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Mis en cause dans plusieurs affaires : Ali Haddad nie les faits

22 juin 2020 à 10 h 04 min

L’homme d’affaires Ali Haddad, patron du groupe ETRHB, a nié tous les faits qui lui sont reprochés lors de son audition par le tribunal de Sidi M’hamed, où s’est ouvert hier son procès. Il conteste les chiffres ahurissants relatifs aux montants des crédits et des marchés contenus dans l’expertise judiciaire et dément avoir un quelconque lien avec la chaîne de télévision privée El Istimraria, qui devait faire la campagne du 5e mandat du Président déchu. Il reconnaît cependant avoir prêté le matériel importé, pour 220 000 euros, à Saïd Bouteflika, à la demande de ce dernier. L’audience a été brutalement suspendue et reportée à demain, en raison du décès de Me Laifa Ouyahia, frère de l’ex-Premier ministre, et son avocat.

Le procès de Ali Haddad, patron du groupe ETRHB et ex-président du FCE (Forum des chefs d’entreprise), s’est ouvert hier au tribunal de Sidi M’hamed, à Alger.

Il a comparu avec les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, ainsi que huit ex-ministres, dont quatre de l’Industrie, Amara Benyounès, Abdessalem Bouchouareb (en fuite), Youcef Yousfi, Mahdjoub Bedda et quatre des Travaux publics et des Transports, Amar Ghoul, Boudjema Talai, Abdelghani Zaalane et Abdelkader Ouali, ainsi que deux anciens walis de Annaba et d’El Bayadh, tous poursuivis pour plusieurs chefs d’inculpation, dont «octroi d’indus avantages», «incitation d’agents publics pour obtenir d’indus avantages», «trafic d’influence», «abus de fonction», «violation de la réglementation des marchés publics», «perception d’indus cadeaux en contrepartie d’octroi d’indus avantages», «corruption», «financement occulte de la campagne électorale»…

L’audience commence par une bataille de procédures. Certains avocats dénoncent le fait qu’ils n’ont pas accédé au dossier de la Cour suprême, d’autres ont plaidé l’illégalité de la poursuite contre les deux ex-Premiers ministres, qui relève d’une haute cour, prévue par la Constitution mais qui n’a pas été installée.

Après deux heures de débat, le président décide de joindre les requêtes de la défense à l’examen au fond, puis appelle Ali Haddad à la barre. Il lui dicte les griefs retenus contre lui, «corruption», «transfert illicite de fonds», «incitation d’agents publics dans le but de bénéficier d’indus avantages», «trafic d’influence», «financement de campagne électorale»…

D’emblée, il les rejette en déclarant : «Je n’ai rien fait.» Le juge l’interroge sur le groupe ERTHB «qui est présent partout». Il lui répond : «C’est une société familiale qui existe depuis 1988. En 1997, le groupe a réalisé deux importants projets financés par la Banque mondiale. Toute la gestion relève de mes prérogatives. Mes frères n’ont aucun lien avec la gestion. En 2012, l’ETRHB est devenu SPA, je suis le seul ordonnateur.

A cette époque, le groupe avait d’importants moyens.» Le juge lui précise : «Je ne vous parle que de ce que j’ai dans le dossier, des faits qui relèvent de la violation de la loi. Parlez-nous des activités de l’ETRHB.» Ali Haddad : «Ce n’est pas vrai. Tout ce que j’ai eu a été obtenu dans le cadre de la loi. Après mon arrestation, le 17 mai, on m’a extrait de la prison à 6h30 du matin pour me diriger vers le bureau du juge qui voulait m’entendre. J’ai attendu près de 29 heures avant qu’il décide de m’auditionner, vers 2h30 du matin.

Il m’a fait part de ces faits. J’ai été surpris. J’ai tout rejeté, en précisant au juge que mes frères n’avaient aucun lien avec ma gestion.» Le juge : «Ils font partie du conseil d’administration qui est l’organe de gestion pour une SPA.» Il le confronte aux chiffres hallucinants contenus dans l’expertise judiciaire qu’il tient entre les mains.

«Niez-vous détenir 155 sociétés ?» Le prévenu : «Ce n’est pas vrai. La majorité des sociétés n’existent plus. Celles qui restent en activité sont au nombre de 10 ou 11, pas plus. Le groupe est comptable vis-à-vis de ses partenaires et ces derniers le sont solidairement vis-à-vis du maître de l’ouvrage. Le groupe n’a pas d’argent, n’est pas un sujet fiscal, donc, ne paye pas d’impôts.

Ce sont les sociétés partenaires qui se partagent l’argent. Il n’a pas de travailleurs et même son PDG n’est pas rémunéré par lui, mais par la société dont il dépend.» Très irrité, Haddad ajoute d’une voix coléreuse : «Il ne s’agit pas d’un géant aux pieds d’argile mais d’un vrai géant qui active en Algérie et avait des projets en Afrique de l’Ouest et dans les pays du Golfe.»

Il cite comme exemple la réalisation de la passerelle reliant la Grande Mosquée au parking des Sablettes, en disant : «Pour la première fois, cette œuvre d’art a été faite à 100% par des Algériens à Akbou, Béjaïa, et permis à l’Algérie d’économiser 30 millions d’euros en termes de transfert de devises.»

Le juge lui demande ce «qu’elle a de particulier» et Ali Haddad rétorque : «On a utilisé de la haute technologie. Elle peut supporter le poids de 1200 personnes. C’est un exploit.» L’ex-président du FCE continue à faire le bilan de son groupe en disant qu’en 2018, il a réalisé un chiffre d’affaires de 70 milliards de dinars, dont 15 milliards de dinars ont servi à payer les impôts et les différentes taxes.

En 2017, ajoute-t-il, le chiffre d’affaires était de 55 milliards de dinars, dont 12 milliards de dinars ont été versés aux impôts. «Notre ambition était d’atteindre, de 2019 à 2025, le montant de 895 milliards de dinars», souligne-t-il, avant que le juge ne le ramène aux 124 marchés publics dont il a bénéficié, de 2000 à 2018, dans les secteurs des travaux publics, pour un montant de 56 milliards de dinars, l’hydraulique pour 21 milliards de dinars et les mines 2 milliards de dinars.

Haddad nie totalement et lance : «Ce sont des chiffres irréels !» Mais le magistrat l’interrompt. «Je vous lis le compte rendu de l’expertise», lui précise le président avant de l’interroger sur les 211 milliards de dinars qu’il a obtenus comme crédits auprès des banques publiques, «particulièrement le CPA (Crédit populaire d’Algérie)», en avançant le nombre de 15 crédits de 73 milliards de dinars auprès de cette banque, 9 seulement ont été remboursés.

Les six autres, 3 ont fait l’objet d’échéancier et trois autres sont en attente. Perturbé, Ali Haddad conteste encore une fois. «Avant 2019, l’ETRHB n’avait aucun incident avec les banques. De 2010 jusqu’en 2018, l’ETRHB a remboursé tous ses crédits. Cependant, il a rencontré d’énormes problèmes à récupérer son argent auprès de l’Etat.»

Le magistrat lui demande le montant et Ali Haddad répond : «73 milliards de dinars pour de grands projets d’investissement, comme les cimenteries de Relizane et de Djelfa, l’aciérie de Annaba, qui aurait pu rapporter à l’Etat  76 milliards de dollars, et l’unité de fabrication de pipe à Bethioua.»

Le président insiste sur les détails des crédits et des banques auprès desquelles il les a obtenus, et le patron de l’ETRHB explique : «J’ai des crédits auprès du CPA et de la BDL (Banque de développement local), avec lesquels j’ai d’excellentes relations. J’ai obtenu un crédit de 22 milliards de dinars de la BDL et 35 milliards de dinars de la BNA. J’avais de gros projets.

J’avait acheté les 49% des actions de Fertial, et les banques étrangères m’ont proposé des crédits à 1% d’intérêt. J’avais le projet de l’aciérie de Annaba, qui devait casser le marché européen de l’acier en utilisant le fer de Ouenza, etc. La garantie : le terrain d’une valeur de 11,227 milliards de dinars et une caution de 36,7 milliards de dinars.»

Le juge : «Vos garanties sont insuffisantes. Elles ne couvrent pas les montants.» Ali Haddad : «Ce n’est pas vrai. J’ai 88 milliards de dinars de garantie et 10 milliards de dinars de caution.» Le magistrat commence à lire une longue liste de biens fonciers et immobiliers du prévenu, mais Haddad conteste la propriété de certains biens en expliquant qu’il «s’agit de terrains prévus par le cahier des charges des appels d’offres, destinés aux bases de vie». Il ajoute : «Ces terrains ont été obtenus dans le cadre de la loi. J’ai présenté un dossier.

On m’a donné, j’ai pris. Le reste n’est pas mon affaire.» Le juge continue à énumérer plus d’une dizaine de concessions à travers de nombreuses wilayas du pays, et Haddad écoute attentivement, corrige par moment et conteste parfois. Son avocat, Me Bourayou, intervient : «Où sont les infractions ? Vous citez juste la liste des terrains.»

Le juge s’impatiente : «Je lui cite les terrains qui font l’objet de poursuites.» Et revient vers Haddad pour l’interroger sur la chaîne de télévision privée Istimraria (continuité), qui devait faire la campagne électorale pour le 5e mandat du Président déchu. Haddad déclare : «Je n’ai aucun lien avec cette chaîne.»

Le juge lui parle des équipements importés et Haddad explique : «C’était pour Dzair TV. J’ai importé pour 220 000 euros de matériel moderne pour la transmission en direct. C’était une année avant la campagne. Le groupe Media Temps voulait créer un studio comme celui de BeIN Sport pour la transmission du championnat et de la coupe.

Nous avions l’exclusivité pour huit matchs de la Ligue 2 de 2017 à 2020. On avait acquis quatre bus avec des antennes qui permettent le direct et des sacs à dos qui assument le même rôle lorsque les camions ne peuvent pas accéder. Mais en 2018, il y a eu la crise faute de sponsors et de publicité. On n’avait même pas de quoi payer les salaires.

J’ai mis 75 millions de dinars, dont 30 millions de dinars pour le paiement du matériel et 45 millions de dinars pour payer les travailleurs.» Le juge le fait revenir à la campagne électorale et Haddad précise : «Saïd Bouteflika m’a appelé et m’a demandé de lui prêter le matériel pour une petite période. Je l’ai mis à sa disposition.

Je l’ai récupéré après et c’est moi-même qui ai informé le juge. Si je ne l’avais pas fait, il aurait disparu, comme l’argent de la campagne. J’ai déjà été condamné à 7 ans puis à 4 ans pour ces faits. Je suis innocent. Cette chaîne n’est pas la mienne. Média Temps est une Eurl qui a un gérant, Mohamed Hakemé.»

Le procureur revient sur les terrains, les sociétés et la chaîne El Istimraria, puis demande à Abdelmalek Sellal : «Qui était le directeur financier de la campagne et au nom de quel parti Bouteflika s’est présenté à l’élection présidentielle de 2019 ?» Visiblement fatigué, Sellal déclare : «Depuis son premier mandat, Bouteflika s’est toujours présenté en tant que personne sans aucune casquette partisane.

Son directeur financier a toujours été Hamoud Chaid, l’ex-sénateur.» Dans la salle, il y a un brouhaha indescriptible. Les avocats viennent d’apprendre le décès de Me Laifa Ouyahia, le frère de l’ex-Premier ministre et son avocat. C’est le choc pour tout le monde. L’audience est suspendue, puis reportée à mardi prochain. 


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