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Abderrahmane Hadj-Nacer, ancien gouverneur de la banque d’Algérie : «En finir avec le système qui se repose sur l’armée»

24 juin 2019 à 10 h 20 min

Alors que le processus révolutionnaire en cours dans le pays a atteint sa vitesse de croisière, le système politique tangue et tergiverse. Il fait le dos rond à la forte revendication de changement portée par des millions d’Algériens dans un élan insurrectionnel citoyen et pacifique. S

a façade politique brisée, il se révèle au grand jour sous sa véritable facette qui est l’armée assumant de fait le pouvoir dans ses multiples expressions. Elle apparaît comme l’interlocuteur direct d’un peuple en mouvement. Fortement interpellée et beaucoup sollicitée, l’institution militaire est sommée de marcher au même rythme que le peuple du vendredi et dans la même direction. Après quatre mois de révolte massive, cette institution vers laquelle les regards sont tournés est appelée à déverrouiller le jeu et briser l’impasse politique. Comment et par quel mécanisme ?

Une problématique à laquelle l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie, Abderrahmane Hadj-Nacer, tente d’apporter des éléments de réponses en suggérant une voie de sortie par le haut, expliquant d’abord pourquoi il y a impasse. «Le pouvoir, qui prétend s’accrocher à une légalité qu’il n’a jamais lui-même mise en œuvre, veut absolument appliquer la Constitution, de force, alors qu’au moins formellement tout s’arrête le 4 juillet et que surtout le peuple n’en veut pas», analyse-t-il.

Pour l’auteur de la Martingale, qui s’exprimait  hier lors d’un débat organisé par l’association SOS Bab El Oued, l’impasse actuelle «est très difficile à surmonter et bloque les convergences attendues par le peuple et son armée». «L’obstacle le plus important est le sens à donner au slogan ‘‘Yetnahaou gaâ’’ (Qu’ils s’en aillent tous). Les dirigeants interprètent cela comme étant une liste de personnalités à enlever et ils en sont aujourd’hui à proposer des têtes sans les garanties de clarté et d’option par tous d’un schéma qui ne soit plus juste la tentative d’éliminer un clan… le pouvoir n’a changé en rien, dans une course contre la montre, il nous a offert des têtes à sacrifier dans l’objectif d’avoir un minimum de légitimité et d’acceptation par la population. Cependant, le système ne peut plus trouver de réponse parce que dépourvu de capacité d’arbitrage», professe Hadj-Nacer.

Cependant, si la population prend acte de l’élimination des symboles du régime, elle continue à revendiquer le départ des têtes d’affiche du pouvoir, accompagnée d’un autre mot d’ordre «Peuple et armée fraternisent» d’apparence simple, se révélant d’une réalité profonde. «Ce mot d’ordre est une reconnaissance de ce que l’armée a accompli pour la préservation du pays, quand dans d’autres partie du monde, les Etats s’effondrent. Ceci étant, que la haute hiérarchie militaire puisse penser, au-delà du règlement de comptes, qu’on peut allonger la durée de vie du système antérieur, parce que celui-ci a permis d’assurer certains équilibres internationaux et nationaux, démontre à tout le moins que les acteurs d’aujourd’hui n’ont pas compris que l’international, tel qu’il existe dans le contexte actuel, n’est même plus capable d’assurer sa survie et que, de toute façon, le peuple algérien est déjà passé à autre chose», dissèque encore l’auteur de La Martingale algérienne.

Le mot d’ordre «Peuple et armée fraternisent» renvoie à un autre sens encore plus profond, explique Hadj-Nacer. «C’est un mot d’ordre en marche qui dit à l’armée : ‘‘Nous peuple avons avancés et nous voulons que l’armée avance, à la même vitesse que nous et dans la même direction que nous’’.» Il suggère ainsi à l’institution militaire de faire sa mutation culturelle et structurelle en harmonie avec le bouleversement qui s’opère dans la société. Une évolution simultanée. «Ce que recouvre la fraternité de la population, c’est l’attente de message qui lui fasse sentir que l’armée se situe dans cette nouvelle phase de développement de l’Algérie sur la base d’une logique républicaine de mise en œuvre de loi, de respect de la population civile mais aussi des élites qu’elle se choisit démocratiquement», préconise l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie.

Précisant plus sa pensée, il estime que le peuple, à travers le mot d’ordre «Qu’ils s’en aillent tous», exprime sa volonté «d’en finir, de passer à un système qui ne repose plus sur l’armée, qu’il est temps que l’armée se repose sur des institutions légitimes, qui garantissent sa mission historique en tant qu’héritière de l’ALN. Grâce à des institutions civiles sur lesquelles elle peut s’appuyer, plutôt que derrière des institutions paravents qu’elle serait obligée de maintenir de manière artificielle ou d’en subir les dérives et perversions», recommande Hadj-Nacer, qui intervient en tant qu’intellectuel produisant des réflexions sur la sortie de crise.

En terme concret et pour aider l’institution militaire à se projeter dans un futur fait du changement tant espéré, Abderrahmane Hadj-Nacer conseille que l’armée «propose une personnalité consensuelle en qui les troupes et les officiers auraient confiance et en qui la population doit se retrouver dans ses volontés d’émancipation et d’être prise en considération».

In fine, cette personnalité doit permettre «un compromis inclusif, en premier lieu au sein de l’armée, et fasse que toutes les tendances et diverses forces se sentant partie intégrante, parce qu’il est important d’assurer la sécurité, la pérennité de l’armée pour les prochaines étapes», poursuit-il. «Il reviendrait à cette personnalité la mission d’obtenir un positionnement clair de et pour l’armée de toutes ses composantes pour que l’armée puisse assumer toutes ses responsabilités sans être dans la nécessité de manipuler un pouvoir civil. Il s’agira de définir le rôle de l’armée et celui des services de sécurité dans la décision pourtant sur les choix fondamentaux du pays», dit-il. Il s’agit de la «solution la plus sage», estime l’ancien gouverneur de la Banque d’Algérie. «Au-delà des problèmes formels, c’est d’afficher au reste du monde une volonté portée par le peuple et son armée.» 


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