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Abdelaziz Belaïd. Secrétaire général du Front El Moustakbal : «Tout peut basculer d’un moment à l’autre»

24 février 2019 à 10 h 30 min

«Nous étions convaincus que le Président sortant allait se présenter à un 5e mandat au moment où tout le monde avait écarté cette option. Tous les cercles de décision ont peur d’un changement qui pourrait menacer leurs intérêts et leur avenir. Le 5e mandat les arrange, il leur assure la pérennité.»

Telle est la déclaration de Abdelaziz Belaïd, secrétaire général du Front El Moustakbal, candidat à la candidature présidentielle. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il parle du non-sens d’une conférence nationale après les élections, dénonce la machine administrative mise au service du Président sortant, met en garde contre le recours à la rue et explique pourquoi son refus de répondre à ceux qui veulent aller vers un candidat unique.

 

Le Front El Moustakbal était parmi les premiers partis à avoir annoncé sa participation à l’élection présidentielle. Comment allez-vous prendre part à ce scrutin qui s’annonce, après la candidature du Président sortant à un 5e mandat, comme étant fermé ?

Le parti n’a pas attendu jusqu’à il y a quelques jours pour annoncer sa participation à l’élection présidentielle. Dans les pays qui ont des traditions démocratiques, les partis se déterminent 2 à 3 ans à l’avance, pas la veille du scrutin. Nous savions dès le départ que le Président allait se représenter pour un 5e mandat.

J’ai grandi au sein du parti unique. J’ai vécu longtemps avec d’anciens maquisards responsables de cette formation. Cette proximité avec le parti m’a permis de comprendre beaucoup de choses et à avoir parfois de l’avance dans mes analyses. J’avais la conviction que le Président allait se représenter pour un 5e mandat, au moment où beaucoup écartaient cette éventualité.

Pourquoi ?

D’abord parce que je connais la personne du Président. J’étais l’un des plus jeunes membres du comité central, ce qui me permettait d’avoir accès à bon nombre de responsables. Je savais que le cercle présidentiel n’a pas une autre alternative que celle de se maintenir au pouvoir. Il essaie de faire un forcing parce qu’il n’a pas d’autre choix. Tous les cercles de décision ont peur d’un changement qui pourrait menacer leurs intérêts et leur avenir. Le 5e mandat les arrange. Il leur assure la pérennité…

Vu l’état de santé du Président, peuvent-ils assurer cette continuité ?

Le système a toujours vécu au jour le jour. Il n’a jamais utilisé l’intelligence ou la stratégie à moyen et à long termes, pour gérer les événements. Il réagit au coup par coup. Il est en train de naviguer à vue. L’essentiel pour lui est de rester en place. Si on veut comprendre l’avenir, il faut analyser le passé et le présent. En 1999, lors de son premier discours, le Président avait promis de faire sortir le pays de la rente pétrolière. Vingt ans après, la survie de l’Algérie est toujours liée au prix du baril de pétrole. Des pays ayant une vision ont réussi à redresser leur situation économique en dix ans seulement.

La Turquie est un exemple frappant. Si le Président n’a pas pu réaliser ses promesses en étant en bonne santé, comment peut-il le faire avec un état physique et mental affaibli ? En 20 ans, il n’a pas pu faire démarrer la machine économique.

Aujourd’hui, le prix du baril de pétrole a chuté, l’inflation a atteint des proportions alarmante, et chaque année, quelque 900 000 demandeurs d’emploi arrivent sur le marché, dont 400 000 sont diplômés, alors que les séquelles de la planche à billets vont commencer à se faire sentir dès l’année prochaine. Ce diagnostic révèle un avenir incertain qui compromet toute promesse.

Pourquoi, dans de telles conditions, entrer dans la course à la présidentielle ?

Depuis la création du parti en 2012, nous étions les premiers à demander l’élection d’une commission indépendante chargée d’organiser et de proclamer les résultats des élections. D’autres partis nous ont rejoints par la suite. La réponse a été la mise en place d’une Hiise (Haute instance indépendante de surveillance des élections), qui doit être une institution purement administrative et dont les membres sont désignés par le Président.

Elle n’est pas indépendante et n’a aucune prérogative. Elle est là pour justifier la fraude et donner une image de démocratie aux partenaires étrangers. En fait, le système a sa propre machine de fraude qu’il graisse à chaque fois pour la rendre plus malléable.

Pourquoi accepter d’entrer dans une source dans de telles conditions ?

En tant que parti, nous voulons participer, mais hélas cette machine de fraude a déjà commencé. L’administration est devenue un soutien du Président sortant. D’énormes pressions sont exercées sur les responsables des entreprises économiques, alors que des patrons de sociétés, des chefs de daïra, des walis et des présidents d’APC, procèdent par le chantage pour obliger les gens à donner leur signature au Président sortant…

Ont-ils besoin de passer par de tels procédés, alors qu’ils peuvent avoir les signatures des élus de la majorité présidentielle ?

Nous sommes dans une situation ahurissante. Chaque responsable veut surpasser un autre, en collectant plus de signatures. Lors des élections de 2014, le wali de Relizane a fait un exploit inédit. Dans toutes ses communes, il a obtenu 100% des voix pour le candidat Bouteflika. Il a été promu ministre.

Cette surenchère va détruire le pays mais aussi la confiance entre gouvernant et gouverné. Même au niveau des consulats, des pressions sont exercées sur nos ressortissants pour qu’ils accordent leurs signatures au Président sortant. Une grande machine est mise en branle. Que faut-il faire ? Nous allons en débattre au sein du conseil national. Mais dans tous les cas, la position du parti sera responsable.

Quelle analyse faites-vous des discours menaçants du vice-ministre de la Défense et chef de l’état-major de l’Anp, le général de corps d’armée Ahmed Gaïd Salah ?

J’aurais aimé que cette institution prenne ses distances par rapport à tous les candidats et tous les partis. J’espère que tous les Algériens aident cette institution dans sa noble mission. Mais je vois que l’inconscience est généralisée. Il y a des lobbys et une minorité d’un côté, et de l’autre côté, le peuple dans sa majorité…

Sommes-nous vraiment en danger ?

Malheureusement, oui. Tout peut basculer d’un moment à l’autre. Depuis des années, nous entendons des discours alarmistes, mais la société est en marche. Les changements sont inévitables. Ils auront lieu soit par les urnes, mais celles-ci sont discréditées, soit par le régime lui-même, qui se remet en cause et qui décide d’opérer des changements, cela n’a pas été fait, soit par la rue que personne ne peut contrôler et qui peut mener vers l’incertain.

Les partis et les Algériens seront responsables, mais la plus grande responsabilité incombe en premier lieu à ce système qui dirige le pays. Avant, nous étions dans un système du parti unique au sein duquel pourtant il y avait une vision et des débats. Aujourd’hui, nous somme sous l’ère du «zaïmisme»

Vous attendez-vous à des élections sur fond de violence ?

Tout dépend de la démarche du système et aussi de la classe politique et de la société civile. Tout le monde s’accorde à aller vers l’ouverture rapide d’un dialogue, peut-être qu’on pourra trouver une solution pour éviter au pays de sombrer dans une grave crise. Mais c’est vraiment un non-sens de proposer une conférence nationale après les élections. Le dialogue doit permettre d’arriver à des élections sereines et transparentes. Il faut commencer dès maintenant à donner les garanties nécessaires.

Lesquelles ?

Avec la Commission nationale de surveillance des élections, où les partis sont représentés, le contrôle peut être assuré, mais il faut peut-être la renforcer. Cependant, ils ont opté pour la Hiise qui est une administration. Maintenant, la fraude ne se fait plus au niveau des urnes, mais dans la rédaction des procès-verbaux. Ils sont changés durant la nuit par les chefs de bureau pour être conformes à ceux que les walis préparent…

Pourtant, cette haute instance est composée d’une majorité de magistrats qui veillent au respect de la procédure. Comment peuvent-ils être acteurs dans cette fraude ?

Durant des années, un travail cynique a été fait. Aujourd’hui, le premier responsable de la Justice est un haut cadre d’un des partis au pouvoir. Une bonne partie des responsables honnêtes qui osent dire non aux manipulations, à la fraude ou à la justice du téléphone ont été éjectés. Seuls ceux qui prêtent allégeance au système sont acceptés pour prendre leurs postes.

N’avez-vous pas remarqué que les walis ayant obtenu des résultats aux élections locales ont tous été promus à des postes de ministre ? Ceux qui ont échoué, comme les walis de Sidi Bel Abbès ou de Chlef, par exemple, ont été admis à la retraite. Les responsables de l’administration ne sont là que parce qu’ils obéissent aux ordres de ceux qui les ont placés.

Comment alors parler d’impartialité de cette haute instance ? Ces juges qui en font partie, de qui dépendent-ils ? D’un ministre qui appartient au parti du Président sortant, pour lequel tout le gouvernement est en campagne en dehors de la loi. Il n’y a pas que les moyens des médias publics qui sont à leur service, mais aussi ceux des chaînes privées.

Lorsque vous suivez les programmes de celles-ci, vous avez l’impression que le pays est en pleine campagne. Ce qui me chagrine, c’est de voir cette machine ramasser les voix en jurant d’atteindre 2 millions.

Est-ce normal ? Ils sont en train de s’autodétruire sans qu’ils le sachent. Ce qui est grave c’est qu’ils veulent rattacher l’existence même de l’Algérie à leur système. En se faisant hara-kiris, ils risquent d’emporter le pays avec eux.

Pourquoi accepter une telle situation ?

Nous sommes confrontés à un grand problème. La politique de la chaise vide n’est pas dans nos mœurs. Rester en course avec ce que nous constatons chaque jour est un grand problème. C’est pour cette raison qu’une réunion est prévue samedi prochain pour discuter de la décision à prendre. Nous sommes conscients des enjeux, mais nous ferons passer l’intérêt du pays sur celui du parti

Certains vous accusent de recourir à l’achat de signatures. Qu’avez-vous à dire ?

Nous n’avons jamais eu recours aux achats, intimidations, pressions ou au chantage. Notre parti est le seul à avoir prévu dans son statut des primaires. A chaque fois qu’on arrive à l’échéance du paiement des loyers du siège national, nous sommes confrontés au problème de l’argent. Nous le réglons avec les aides de nos militants, de nos députés, mais aussi de quelques professions libérales qui nous appuient.

Cette année, nous étions obligés d’imposer 10 000 DA pour les cartes de membre du conseil national pour pouvoir payer le loyer. Nos formulaires ont été signés grâce à nos militants et élus qui se trouvent dans les 48 wilayas. Nous avons collecté plus de 100 000 signatures d’électeurs et 2800 autres d’élus. Nous sommes prêts pour déposer le dossier au Conseil constitutionnel…

Des appels à des marches de protestation contre le 5e mandat se multiplient sur les réseaux sociaux. Etes-vous partant ?

La décision ne m’incombe pas. Elle doit émaner des instances du parti. Une réunion est prévue samedi prochain. Nous en discuterons. Je ne sais pas ce qui en sortira, mais je peux vous dire que l’option de la rue est dangereuse, tout au moins pour moi. Cependant, je reste opposé à ceux qui veulent accaparer la décision du peuple pour le changement. De toute façon, nous ne pouvons être que du côté du peuple.

De quelle façon pouvez-vous être de ce côté ?

Nous faisons partie de ce peuple et nous ferons en sorte qu’il y ait apaisement. Pour nous, le pays entre dans une crise. Je ne veux pas que celle-ci devienne un grand problème pour l’Algérie. Personne ne peut contrôler la rue…

Certains partis politiques ont pris l’initiative de se rencontrer pour étudier l’éventualité d’un candidat unique de l’opposition. Pourquoi le Front El Moustakbal n’a pas adhéré à cette initiative ?

Toute initiative politique est une bonne chose. Mais peut-on décider d’une alliance à quelques jours des élections ? C’est un travail qui aurait dû se faire avec un débat, un programme, une plateforme, et une vision claire, il y a bien longtemps, pas à la veille du scrutin et le jour même où le Président sortant annonce son intention de se présenter…

Pourquoi, d’après vous ?

Parce qu’en Algérie, on attend toujours l’annonce des décideurs ou du système pour se déterminer. Il aurait fallu discuter de cette initiative en 2014 ou du moins juste après. Le premier qui doit œuvrer pour que ce débat soit responsable est le système.

Il doit être même initiateur de ce débat. La preuve, c’est lui-même qui propose une conférence nationale, qui aurait dû être organisée il y a bien longtemps. La faire après les élections est un non-sens.

On nous parle aussi d’une révision de la Constitution. Combien de fois l’avons-nous triturée ? Durant 20 ans, on décide puis efface et on recommence. Ils n’ont aucune vision claire. Ils ne font qu’adapter la Constitution aux conjonctures et à leurs intérêts. C’est irresponsable. On ne peut pas construire un pays de la sorte.

Cette offre de conférence nationale ne vise-t-elle pas plutôt le maintien du système au pouvoir ?

Tout à fait. Lorsqu’on veut faire oublier une idée, on lance une conférence pour l’étudier. Il faut un dialogue réel entre les partis et donner la place qu’il faut à ceux qui sont représentatifs. On ne peut pas mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Nous ne pouvons pas accepter que les organisations et formations politiques qui ont une assise populaire soient invitées dans une salle avec d’autres, plus nombreux, et qui ne représentent que leur personne.

Certains pensent que le système est fort par la faiblesse de la classe politique. Qu’en dites-vous ?

Mais qu’a-t-on fait pour que cette classe politique soit plus forte ? Nous avons vu comment des partis ont été détruits de l’intérieur et comment des militants ont été broyés. Nous n’avons pas les moyens utilisés par ce système. Nous ne pouvons pas résister à un système qui veut détruire toute émergence politique. Quand on lamine toute la classe politique, après on est à l’aise pour dire que celle-ci n’existe pas.

Ils n’ont pas cassé uniquement l’opposition, mais aussi la société civile. Aujourd’hui, le seul parti qui reste, c’est l’administration qui est au service du système.

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