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A In Salah, la flamme demeure

05 avril 2019 à 10 h 05 min

In Salah. Vendredi 22 mars. Quatre ans après la protestation citoyenne contre l’exploitation du gaz de schiste, la ville se réveille en douceur en cette journée de mobilisation nationale pour le départ du régime d’Abdelaziz Bouteflika, un président pourtant «aimé» et «soutenu» par cette population pendant trois mandats.

Au marché traditionnel de la ville, qui porte désormais le nom «Baraka d’In Salah», les travaux de rénovation vont bon train. Djamel Adoune, photographe du mouvement anti-gaz de schiste, pense que la ville a connu des changements positifs en quatre ans. «Le délabrement et la négligence dont souffraient les habitants dans toutes les institutions et espaces publics n’ont plus lieu d’être, In Salah émerge quelque peu, mais il lui faut encore beaucoup de temps et de bonne volonté pour offrir ce à quoi aspire la population.»

Pour ce militant et activiste de la société civile, «la menace de gaz de schiste plane toujours sur nos têtes et sur ce point, nous n’avons pas changé d’avis.» Même son de cloche chez Mohamed Djouane, président de l’association Shams que nous retrouvons à proximité de la place Somoud baptisée Tidikelt par les autorités.

Cette association, qui œuvre depuis 2012 pour une culture écologique dans les écoles d’In Salah, a doté tous les établissements scolaires de la ville en bennes de tri sélectif des déchets et lancé des clubs verts pour mobiliser les enfants scolarisés. «Un bilan positif qui a été soutenu par un dialogue ininterrompu avec les autorités locales et centrales sur les sujets environnementaux, notamment la salinisation des sols, le traitement des déchets ménagers et bien évidemment l’utilisation des fûts toxiques issus de l’industrie pétrolière ainsi que les répercussions de cette industrie sur l’environnement, l’eau, l’air, etc.».

Relevant une amélioration de la qualité du dialogue depuis la venue de Mme Zerouati à la tête du ministère de l’Environnement, M. Djouane tient à souligner le mutisme et le dédain des autorités concernant tout ce qui touche l’industrie pétrolière. «Le gouvernement refuse de répondre à nos doléances sur le problème de séquestration des gaz toxiques sous terre ainsi que les bourbiers toxiques qui déciment la faune et la flore avec des centaines d’oiseaux disparus sans parler de l’exploitation du gaz de schiste qui a cessé visuellement et dont on ne sait rien en ce moment.»

L’opacité et le double jeu des autorités inquiète le président de cette association qui a activement participé à la mobilisation contre le gaz de schiste et qui estime «qu’In Salah a été la première à dénoncer le 4e mandat de Bouteflika et le danger de sa politique énergétique menaçant l’équilibre écologique et environnemental des zones sahariennes et mettant en péril la vie des populations avec les risques de pollution des nappes d’eau souterraines qui sont le legs des générations futures».
trahison

A la place Somoud, des jeunes commencent à se regrouper en fin d’après-midi pour la marche désormais hebdomadaire depuis le 22 fevrier dernier. A cause de la chaleur, les habitants préfèrent décaler la sortie pour éviter le soleil tapant et permettre aux familles de s’y rendre. Il n’y a pas foule, une soixantaine de manifestants se regroupent petit à petit sur les lieux et c’est donc à partir de 17h que le rassemblement prend enfin son élan banderoles en main, drapeaux hissés avec en tête du peloton la petite Tasnim, accompagnée de son père criant : «Djazaïr horra dimocratiya !».

Agée de 6 ans aujourd’hui, cette gamine originaire de l’ouest du pays participait à un an au mouvement anti-gaz de schiste, a grandi et embelli. «Je suis la première de ma classe avec un 10 de moyenne générale et je suis là pour dire non à Bouteflika», nous lance-t-elle. «Yetnahaw gaa !» crie Tasnim drapée d’un grand drapeau national, qui ajoute : «J’ai toujours accompagné papa lors des manifestations, avant c’était pour In Salah, aujourd’hui c’est pour l’Algérie.»

Les femmes n’étaient plus au rendez-vous des marches en ce vendredi, celles que nous avons pu rencontrer étaient mobilisées ailleurs, comme Khalti Djemaa Boukarkar, 76 ans, une des nombreuses cuisinières du mouvement anti-gaz de schiste qui préparaient à manger à toute la ville mobilisée contre ce projet qui a uni toute la population pendant plus de quatre mois dans les rues d’In Salah.

«Ce président, nous l’avons aimé et soutenu de toutes nos forces, c’était notre père à tous, mais il nous a trahis et blessés ; voyez notre situation dans cette bourgade d’El Barka où nous manquons de tout et où la pollution atmosphérique nous rend malades», explique-t-elle. Le regard de Khalti Djemaa se tourne alors vers l’est, les torchères des puits de gaz sont visibles du haut de sa terrasse.

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