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A Ouargla, débat de nuit pour contrer les aléas climatiques

17 mai 2019 à 9 h 55 min

Impliquer de plus en plus de citoyens dans le débat public, discuter à bâtons rompus de projets de sortie de crise, accompagner les jeunes dans l’engouement pour la chose politique…

Depuis le 22 février et surtout pour aboutir à des propositions concrètes, dans la rue, à l’université et sur les réseaux sociaux, Ouargla bouillonne d’idées et ne cède pas à la pensée unique.

Il ne se passe pas un jour sans que l’appel à une initiative citoyenne fédérant les forces vives de cette ville du Sud ne s’élève.

Après Alger et Bordj Bou Arréridj, Ouargla voudrait marquer sa présence sur l’échiquier national en véhiculant l’image forte d’une société civile porteuse de propositions de sortie de crise, où les aspirations du mouvement des chômeurs, des universitaires, des artistes et des activistes de la société civile s’orientent vers le débat d’idées et les rencontres autour d’un thé en semaine et d’un iftar collectif chaque vendredi.

Et pour rattraper deux semaines d’hésitation due à la montée du mercure et à des divergences autour du timing des débats publics et de la marche du vendredi, des efforts colossaux sont mis en commun pour convaincre et vaincre la léthargie causée par la chaleur et les aléas climatiques que cette ville rebelle n’accepte pas comme prétexte à un fléchissement de la mobilisation.

Ouargla. 15 mai 2019. 23h. Quartier Gharbouz. La placette du bureau de poste accueille des citoyens de tous âges regroupés pour discuter de l’actualité pressante.

Sujet brûlant à l’ordre du jour : la polémique autour des slogans pro ou anti-Gaïd Salah scandés lors de la manifestation de vendredi dernier, qui a enflammé les réseaux sociaux et suscité un débat houleux autour de la représentativité des uns et des autres et de la position de la population de Ouargla par rapport à la mobilisation citoyenne du 13e vendredi de manifestation pacifique.

«Asmaâni»

«S’initier à écouter l’autre et respecter son opinion même quand les avis et les obédiences politiques divergent», une bonne entrée en matière d’Ibek Abdelmalek, leader du mouvement des chômeurs, qui mène tambour battant une campagne sur les réseaux sociaux pour défendre le droit à la différence, remettre les pendules à l’heure et atténuer le climat d’intolérance ambiant depuis quelques jours suite à la publication d’une vidéo mettant en vedette un jeune homme opposé à la ligne de conduite de Gaïd Salah depuis le début du hirak.

Dans le magma des prises de position, la montée en flèche d’une tendance : vouloir donner à la mobilisation citoyenne un cachet global et faire taire les voix discordantes, sous prétexte de nationalisme attaché à glorifier les discours et les actes du chef des armées.

La réplique se prépare depuis plusieurs jours : un immense tifo commandé par les supporters de l’armée afin d’en découdre avec les écriteaux portant des slogans appelant à moderer l’implication de l’armée. L’animation visuelle organisée par ces supporters pour vendredi 13e acte voudrait «réhabiliter l’image de Ouargla par un signe fort soutenant la position de l’armée».

Pour Ibek, affronter la réalité du terrain et se faire entendre passe inexorablement par l’exercice du débat public ouvert à tous.

C’est d’ailleurs dans ce sens que son intervention a porté sur «l’unité des Ouarglis afin que la mobilisation citoyenne soit maintenue, que le nombre de manifestants se multiplie, que l’on passe au stade du débat constructif sur la stratégie de sortie de crise et non pas l’imposition d’une opinion unique à toute une population».

«Jib f’tourek warwah maâna»

Benguettaya Khaled, autre activiste de la société civile, propose de recentrer le débat autour des idées qui fédèrent, notamment l’organisation d’une série d’actions chaque vendredi, à savoir un sit-in simultané aux manifestations nationales suivi d’un débat public en fin d’après-midi avec les premières notes fraîches, un iftar collectif sur la place du 27 Février 1962 sous le slogan «Apporte ton f’tour et rejoins-nous» et enfin la marche hebdomadaire en soirée.

Tentée la semaine dernière, l’expérience a vu l’adhésion d’un cinquantaine de personnes, mais sa médiatisation sur les réseaux sociaux a permis de sonder la volonté d’adhésion.

D’où la campagne qui a regroupé les représentants de plusieurs quartiers de la ville afin d’organiser cette rencontre collective autour du repas de rupture du jeûne, initialement lancé il y a quelques années par le mouvement des chômeurs en signe de protestation contre les dérives du dossier de l’emploi et en soutien à des causes locales, nationales et même internationales, comme la révolte du Kamour en Tunisie et celle du Rif au Maroc.

Takatol Tayar Watani

Pour beaucoup de Ouarglis, meme ceux non partisans et apolitiques, le 4 mai est une date à marquer d’une pierre blanche. Il s’agit de la date de la naissance, à Ouargla, du premier parti politique issu du hirak.

Un congrès constitutionnel du parti Takatol Tayar Watani a été tenu et donné lieu à la concrétisation de l’idée de cette nouvelle représentation politique initiée par Boumada Salim, médecin praticien à Ouargla, représentant de la fondation pour la santé Forem et ancien militant du mouvement pour les droits du Sud dans les années 1980.

L’initiative a connu l’adhésion d’une centaine de personnes originaires de 17 wilayas avec pour principal objectif «la mobilisation politique et citoyenne dans les wilayas de l’intérieur du pays».

Parmi eux Zoubir Bensaci, membre fondateur du parti et ancien activiste du mouvement des enfants du Sahara, qui a œuvré pour le lancement de ce parti dans le sillage de l’ouverture du paysage politique rendue possible par le hirak populaire et l’engouement des jeunes pour le changement y compris dans la sphère des partis politiques pour répondre aux revendications du peuple.

Boumada estime que «les critiques autour de la demande d’agrément à un gouvernement jugé illégitime relève du faux débat du moment qu’elle émane des institutions du pays et qu’il faut à tout prix avancer et intéresser les gens au débat et à la pratique politique»

Hirak universitaire

A l’université comme dans la rue chaque vendredi, le professeur Laadjal Segni n’en démord pas : c’est au sein de la communauté estudiantine et dans le corps enseignant du supérieur que les graines de l’unification de la mobilisation prennent leur source.

Pour cet activiste du mouvement anti-gaz de schiste, cet élan national se poursuit pour soutenir ses revendications sans organiser ses rangs et sans coordinateur connu, ce qui crée un manque de résultats sur le terrain. L’armée, quant à elle, craint la dégradation de la situation.

Les partis sont absents du terrain et isolés du peuple, d’où la nécessité de se focaliser sur l’essentiel, à savoir le changement pacifique, les libertés, l’indépendance du pouvoir judiciaire, la construction d’un Etat de justice, de science et de travail.

Dans toutes ses interventions, le professeur Segni rappelle que Ouargla est le creuset de la contestation sociale et le porte-voix du sud du pays : «Les gens sont libres de s’exprimer. Personne n’a le droit de les empêcher de s’exprimer librement sur l’armée son rôle et son implication, il n’y a plus lieu d’encenser les personnes mais l’armée nationale est une ligne rouge pour chacun de nous.»

La mobilisation à l’université de Ouargla se poursuit par le biais de rencontres-débats qui permettent d’aborder de nombreuses questions telles que la corruption, l’état des institutions, les articles 7 et 8 de la Constitution, etc., avec la participation de spécialistes et de professeurs en sciences politiques, économiques et de sociologie et des séminaires répartis sur tous les pôles de l’université les mardis.

Les étudiants de deux pôles sont revenus aux études tandis que le troisième pôle continuait dans la grève totale, ce qui pourrait affecter le processus des examens. Les discussions sur le mouvement de protestation ont pris la forme de petits séminaires dans le cadre de l’unité nationale et ont porté sur la question de l’armée et de la mobilité.


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