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Abdelmadjid Benkaci. Reporter-journaliste à l’EPTV, membre du collectif des professionnels de l’audiovisuel : «Ce qui a été diffusé au sujet de Lakhdar Bouregaâ est une aberration»

02 juillet 2019 à 10 h 10 min

La télévision publique a diffusé une information où elle dénigre l’un des héros de la Révolution, en l’occurrence Lakhdar Bouregaâ…

Remettre en cause l’histoire d’un officier de l’ALN 57 ans après l’indépendance est une aberration de plus. Donner de telles informations, en plus non vérifiées, sur une chaîne de la télévision publique, comme si on parlait d’un vulgaire délinquant, est une énorme dérive et un impair sans précédent. Les informations données par l’Eptv, véritable pavé dans la mare, remettent en cause l’existence même de certaines institutions du pays comme le ministère des Moudjahidine et l’Organisation nationale des moudjahidine (ONM). Le parcours militant de Lakhdar Bouregaâ ne peut en aucun cas être remis en cause sur instruction.

Toute contestation doit obéir à une démarche que doivent initier des historiens en apportant des preuves pour corroborer de telles affirmations. Avec cette démarche non réfléchie, c’est la suspicion qui s’installe dans la société algérienne qui va remettre en doute toute l’histoire de la Révolution de Novembre. Nous n’avons pas le droit de jouer avec l’histoire du peuple, qui est un patrimoine commun à tous les Algériens. Nous n’avons pas le droit de réécrire l’histoire au gré des conjonctures politiques.

Ce qui a été diffusé au sujet de Lakhdar Bouregaâ est une grossière erreur. La télévision publique n’a pas le droit de faire cela aujourd’hui. On a le droit de se poser des questions, demander pourquoi cette même télévision ne l’avait pas fait avant. Plus de 57 années sont passées depuis et rien n’a été révélé au grand public. Il est de notre devoir de protéger les citoyens algériens et éviter de diffuser ce genre d’allégations qui, en fin de compte, nuisent aussi bien aux personnes incriminées qu’au pays et à son histoire.

Nous traversons une conjoncture de crise politique dans le pays, les médias doivent vérifier leurs informations avant toute diffusion. Nous, journalistes et professionnels de l’audiovisuel de l’Eptv, membres du collectif, sommes dans une dynamique de lutte justement pour libérer la télévision publique de ce genre de traitement de l’information.

Nous voulons rapporter des vérités et éviter que l’Algérie ne retombe dans des cycles d’instabilité. L’histoire doit être écrite par les spécialistes et les hommes qui étaient les acteurs, même si malheureusement ils sont en train de s’éteindre les uns après les autres… Et ce sera difficile.

Vous avez dénoncé, dans un texte publié sur votre page Facebook, la manipulation lors de la couverture des manifestations par l’entreprise publique de télévision. Qu’en est-il ?

Oui, tout à fait, au lendemain des marches du vendredi 21 juin, après avoir vu la couverture et le traitement réservé à l’événement, j’étais sidéré, hors de moi. On a travesti la réalité. Je croyais voir des infos venues d’ailleurs. Tout était dirigé, à commencer par les personnes interviewées, on faisait parler les Algériens en les orientant. Et, bien sûr les réponses des Algériens sur les réseaux sociaux ne se sont pas fait attendre. Les Algériens ont tout de suite crié à l’«arnaque» et à la «désinformation». La déontologie et l’éthique journalistiques sont bafouées.

Le lendemain matin, j’ai réagi à ma manière sur ma page pour exprimer ma colère et me démarquer de ce type de situation incongrue. Et là, je crois que les choses se corsent et il va être difficile pour la télévision publique de «redorer son blason», comme le disait notre nouveau DG à son installation.

La seule issue possible serait l’engagement de tous, en particulier les journalistes, mais bien sûr aussi tous les professionnels de l’audiovisuel. La télévision publique doit faire du service public et s’éloigner de toute forme de tutorat, si réellement nous voulons le changement, et ce ne sont pas les compétences qui manquent. La nouvelle direction doit montrer sa volonté de changement et tendre la main à de nouveaux cadres.

Vous avez aussi appelé à l’union pour l’exercice plein du métier et pour bannir la désinformation et la censure…

Globalement, les résultats sont maigres. Le début était plus important en termes de satisfaction de nos revendications allant dans le sens de l’exercice réel d’un service public, avec l’ancien directeur général, Khelladi Toufik, qui au moins a eu le courage et l’audace de nous recevoir et nous écouter ; il avait donc tenté d’apporter un début de réponse. Les choses se sont détériorées par la suite et continuent jusqu’à présent. Le nouveau directeur général, Salim Rebbahi, à qui nous avons demandé une audience officiellement, par courrier, depuis déjà quelques jours, et auparavant par voie d’appel à travers la presse, n’a toujours pas répondu. Le directeur général de la télévision publique n’a pas toutes les prérogatives. Ce n’est pas lui le décideur. La ligne éditoriale est tracée ailleurs. Son autorité est réellement limitée.

Cependant, la mise en place des compétences relève de lui, sinon il n’aurait jamais déclaré vouloir «redorer le blason» de la télévision publique, il doit donner la chance à de nouvelles compétences s’il veut donner un nouveau souffle à l’Eptv. Pourtant, les événements que connaît le pays se suivent et ne se ressemblent pas et ont besoin d’une réelle couverture impartiale, juste et sans parti pris.

Les réseaux sociaux sont en train de faire mieux que nous, en tant qu’entreprise publique de l’audiovisuel, et nous sommes très peinés de ne pas pouvoir être à la une de ce qui se passe dans notre pays et accompagner dans la neutralité ce grand mouvement populaire. Nous avons, à chacun de nos sit-in, appelé à la solidarité de nos collègues qui hésitent encore à rejoindre notre démarche, voire notre combat, mais en vain. Beaucoup, à mon avis, ont hésité, à cause surtout de la peur de ne pas être reclassés.

Cela fait plus de deux mois que des fiches de reclassement circulent au sein de l’entreprise. Et nous pensons que les gens ont peur d’éventuelles représailles par rapport à leur engagement dans notre mouvement. A mon avis, cette conjoncture et les quelques sanctions qui sont tombées à l’encontre de certains d’entre nous ont ralenti l’élan de notre collectif qui, au début, était très suivi.


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