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Célébration de Yennayer à l’ouest du pays : A Tlemcen, les Beni Snous se préparent pour le carnaval Ayred

12 janvier 2021 à 10 h 58 min

Yennayer, depuis la nuit des temps dans l’extrême ouest du pays, est célébré dans la joie, avec des mets traditionnels, dont la galette sucrée avec un œuf au milieu pour les enfants.

Mais avec le temps, les tables se garnissent avec des arachides (amandes, noix, cacahuètes, noix de cajou), des friandises et un repas cossu. Cependant, ce rituel s’illustre exceptionnellement à Beni Snous, à une trentaine de kilomètres de Tlemcen. La seule région qui en fait un festival culturel, avec comme objectif, divertir et apporter de l’aide aux démunis.

«C’est une pratique pédagogique qui préserve la dignité des familles nécessiteuses, aussi lorsque l’on reçoit de la nourriture dans un cadre festif, c’est comme si on gagnait à un jeu et, donc, on n’a pas cette impression d’avoir fait de la mendicité. D’ailleurs, personne ne sait qui a donné, puisque les donneurs sont masqués», précise d’emblée Ali Abdoun, comédien et metteur en scène, originaire de la région. Cette année, comme les précédentes, le Nouvel An amazigh 2971 est fêté dans la communion et l’esprit du partage.

Beni Snous, contrée de savants illustres, composée de douze hameaux, dort sur des vestiges datant de 12 siècles. Une civilisation dont les habitants sont toujours imprégnés. «Nous sommes une des rares populations au Maghreb à fêter encore Ayred (le lion en berbère zénète) et le calendrier berbère. Une tradition qui remonte à la nuit des temps», rappelle Ali Abdoun, metteur en scène de théâtre et auteur d’un documentaire sur le lien culturel et la résistance de la population snoussie pendant la Guerre de Libération.

Retour en arrière : 950 avant Jésus-Christ, Chachnak, Berbère, sort victorieux d’une bataille contre Ramsès et se voit intronisé pharaon. Dès lors, les Berbères ne pouvaient que fêter cette victoire en désignant cette date comme le premier jour du nouveau calendrier amazigh, coïncidant avec le 11 janvier du calendrier grégorien.

Et tous les ans, les Amazighs de Beni Snous célèbrent Yennayer et Ayred. Une tradition basée sur la préparation de mets particuliers (berkoukès, beignets et crêpes) et des spectacles nocturnes, consistant à reproduire une histoire mythologique.

Une reconstitution célébrée tous les ans avec la même ferveur et la même passion. Mais en fait, qu’est-ce que Ayred ? En plus des victuailles, les habitants, réunis en groupes de neuf personnes, toutes déguisées avec des masques représentant des animaux, passent d’une maison à l’autre. Le lion est tiré à l’aide d’une chaîne.

Le guide, accompagné de ses acolytes, muni d’un drapeau, frappe aux portes des maisons. Au cas où le ou la propriétaire n’ouvre pas, les participants entonnent : «La jarre est cassée et la maîtresse de maison est répudiée.» Si la porte est entrouverte, le lion entre, suivi de ses compagnons au son de la «ghaïta» (sorte de flûte) et du «bendir» en chantonnant : «Ouvrez vos portes, nous sommes venus !» Le lendemain, les rôles joués par les différents protagonistes ne sont pas dévoilés.

Sûrement par souci de pudeur, de discrétion… Mais au fond, tout cela n’est qu’un jeu. La morale de ce carnaval, c’est la solidarité, parce que la tournée nocturne du groupe déguisé consiste à récolter des fruits, des légumes et de l’argent qui seront distribués aux nécessiteux de la région.

«Il y a une intensité dramatique dans la fête de l’Ayred que traduisent les costumes utilisés, les masques, les chants entonnés, les danses exécutées et la mise en scène du jeu des personnes déguisées.»

L’artiste Mustapha Nedjaï, auteur d’un livre-album sur Ayred, justifie son intérêt pour cette tradition : «J’ai fait ce beau livre par amour. Ce n’est que le regard admiratif d’un artiste pour cette fête qui m’a subjugué. Les masques utilisés sont le signe d’une créativité incroyable. Ils sont impressionnants et d’une beauté esthétique.» Une fête que les Snoussis partagent, chaque année, avec la population de Tlemcen, en l’associant aux spectacles dans la rue

Un théâtre en plein air, une mémoire dépoussiérée et une histoire perpétuelle qui confortent les autochtones dans leurs croyances, conviction et identité… «Ayred est un acte identitaire qu’il faut sauvegarder et pérenniser !» estime M. Abdoun.                 


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