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Procès en appel de l’ex-DGSN s’ouvre à Alger

Abdelghani Hamel, le déballage…

30 juillet 2020 à 10 h 05 min

L’ex-patron de la police nationale, Abdelghani Hamel, accuse le général Beleksir, ex-patron de la Gendarmerie, de s’être «acharné» sur lui «parce qu’il pense qu’il a fait foirer le mariage de sa fille avec le fils d’un des frères du Président». Il affirme que Saïd Bouteflika ne «l’aime pas» et qu’il l’a limogé et mis à la retraite pendant que le Président était malade. Pour lui, ces décisions étaient «inconstitutionnelles». Il évoque aussi Tayeb Louh et Habba El Okbi, l’ex-secrétaire général de la Présidence, comme acteurs du complot dont il aurait fait l’objet.

Un carnet et un stylo à la main, l’ex-patron de la police, Abdelghani Hamel, a comparu hier en appel, devant la chambre pénale près la cour d’Alger, avec 18 autres prévenus et 13 sociétés, tous poursuivis pour, entre autres, «corruption, blanchiment d’argent, trafic d’influence, incitation d’agents publics pour l’obtention d’indus avantages, dilapidation de deniers publics et abus de fonction».

D’emblée, il lance au juge : «M. le président, avant que vous ne posiez les questions, je tiens à vous expliquer toute cette affaire. Lorsque l’enquête a démarré, ils ont fouiné dans les 48 wilayas pour m’impliquer, mais en vain. Ils ont embarqué mes enfants.

C’est Beleksir et ses éléments qui sont derrière cette cabale. Pourquoi ? Je vais vous dire ce que je n’ai pas osé dire…Parce que la Présidence m’a demandé de faire une enquête sur son fils qui devait se marier avec la fille du frère du Président. On lui a dit que la Présidence a ouvert une enquête sur ses enfants à Annaba, il l’a très mal pris.

C’est cela la vraie raison de cet acharnement. Je suis issu d’une famille conservatrice respectée, je me retrouve dans une association de malfaiteurs. Ma carrière de militaire, je l’ai faite pour être parmi l’élite de l’armée. J’ai été commandant de la garde républicaine et des gardes-frontières avant d’être nommé, sur proposition du défunt chef d’état-major de l’Anp, directeur général de la police.

Je me suis battu afin que le siège de l’Afripol soit à Alger alors que j’avais des puissances étrangères régionales sur mon dos. A mon époque, la Sûreté nationale était une référence en matière de lutte contre la cybercriminalité, de la criminalité et la corruption, mais aussi en gestion démocratique de la foule.

J’ai été le plus jeune général de l’anp et j’ai été décoré de toutes les médailles du ministère de la Défense. J’ai vécu tous les événements que le pays a traversés. J’ai été la cible de terroristes dans des attentats, des accrochages et des embuscades. Quand j’ai quitté Aïn Defla pour aller en formation en Egypte, trois commandants de brigade qui sont venus après moi ont été tués.

Ce que les terroristes n’ont pas pu faire, Beleksir et ses éléments l’ont fait. Je suis en train de périr en prison avec mes enfants.» L’ex-chef de la police revient sur l’affaire Kamel Chikhi, principal accusé dans le scandale des 701 kg de cocaïne saisis à Oran au mois d’avril 2018.

«Demandez à Abdelkader Benchahra (son chauffeur personnel condamné dans l’affaire Chikhi) ce qu’il a subi à la brigade de recherche de Bab J’did. Ils lui ont présenté un civil en tant que procureur et lui ont demandé de dire ce qu’ils voulaient entendre en contrepartie de sa libération.

Ce sont de basses et viles manœuvres que Beleksir utilisait, et aujourd’hui il voyage entre la France, l’Espagne et les Emirats à la recherche d’un statut de refugié et moi je suis en prison. J’ai de nombreuses questions que je veux poser», souligne Hamel avant que le juge ne lui précise que c’est à lui de l’interroger et pas l’inverse.

Il le ramène aux faits, mais Hamel continue : «Mes enfants ont-ils bénéficié de crédits, de concessions, de marchés publics ?» Le magistrat  insiste pour le ramener aux faits, mais c’est peine perdue. «Comment pourrais-je être poursuivi pour corruption alors que j’ai moi-même élaboré le plan de développement des gardes-frontières, auquel une enveloppe de 3 milliards de dollars a été accordée…».

Le juge : «Je ne doute pas de votre patriotisme». Hamel, très affecté déclare : «Je suis victime de règlement de comptes et de lutte de clans, dans une situation politique délétère dans laquelle je n’étais pas partie prenante. Je suis victime de complot, de jalousie, de revanche, etc. je suis devenu le symbole de l’injustice.»

Le juge : «J’ai des faits, et en face la loi. Qu’avez-vous à dire sur les griefs de blanchiment d’argent ? Expliquez-nous l’origine de tous ces fonds avec lesquels vous avez acquis des biens ?» Hamel fait mine de ne rien comprendre, mais précise qu’il n’a «aucun bien sans traçabilité». Le magistrat énonce les biens en question en commençant par un terrain de 111 m2, puis d’un F4 à Alger, Hydra (Alger) qui appartenait à la Sûreté nationale.

«Il ne faisait pas partie du parc de la DGSN. Il était affecté pour exploitation à la police et lorsque celui qui y habitait est parti, j’ai fait une demande de désistement au ministre de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, il m’a donné son accord. Je l’ai acquis auprès de l’OPGI.» Le juge : «Vous aviez revu la superficie à la baisse pour bénéficier d’un rabattement sur le prix de cession…».

Hamel : «Me voyez-vous aller à la commission lui demander de revoir la superficie pour gagner 50 000 DA ?» Le juge continue à énumérer une longue liste d’autres biens, un terrain à Staouéli, une villa à Douaouda, une maison à Bir El Djir (Oran), une autre à Sabra, un terrain à Birkhadem, un autre à Es Senia (Oran), etc. et à chaque fois Hamel explique qu’il s’agit de propriétés acquises dans un cadre légal. Le juge : «Etes-vous intervenu auprès du wali de Tlemcen Sebbane pour aider votre fils à obtenir un terrain à Tlemcen  ?» Hamel : «Ce n’est pas vrai.

Je l’ai vu une seule fois à l’aéroport lors d’une cérémonie officielle et il m’a dit que l’affaire de mon fils sera réglée. Je ne savais même pas de quoi il s’agissait.» Il nie avoir fait intervenir Abdelghani Zaalane et Abdelmalek Boudiaf en tant que walis d’Oran, ou encore Moussa Ghelai, ex-wali de Tipasa, pour régler le dossier de ses enfants pour une concession à Magtaâ Kheira.

A ce sujet, l’ex-patron de la police tente de convaincre le juge en lui apportant ce qu’il affirme être de nouveaux faits : «Je vous explique cette histoire avec Abdelmalek Sellal, Premier ministre. Nous étions en Conseil interministériel, mon tour est venu pour prendre la parole, il m’avait dit de ne pas m’inquiéter et que mon droit me reviendra. Je n’étais même pas au courant de ce qui s’est passé. Ce sont mes enfants qui m’ont informé que le terrain de la concession a été annulé.»

«Ce qui m’a été demandé est très grave. Mais j’ai refusé, je me suis tu et j’ai subi.»

Hamel poursuit ses propos devant le regard attentif du magistrat. «Pour la première fois, je vais vous dire des choses jamais révélées. Beleksir avait donné des informations à Tayeb Louh, ministre de la Justice, lequel a fait un rapport et transmis à Habba, ex-secrétaire général de la Présidence. Ce dernier fait un écrit à Abdelmalek Sellal lui demandant de faire annuler la décision. Il saisit le ministre de l’Intérieur, Noureddine Bedoui, et le ministre des Finances.

Il y a eu annulation et en même temps une enquête a été enclenchée par le Premier ministre, qui va démentir le rapport de Beleksir», dit-il en s’effondrant en larmes. Le juge : «Saviez-vous que le tribunal administratif avait annulé cette décision vu qu’il s’agissait d’un terrain agricole ?» Hamel : «Ce n’est pas vrai. C’est une décharge. A gauche, il y a une station d’essence et à droite une unité de production de médicaments.

Est-ce parce que c’est Hamel que ce terrain se transforme en assiette agricole ?» Le magistrat tente de mettre la lumière sur la relation de Hamel avec Saîd Bouteflika, frère du Président déchu. «Saïd ne m’aimait pas. C’est lui qui m’a limogé en 2018 et m’a mis à la retraite, alors que le Président était malade. Ce sont des décisions anticonstitutionnelles. Lorsque j’ai essayé de comprendre, il m’a demandé de faire un recours. Mais j’ai refusé.»

Le magistrat continue à énumérer les biens que le prévenu possède, puis ses nombreux comptes bancaires avec des sommes plus ou moins importantes en devises et en dinars. Il affirme que ses nombreux voyages à travers le monde entraient dans le cadre de ses missions de travail. Il persiste à accuser le général Beleksir en disant : «Il pensait que c’est moi qui ai fait foirer le mariage de sa fille avec le fils d’un des frères du Président.»

Hamel se plaint des «attaques directes» du procureur lors de son procès en première instance, qui, selon lui, «ont porté atteinte à ma réputation et à celle de ma famille et violé mes droits à la présomption d’innocence et à la dignité. J’ai passé 9 mois en détention, durant lesquels je n’ai été entendu qu’une seule fois par le juge pendant 1 heure et demie.

Le juge a instruit à charge. Il n’a apporté aucun élément nouveau. A la Cour suprême, le magistrat m’a ajouté 25 biens alors qu’il s’agissait d’actes modificatifs et l’enquête préliminaire m’impute des logements, des usines et des biens à l’étranger. Pourquoi cet acharnement ? Pour des raisons purement politiques…». L’ex-patron de la police évoque aussi «des tergiversations et des manipulations politiques autour de mon affaire.

Ce qui m’a été demandé est très grave. Mais j’ai refusé. Je me suis tu et j’ai subi. Lorsque j’ai fait ma déclaration sur la corruption, une vile campagne a été lancée contre ma personne et ma famille. Tous ceux qui portent le nom de Hamel ont été poursuivis. Certains en sont morts, d’autres ont eu des crises cardiaques et des AVC. Je ne suis pas un corrompu et mes enfants ne sont pas des criminels.»

Le juge appelle Salima Anani, épouse Hamel, mais aussi ses trois fils, Mourad, Chafik et Amyar, qu’il interroge pendant près de cinq heures sur la longue listes de terrains, appartements, villas, locaux commerciaux et maisons qu’ils ont acquis durant la période où Abdelghani Hamel était à la tête de la police. Tous nient les faits et expliquent qu’ils les ont obtenus dans la légalité et avec leurs moyens. Fin de journée, les auditions se poursuivaient à la cour d’Alger et devraient reprendre aujourd’hui. 

Le procès en appel du général Wassini Bouazza reporté au 12 août prochain

Le procès en appel de l’ex-patron de la Direction générale de la sécurité intérieur (DGSI), le général Wassini Bouazza, à la cour militaire de Blida, a été reporté hier au 12 août prochain, à la demande de sa défense, a-t-on appris de source judiciaire.

L’ex-homme fort des services de renseignement militaire avait été condamné le 23 juin dernier à une peine de 8 ans de prison ferme assortie d’une amende de 500 000 DA pour «outrage verbal à corps constitué, humiliation d’un subordonné, faux et usage de faux et détention d’une arme et de munitions de guerre».

En détention depuis le 13 avril dernier, il est également poursuivi pour un autre dossier plus lourd, actuellement en instruction au tribunal militaire de Blida. Ses avocats et le parquet se sont pourvus contre la première condamnation, et son procès devait avoir lieu hier, mais il a été ajourné au 12 août prochain. S. T.



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