ce ne sont pas les syndicalistes qui me demandent de partir, mais ceux qui refusent tout changement de système. Je viens de recevoir un huissier de justice qui me demande de lui remettre les clefs de l’Union d’Alger, mais comme vous le constatez, ils sont très nombreux les syndicalistes qui refusent que j’abdique. Ils savent que Sidi Saïd n’a pas le droit de signer une décision durant les dernières minutes de son mandat. C’est lui qui a décidé de ma destitution juste avant qu’il ne remette son mandat à son successeur. Est-ce légal ?

N’êtes-vous pas face à un fait accompli ?

Je ne sais pas. Mais, je dois dire que c’est par la volonté des travailleurs que je suis à la tête de l’Union. Nous traversons une crise que nous allons gérer comme il se doit. Nous pourrons vivre des situations conflictuelles opposant les travailleurs et des cercles extérieurs. J’espère trouver l’énergie et la force nécessaires pour éviter qu’elles se répercutent sur la vie économique et sociale du pays. Il faut faire le choix entre remettre les clefs et partir et celui de rester et poursuivre le combat. Nous sommes en contact avec les autres Unions de wilaya pour s’entendre sur les actions à entreprendre ensemble dans les jours à venir. Je tiens à dire bravo ! à Abdelmadjid Sidi Saïd. Il a réussi à être dans la poubelle de l’histoire. Je pensais qu’il allait s’inscrire dans la démarche du hirak. Mais cela n’a pas été le cas. Il a fait un choix qui s’oppose au mien. La mission du nouveau secrétaire général n’est pas du tout facile.

Comment la base de l’Ugta a-t-elle pris l’élection du nouveau secrétaire général, surtout qu’il est méconnu sur la scène du militantisme syndical ?

Ils sont dans l’expectative. Ils ne peuvent être dans une position de satisfaction eux qui sortent tous les vendredis pour réclamer le changement. Ils voient que la nouvelle direction comporte des secrétaires nationaux qui étaient durant de longues années au secrétariat national avec Sidi Saïd et que ce dernier a intronisé des personnes qui n’ont aucune crédibilité. Ces pratiques ne marchent pas. Ils savent que le statut ne permet pas d’avoir trois secrétaires nationaux salariés de la même entreprise. C’est inconcevable. Est-ce pour vider l’Ugta, la mettre au musée ou pour continuer à l’utiliser au détriment des intérêts des travailleurs ?

Qui, selon vous, est derrière ce plan visant l’Ugta ?

Ce sont ceux-là mêmes qui veulent maintenir le système de la rente en place. Ils veulent préserver leurs intérêts. Nous savons qu’il est difficile de passer de ce système à celui de l’effort et du travail auquel nous aspirons. Le système de la rente favorise le clientélisme, la corruption, la rapine et la dilapidation des deniers publics. Le changer, c’est aller inévitablement vers celui de la production, de la fiscalité et de l’effort. Lorsque les Algériens scandent chaque vendredi «Système dégage», ils n’ont pas tort. C’est une revendication légitime. Il faut que le système change de fond en comble pour aller vers celui de l’effort. Aujourd’hui, nous sommes encore très loin.

Dans ce climat de contestation, de frustration, ils sont allés chercher quelqu’un qui a le verbe et qui n’est pas connu, juste pour berner les travailleurs. Lorsque je suis revenu à l’Ugta, je pensais pouvoir faire avancer le militantisme syndical. J’ai peut-être échoué en tant que congressiste en raison du peu de temps que j’avais. Dix-huit mois, c’était trop court pour démonter ce qui a été fait durant des années et reconstruire une nouvelle organisation, sur de bonnes bases. Les travailleurs sont très déçus, mais ils ne comptent pas se laisser faire. Des actions sont en train de se préparer. Il y aura certainement du nouveau dans les jours à venir.

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