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Abderrahmane Hadj Nacer : «Le document remis à Macron n’est d’aucun intérêt pour les Algériens»

01 février 2021 à 10 h 42 min

Le rapport de Benjamin Stora sur la colonisation et la Guerre de libération répond, selon l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Abderrahmane Hadj Nacer, à une commande politique liée à la prochaine échéance présidentielle en France. Pour cet économiste, le rapport Stora n’est donc d’aucun intérêt pour les Algériens.

Dans un entretien au site TSA, l’auteur de La Martingale algérienne livre ses arguments : il estime que le contexte actuel en France diffère de celui de 2016-2017, qui coïncidait alors avec la préparation des élections.

A cette époque-là, il s’agissait, selon Hadj Nacer, de convaincre l’électorat musulman que le candidat Macron était prêt à aller loin, d’où l’évocation de «crimes contre l’humanité». Aujourd’hui, la donne a changé, puisqu’il est question de la course à l’extrême droite, étant donné la droitisation des opinions publiques européennes et occidentales en général.

De l’avis de l’ex-gouverneur de la Banque d’Algérie, nous sommes dans «un cas de figure où il faut se débarrasser des complexes liés à la colonisation. Cela évidemment conforte l’attitude de déni historique, de la responsabilité de ce qui s’est passé en Algérie». Il est important, dit-il, de préciser que dans cette séquence comme dans cette affaire, «nous ne sommes pas concernés et c’est pour cela que surréagir au rapport Stora pose problème».

Pour Hadj Nacer, si l’Algérie devait véritablement faire ce travail de mémoire, elle devrait le faire en tant qu’entité autonome.

Or, dit-il, «nous avons un problème, nous avons gagné la guerre en 1958 déjà, mais nous avons perdu la paix au Congrès de Tripoli, dès le moment où l’ordre néocolonial a prévalu». «Donc, tant que l’Algérie est dans cet ordre, il est très difficile d’interroger l’histoire d’un point de vue différent de celui du dominé», indique-t-il.

«Cela est d’autant plus difficile, déplore-t-il, que la France, dite pays de droits, a interdit l’accès aux archives, malgré la loi.» Selon l’économiste, les Français pourraient être surpris d’apprendre la vérité sur la Main rouge, l’OAS, les exactions du 5 Juillet à Oran, l’Opération valise ou cercueil ou encore le sort funeste programmé des harkis.

A propos des archives, il précise que ces dernières «nous concernent nous, non seulement parce qu’elles traitent de 1830 à aujourd’hui, mais les Français ont aussi pris les archives de la période ottomane, de la Régence d’Alger et celles des différentes zaouïas, dont certaines remontent au Xe siècle». «Donc, que doit-on réclamer à la France ? La restitution du Trésor ? On serait loin de l’évaluation de Pierre Péan, cinq à six milliards d’euros, mais d’infiniment plus ! Si l’on devrait chiffrer le nombre d’Algériens qui manquent, il s’agirait de 35 millions. Et si on applique le chiffre le plus bas relatif aux indemnisations concernant la Shoah, soit 5000 dollars par individu disparu, je vous laisse calculer. Je ne parle même pas de ce qui apparaîtrait comme une broutille, la dette du blé pour nourrir les troupes napoléoniennes. Comment évaluer ce trauma ?» s’est interrogé Hadj Nacer.

A la question de savoir pourquoi ce rapport est d’aucun intérêt pour les Algériens, M. Hadj Nacer réplique : «Il ne faut pas en vouloir à Benjamin Stora, qui fut un historien honnête et qui a fait ce qu’on lui a demandé de faire, car il ne faut pas l’oublier, aujourd’hui, il est plus fonctionnaire qu’historien, et là, il n’est pas dans la recherche, mais dans la réponse à une question politique et électoraliste.» «Je dirais que ce sont des propositions sans intérêt historique, mais qui visent, au niveau du droit, à éteindre une revendication. Quand vous voulez étouffer une affaire, vous la jugez. C’est le principe du fait jugé. Ce qui se passe aujourd’hui avec le rapport Stora, c’est ce qui s’est passé antérieurement avec des tentatives à l’époque de Jacques Chirac ou de François Hollande, c’est-à-dire en parler pour ne pas en parler», explique-t-il. 


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