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Abdelaziz Bouteflika : Une fin de règne chaotique

20 février 2020 à 10 h 09 min

Au soir du 2 avril, devant leurs écrans de télé, les Algériens assistent, ébahis, à une démission des plus burlesques de l’histoire. Abdelaziz Bouteflika, ramené dans sa tenue traditionnelle devant le président du Conseil constitutionnel, pour lui remettre sa lettre de démission. Il rentre définitivement chez lui.

Réduit au silence par la maladie, Bouteflika a traversé ses sept dernières années au pouvoir dans l’effacement absolu. Il était devenu le fantôme du palais d’El Mouradia qu’il n’habitait plus. Il n’exerçait plus directement ses fonctions laissant le champ libre à des forces influentes extraconstitutionnelles, structurées essentiellement autour de son frère cadet, Saïd Bouteflika.

Porté par une coalition politique factice et une caste d’affairistes sans base économique véritable, le régime de Bouteflika peine a finir le 4e quinquennat qui prend eau de toutes parts. Les impasses politiques se superposent aux contre-performances économiques qui s’accumulent.

Le désordre institutionnel n’a jamais été aussi menaçant pour l’Etat. Les scandales de corruption noircissent le tableau national. C’est dans cette conjoncture alarmante que l’Algérie connaît un été 2018 particulièrement chaud.

L’armée, qui jusque-là est présentée comme seule institution fiable, est gagnée par la fièvre. Des limogeages en série touchant des hauts gradés, des chefs de Régions militaires, dont certains, jusque-là intouchables, ont été envoyés derrière les barreaux.

Trois mois auparavant – mai 2018 –, éclate l’affaire des 701 kg de cocaïne saisis au port d’Oran. Une affaire d’Etat qui provoque une purge au sein des appareils sécuritaires. L’ex-puissant patron de la police nationale, le général Abdelghani Hamel, en fait les frais un mois après le scandale.

La classe politique dans son ensemble était comme perdue dans un champ insondable. Au sein du pouvoir, personne n’osait évoquer ouvertement la présidentielle. La candidature ou pas de Bouteflika à un 5e mandat était érigée au rang de secret d’Etat, laissant ses partisans dans le flou absolu.

Les Algériens guettaient le moindre mouvement pour tenter de décrypter la direction du vent. Ce fut le cas avec le limogeage théâtral du président de l’Assemblée nationale, Saïd Bouhadja, en octobre, dans un feuilleton tragi-comique. Le régime politique perd le contrôle et est gagné par la nervosité.

Les apparences d’une «entente parfaite» volent en éclats, les rangs se dispersent et la guerre qui était jusque-là latente remonte à la surface. L’ambiance politique nationale s’enflamme et l’Algérie d’en bas gronde dans le silence.

L’année 2019 s’engage sur la même voie que celle qui venait de s’écouler. Mais elle est de plus en plus alimentée en rumeurs et spéculations sur la tenue du scrutin présidentiel dans les délais. Des voix politiques commencent à se faire entendre.

Les partis de l’opposition annoncent leur boycott de la présidentielle. L’annonce faite le 18 janvier fixant la date de l’élection présidentielle au 18 avril ne change rien à la donne.

Les vendredis qui ébranlèrent le régime de Bouteflika

Le mois de janvier passe vite, accompagné d’une agitation des «partisans» qui poussent avec force vers la «continuité». Le pays, lui, est figé. Le samedi 9 février dans un meeting à la coupole Mohamed Boudiaf, à Alger, l’ex-parti unique réunit ses adeptes autour de toute la galaxie bouteflikienne en transe pour exhorter Abdelaziz Bouteflika à briguer un 5e mandat.

Dans un désordre à la mesure de celui qui caractérise le pouvoir à ce moment-là, l’impensable s’est produit. Désarçonnés, les Algériens n’en revenaient pas. Mais leur cauchemar se confirme le lendemain lorsque Abdelaziz Bouteflika annonce officiellement, via un communiqué, sa candidature à la présidentielle.

Cette annonce provoque un choc national et un étonnement international. Comment un Président paralysé par une maladie, absent de la scène depuis sept années, complètement impotent, brigue un 5e mandat présidentiel.

Le pouvoir avec ses ramifications fait bloc autour de l’homme finissant. Passé le choc, les Algériens se voient infliger l’humiliation suprême. Des jeunes un peu partout dans le pays brisent le silence et manifestent leur rejet du «mandat de la honte».

Kherrata sonne la révolution. A Khenchela, des centaines de jeunes arrachent un portrait géant de Bouteflika couvrant la façade de la mairie. La scène filmée fait le tour du monde.

Ce 18 février, Abdelaziz Bouteflika était symboliquement tombé. La semaine qui a suivi l’annonce officielle de la candidature de Bouteflika a été la plus longue du règne de Bouteflika. Elle va signer sa fin.

Durant cette semaine, des appels sur les réseaux sociaux circulent comme une traînée de poudre pour une marche partout dans le pays pour le vendredi 22 février. Dans une ultime tentative de résistance, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, s’essaie à son jeu préféré, celui du chantage au chaos.

Il est balayé par la vague insurrectionnelle. La digue cède. Abdelaziz Bouteflika n’a pas tenu plus de deux semaines. Irréversible. Au lendemain d’un troisième vendredi, celui du 8 mars, qui a vu des millions d’Algériennes et d’Algériens submerger toutes les villes du pays, il prend acte.

Le 11 mars, la veille de son retour au pays après une longue hospitalisation, il annonce qu’il «n’y aura pas de 5e mandat et il n’en a jamais été question pour moi», et «il n’y aura pas d’élection présidentielle le 18 avril prochain…».

Il renonce à la candidature, mais il reste au pouvoir en proposant une conférence nationale qu’il conduira lui-même. C’était son ultime ruse. Les Algériens, plus que jamais décidés à en finir, déjouent la manœuvre et exigent un départ avec effet immédiat.

Une détermination qui va accentuer les craquèlements dans le sérail. Le chef d’état-major change de fusil d’épaule. A partir du 22 mars, il prie le Président de se retirer définitivement. Il obtient son accord et celui de sa famille. Mais le frère cadet manœuvre et tente de doubler le vieux général.

A la surprise générale, Gaïd Salah, à partir d’une caserne de la 4e Région militaire de Ouargla, appelle à l’application de l’article 102 de la Constitution confirmant la vacance du pouvoir. S’engage alors une course-poursuite entre les militaires et la Présidence.

Une folle semaine où tout pouvait arriver. Les Bouteflika résistent jusqu’au 1er avril. Le chef de l’Etat annonce dans un communiqué qu’il allait démissionner avant l’expiration de son mandat. Dans le même communiqué, il précise que des «décisions importantes» allaient être prises.

Gaïd Salah se savait dans le collimateur. S’il n’agit pas vite, il risque d’y laisser sa peau. Le lendemain, il réunit tous les chefs des forces armées au siège du ministre de la Défense nationale et somme Abdelaziz Bouteflika de dégager sur le champ.

Au soir du 2 avril, devant leurs écrans de télé, les Algériens assistent ébahis à une démission des plus burlesques. Abdelaziz Bouteflika, ramené dans une tenue traditionnelle devant le président du Conseil constitutionnel, pour lui remettre sa lettre de démission.

Il rentre définitivement chez lui. Une sortie de scène pitoyable. Ainsi s’achève les deux décennies de pouvoir de Bouteflika.



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