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mardi, 27 octobre, 2020
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Ahmed Tessa. Pédagogue : «Les enfants auront du mal à retrouver leurs repères d’élèves»

24 septembre 2020 à 11 h 58 min

-Cela fait plus de 6 mois que les enfants sont loin du milieu scolaire. Quel en est l’impact?

Indéniablement, les élèves sont pénalisés. Il leur est difficile de retrouver leurs repères d’élève. Les plus fragiles sont complètement démotivés. Le danger qui guette l’élève dans ce contexte malheureux réside dans l’oubli des connaissances engrangées avant la diète pédagogique. Nos élèves payent le prix d’une approche pédagogique archaïque que synthétise le triptyque infernal «parcœurisme» (par l’élève) – bachotage (par l’enseignant) et restitution des connaissances mémorisées au cours des compositions, devoirs et examens. La faute n’incombe pas aux élèves mais aux décideurs qui s’accrochent à cet archaïsme pédagogique depuis le lancement de la «supposée» réforme de 2002. Une réforme qui a accentué les dysfonctionnements qu’elle était pourtant censée corriger.

-La rentrée est encore une fois retardée. Pensez-vous que c’est la solution ?

Si c’est une décision des autorités sanitaires, on ne peut que la respecter. Bien sûr que tout le monde voudrait que l’école reprenne. Les élèves surtout. Mais au vu des statistiques positives concernant l’épidémie, je pense que la rentrée est possible pour ce 4 octobre. Plus on tarde, plus les candidats décrocheurs risquent d’être nombreux. Mais dans une telle situation, le politique et le pédagogue doivent se soumettre à la décision du scientifique.

-Pensez-vous que le phénomène de décrochage va encore s’accentuer à cause de ces décisions ?

Les enfants les plus exposés au décrochage scolaire sont en premier lieu ceux issus des familles défavorisées. La promiscuité, l’absence de bain culturel et de stimulations intellectuelles sont des facteurs de démotivation évidents. Il y a ceux – toutes catégories sociales confondues – qui ont déjà perdu pied avant l’arrêt des cours en mars 2020. Cette catégorie d’élèves s’expose au phénomène du retour à zéro connaissance, tel qu’expliqué par les spécialistes en chronobiologie. Quand elles ne sont que mémorisées – ce qui est le cas dans le modèle scolaire algérien –, les connaissances s’effritent lentement de semaine en semaine. Par contre, les connaissances assimilées par un effort de recherche intellectuelle (méthodes actives) résistent mieux au danger de l’oubli. Pour éviter et surtout contenir l’impact négatif de cette diète pédagogique imposée, les autorités scolaires doivent s’armer pour affronter un triple défi.

A savoir : comment remotiver les élèves, toutes catégories confondues, leur rafraîchir la mémoire des connaissances étudiées et peut-être oubliées, et ensuite rattraper le troisième trimestre et réfléchir à un réaménagement inédit de l’année 2020/2021. En outre, il est indispensable d’élaborer un double protocole psychologique et pédagogique à respecter à la lettre ; en plus du protocole sanitaire. On pourra sauver la scolarité de nos enfants, si – et seulement si – on accepte de se débarrasser de la gestion routinière de cette année scolaire qui s’annonce. «A quelque chose malheur est bon» : mettons à profit cette situation insolite pour revoir les vieux paradigmes qui gangrènent notre système scolaire. Bien dommage que les recommandations de la première évaluation de la réforme, actées par la conférence nationale de juillet 2016, organisée par le MEN, soient mises sous le coude… pour ne pas dire jetées aux oubliettes.

-Si la situation épidémiologique actuelle perdure dans le temps, quelles sont les solutions à engager pour éviter une année blanche à nos enfants ?

Personnellement, je suggère la mise en place d’un collège d’experts pour assister le MEN dans la gestion de cette situation afin de relever le triple défi cité précédemment. En pratique : assurer une période de révision pour remettre à niveau les élèves. Ensuite, rattraper le troisième trimestre, plus particulièrement dans les matières essentielles ou dites de spécialité. Un réaménagement de l’emploi du temps des élèves est plus qu’indispensable. Revoir la distribution du calendrier scolaire pour l’année 2020/2021 avec un choix préférentiel pour les horaires des matières de spécialité (les langues, les maths, les sciences et la physique). Rogner sur les vacances scolaires et utiliser les journées du samedi et le mardi après-midi pour des activités périscolaires à visée pédagogique (théâtre, poésie, écriture créative, autres activités récréatives liées aux maths et à la physique). Croisons les doigts pour que ce scénario ne survienne pas. L’histoire des peuples nous donne des leçons.

Il y a chez l’être humain cette qualité qui l’aide à surmonter les difficultés : c’est la résilience. Pendant les deux Guerres mondiales, des pays ont été ravagés et leurs écoles fermées. N’empêche qu’il y a eu reprise des études. Et des écoliers de l’époque ont fini par décrocher des prix Nobel et autres distinctions. On pourra aviser en temps utile. Et les parents auront un rôle à jouer dans ce cas de figure. Seulement, il faut se dire une chose : à situation exceptionnelle, solution exceptionnelle. A tous, parents, élèves, enseignants et autorités, d’accepter ces solutions exceptionnelles, si elles sont faites de façon pertinente.

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