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Affaire des pages criminelles Wiki-Ahras /Wiki-Dzair : Mystère autour du plus grand réseau de cybercriminalité à l’échelle nationale

21 novembre 2018 à 11 h 15 min

C’est incontestablement le réseau le plus important de cybercriminalité qui comptait plus de 300 membres actifs et ayant fait au moins 400 victimes. En mars 2016, une équipe spéciale est dépêchée depuis la capitale pour démanteler le plus grand réseau de cybercriminalité implanté depuis cinq longues années à Souk Ahras et géré à distance par un juge en fuite installé depuis 2010 en France.

22 personnes sont suspectées, dont 7 arrêtées en flagrant délit de cybercriminalité. Hormis le relais principal du réseau, les autres seront remises en liberté provisoire pour diverses raisons. C’est le cas pour un collaborateur de la radio locale qui serait atteint d’une maladie contraignante. Wiki-Ahras devenu Wiki-Dzair faisait parler de lui et de quelle manière !

Insultes envers des personnes présentées avec photos, publications de documents administratifs personnels, appel au meurtre, menaces de mort, extorsion de fonds, atteintes multiples aux emblèmes de l’Etat et de la nation, à des personnalités politiques, à des responsables locaux et des citoyens lambda pris dans le collimateur de la vengeance, aux journalistes et aux différents corps de sécurité, apologie du crime organisé et du terrorisme, invectives, montages en photoshop d’obscénités et d’images attentatoires à l’intégrité morale des personnes, appel à la subversion et création d’un groupe physique pour la menace et le racket.

On estime, pour la seule wilaya de Souk Ahras, à plus de 400 victimes (première tranche) ciblées par ces actes criminels. L’administrateur local et le promoteur principal de la page, en l’occurrence T. B., âgé de 35 ans, a été arrêté par l’équipe sécuritaire en flagrant délit de détention du matériel utilisé dans la gestion de la page.

Il s’agit, entre autres, de brouilleurs de pistes, d’un téléphone Thuraya, d’un nombre impressionnant de puces de téléphone, de mobiles, de clés USB portant les noms des victimes, leurs adresses, et une importante somme d’argent. Interpellé auparavant par les services de sécurité, ce trentenaire enrôlé par le magistrat en fuite réussissait à chaque fois à être libéré à la faveur d’une technique recommandée par son mentor établi outre-mer. Au moment où la personne interpellée est auditionnée, ses acolytes reprennent la même information ou propos attentatoires actualisés ou modifiés et la publient à la minute même où les investigateurs l’auditionnent.

La présomption d’innocence prend, de facto, le dessus et l’homme retrouve ses compères au premier cybercafé pour redoubler d’attaques à l’adresse de ceux-là mêmes qui le questionnaient quelques minutes auparavant. Chaque interpellation est rétribuée par une somme alléchante tout comme les mensualités qu’il percevait depuis un circuit occulte.

Invectives, menaces extorsions…

C’est lui-même qui lança la page wiki-Dzair sous l’impulsion dudit magistrat en concertation avec des collaborateurs étrangers. Quelques mois seulement avant son arrestation, T. B. rafla des sommes importantes auprès des plus vulnérables de ses victimes. C’est le cas d’un élu de l’APW ébranlé par une campagne de dénigrement et d’insultes. Il lui remit une somme d’un million de dinars pour acheter sa paix et la paix fut. Un autre élu de la même instance, en l’occurrence Djamel Zenati, père de famille et victime lui aussi d’obscénités et de montage de photos, choisira la voie de la justice.

A l’audience, ce dernier lâche un pavé : «Le réseau criminel wiki-Ahras a été identifié et démantelé grâce aux efforts des services de sécurité, mais nous avons eu vent aussi de pressions et d’interventions sur le circuit judiciaire pour ne point gérer ce dossier où se trouvent impliquées plusieurs personnes protégées.» C’est le même T. B. qui aurait contribué à la création d’un groupe physique via l’espace bleu.

Lequel groupe qui n’est pas encore identifié pour on ne sait trop quelle raison, compte à son actif plusieurs menaces et tentatives d’intimidation commanditées par les amis de la page. En voici deux témoignages : «Le jour où j’ai dénoncé innocemment une affaire de détournement dans l’organisme public où je travaille, une série de menaces via Facebook a eu pour cible toute ma famille et les auteurs m’ont convaincu de leur présence physique tout près de chez moi», a dénoncé M. Kamel, l’une des victimes des groupes relais, sous les ordres d’un enseignant universitaire.

G. Karim, un internaute qui s’opposait ouvertement à cette page et exprimait des avis contradictoires en garde lui aussi un mauvais souvenir : «Au moment où ma femme raccompagnait mon fils de l’école, un groupe composé de trois éléments est venu lui signifier que tout nouveau commentaire de ma part sera sanctionné par une agression», a-t-il fait savoir.

Le dossier de l’affaire transféré au tribunal de Sédrata comptera 22 inculpés pour : atteinte à la vie professionnelle et à la vie privée des citoyens, menaces de mort et appel au meurtre, atteinte à l’intégrité morale de personnes physiques et morales, extorsion de fonds et blanchiment d’argent, transferts illégaux d’importantes sommes d’argent, atteinte à la morale des éléments de l’ANP et aux différents services de sécurité, atteintes aux emblèmes et cadres de la nation, collaboration avec une force étrangère, insultes, diffamation… Des chefs d’accusation seront fusionnés ou élagués au niveau du tribunal de Sédrata et au moment où tout le monde s’attendait à de nouvelles interpellations, 20 inculpés principaux seront remis en liberté provisoire.

Au tribunal de Sédrata

Le dossier transféré au tribunal de Sédrata a été soumis à l’appréciation du juge d’instruction et les dizaines de victimes, parties volontairement officialiser leurs plaintes, ont confirmé l’ampleur de cette affaire et sa portée sur la société. «Jamais le tribunal de Sédrata n’a connu autant d’affluence et de déplacements de gens venus des quatre coins de la wilaya, voire des wilayas limitrophes pour déposer plainte et s’affirmer comme victimes», a déclaré un habitant de cette ville.

C’est à ce stade que les scénarios les plus pessimistes ont été imaginés par les victimes de la page dont des élus locaux, des fonctionnaires, des cadres de la nation, des députés et surtout de simples citoyens et fonctionnaires moyens dont certains ont perdu leur poste d’emploi, et d’autres soumis à des interrogatoires pour cause de divulgation de documents officiels où leur responsabilité prête à équivoque.

Ces mêmes scénarios ont été consolidés par les rumeurs les plus extravagantes concernant les interventions auprès d’un juge d’instruction chargé de cette affaire. A ce stade de l’enquête, des supputations tournaient autour d’«affinités prononcées» et «d’astuces judiciaires». L’affaire n’a pas révélé tous ses secrets et aucune information officielle ou déclaration de la part des instances compétentes n’a été faite à ce sujet.

Des dizaines de personnes soupçonnées d’avoir collaboré, fourni des documents confidentiels, contribué à la propagation de la page, voire servi au transfert des fonds ont été auditionnées, sans plus. Nos sources ont indiqué à ce sujet que la qualification des crimes et délits de cette affaire n’a pas encore été faite. Ceci n’est pas le cas pour les récentes affaires liées à la cybercriminalité et traitées tout récemment par la justice avec une célérité exemplaire. S’agit-il ici d’une mégarde dans le classement des affaires ou d’une justice de classe qui s’affirme ? 

Parcours controversé d’un magistrat en fuite

La page Wiki-Ahras lancée la veille du Printemps arabe a connu en 2011 une grande avancée dans les milieux subversifs et s’offrait comme tribune pour tous les mécontents. Son initiateur est un juge d’instruction qui se trouve aujourd’hui en fuite.

A. L., qui exerçait au tribunal de Souk Ahras pendant la décennie précédente, fut placé en 2010 sous contrôle judiciaire après le passage d’une inspection au moment même où il devait être promu à un poste supérieur à la cour de Guelma. Dépité, il quitte la même année le territoire algérien avec un deuxième passeport, via le poste frontière de Bouchebka (Tébessa), dans sa wilaya d’origine. Arrivé en France, il demande le statut d’opposant politique persécuté dans son pays, alors qu’il a été reconnu coupable et condamné en 2010 par le tribunal de Skikda pour d’autres crimes et délits bien avant ses activités politiques entamées en 2011.

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