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Alors que le pays est englué dans une crise politique et économique : Ahmed Benbitour incite les élites à «sauvegarder la patrie»

07 janvier 2019 à 11 h 10 min

Ahmed Benbitour, économiste et ancien chef de gouvernement, qui a dressé, hier à Alger, un constat très inquiétant de la situation politique, économique et sociale du pays, a plaidé en faveur d’une mobilisation des élites dans l’espoir d’un changement pacifique. «Notre pays est dirigé par un pouvoir autoritariste, patrimonialiste et paternaliste, qui vit de la rente et de la prédation dans l’utilisation de la rente», a dénoncé Ahmed Benbitour, invité du forum de Liberté, autour d’une conférence-débat sous le thème : «La mission des élites dans la sauvegarde du pays».

De la «mauvaise gouvernance», selon lui, a résulté un Etat «déliquescent en situation de pénurie de moyens de financement de son budget», car le prix du baril nécessaire pour équilibrer le budget est passé de 34 dollars en 2005 à plus de 115 dollars en 2013, alors que le prix à l’export ne dépasserait pas les 60 dollars en moyenne annuelle sur la prochaine décennie. «Cette déliquescence se caractérise par cinq critères, à savoir l’institutionnalisation de l’ignorance et de l’inertie, le culte de la personnalité, l’institutionnalisation de la corruption, un nombre restreint d’individus prenant la décision à la place des institutions habilitées et l’émiettement des clans au sommet de la hiérarchie de l’Etat», a-t-il accusé.

Alors que la société est rongée par une «corruption généralisée, la violence qui devient un instrument privilégié de règlement des conflits entre les individus, le fatalisme et l’individualisme», l’économie du pays demeure, quant à elle, «vulnérable, volatile et fortement dépendante de l’étranger, en particulier en perte des moyens de financement de ses importations de biens de consommation essentiels», a fustigé l’ancien chef de gouvernement.

Chiffres à l’appui, Ahmed Benbitour a souligné que les recettes d’exportation d’hydrocarbures sont tombées de 63 milliards de dollars en 2013 à 27 milliards de dollars en 2016 (-57%), alors que la facture des importations de marchandises est tombée de 55 milliards de dollars en 2013 à 49 milliards de dollars en 2016, soit une perte de 11%. «C’est une image saisissante de la grande dépendance de l’extérieur et de la vulnérabilité de l’économie algérienne, due essentiellement à l’absence de planification», a-t-il insisté.

Ceci a eu pour conséquence la ponction sur les réserves de change de 6 milliards de dollars en 2014, 34 milliards de dollars en 2015 et 30 milliards de dollars en 2016. La situation économique du pays s’aggravera davantage à l’avenir. «Les recettes des exportations ne couvriront que la moitié des dépenses des importations en biens, auxquelles il faudrait ajouter le déficit chronique de la balance des services et les transferts des bénéfices des sociétés étrangères qui opèrent en Algérie. De fait, le stock des réserves de change sera épuisé au-delà de 2020. D’où l’urgente nécessité d’une grande mobilisation pacifique pour sauvegarder la patrie algérienne», a expliqué M. Benbitour.

Rôle des élites

Evoquant le rôle des élites dans cette «opération de sauvegarde», le conférencier a d’abord noté que la crise politique dans laquelle est englué le pays, «qui est la mère de toutes les crises, ne peut être réglée que par un changement du pouvoir autocratique et patrimonialiste par un pouvoir démocratique». «La refondation des systèmes de gouvernance est la clé à la résolution des autres crises, autrement dit, la priorité doit aller au changement des systèmes de pouvoir et de la refondation de la gouvernance», a-t-il recommandé, relevant que le changement ne peut pas venir d’élections organisées au profit du régime en place.

Appelant à «s’inspirer de l’expérience» de la Révolution de 1954, à travers l’innovation en matière d’organisation du travail politique et d’instruments de changement, l’orateur a souligné que les élites doivent intériorisées la «nécessité du changement dans le calme, travailler à l’élaboration d’une force motrice et d’une vision, travailler à l’établissement d’un consensus pour un leadership assumé, repérer les personnalités d’appui qui apporteront le soutien nécessaire à la mobilisation et repérer les réalisateurs du changement». Ceci dit, «la situation de marginalisation des élites, en Algérie ou à l’étranger, qui dure depuis l’indépendance, ne se réglera pas en une année. Je souhaite qu’en 2019 nos élites compétentes se mobiliseront pour exiger de façon ferme et argumenté que les postes de responsabilité leur reviennent», a indiqué M. Benbitour.

Dans son programme économique de sortie de crise, il a plaidé en faveur d’une nouvelle vision économique pour accélérer le rythme des réformes qui permettra une plus grande diversification de l’économie et des emplois pour les jeunes diplômés universitaires. Outre le fait de s’appuyer sur l’énergie comme un levier principal de développement, Ahmed Benbitour a évoqué la nécessité de s’engager dans la 4e révolution industrielle et de lancer 15 pôles régionaux d’investissement et de développement. «Si les élites ratent l’opportunité de prendre le leadership du changement aujourd’hui, elles seront marginalisées de manière définitive», a mis en garde l’ancien chef de gouvernement.


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