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8 mars 2019 et le génie d’un peuple en marche

09 mars 2019 à 11 h 28 min

Mai 1945, Novembre 1954, Décembre 1960, Juillet 1962, Avril 1980, Octobre 1988 et désormais Février/mars 2019.

Sans remonter aux héroïques actes de résistance du XIXe siècle, la filiation entre les moments fondateurs de la nation algérienne est là.

Les contempteurs du Peuple avec une majuscule, ceux qui le dénigraient, le traitant tour à tour de populace – ghachi –, d’avachi et de résigné. Ceux qui ont douté de lui et lui ont dénié un destin collectif. Ceux qui l’ont infantilisé, divisé, détourné et tenté de l’avilir. Ceux qui persistent dans le mépris au point de vouloir perpétuer un système vomi en lui proposant un cadre en guise de guide. Ceux-là qui, par une énième manœuvre, ont cru pouvoir l’abuser. Eh bien tous en sont pour leurs frais !

Au soir de ma vie, l’intervention immense de ce peuple, mon peuple, me procure un immense bonheur et me donne l’occasion de le saluer et de lui rendre hommage pour ce qu’il fait et pour ce qu’il est : le continuateur des glorieuses luttes d’émancipation passées, le prolongateur de l’action de toutes celles et tous ceux qui sont tombés afin que notre grand pays puisse avoir le bel avenir qu’il mérite. Celui d’une nation digne et debout qui accueille et protège ses membres contre la voracité des appétits déchaînés tant «algériens» qu’étrangers.

Voilà donc que les Algériens administrent au régime honni et à ses suppôts étrangers la démonstration de leur maturité citoyenne et civique. Cette belle jeunesse qui défile et manifeste pacifiquement, civilisée et optimiste, nous oblige et nous dit la préfiguration de l’avenir qu’elle souhaite. Les plus âgés les accompagnent et partagent les mêmes espoirs.

L’élan populaire qui secoue l’Algérie et stupéfait les opinions internationales a pris de court la classe prédatrice «bouteflikienne» et ses mentors marionnettistes qui tirent les ficelles. Ce ne sont pas les déclarations de dernière minute de Trump, Macron ou de l’Union européenne qui pourraient tromper le peuple algérien. Celui-ci sait que les représentants de l’oligarchie financière mondialisée ont soutenu, soutiennent et soutiendront toujours les valets qui servent leur intérêts.

Autrement, il leur était aisé de dénoncer le blanchiment par nos satrapes des milliards volés à la nation dans des acquisitions immobilières somptueuses et dans le remplissage des comptes bancaires par de l’argent sale. Il leur était pourtant facile, comme le font actuellement les gouvernements américain et occidentaux envers les Russes, les Iraniens ou les Vénézuéliens qu’ils déclarent «non grata», d’interdire à nos ploutocrates en tous genres l’accès de leur pays et de geler leurs avoirs.

Bien au contraire, ils leur délivrent cartes de séjour et passeports sans jamais enquêter sur l’origine des fonds investis ou détenus. Les règles comptables comme l’existence d’organismes tels que Tracfin permettent d’identifier les flux immédiatement. Pourquoi le feraient-ils du reste puisqu’ils en connaissent l’origine. A savoir les pots-de-vin qu’ils leur versent en contrepartie du bradage de pans entiers de notre économie nationale.

L’ultime tentative de leurs «cabinets noirs» d’ourdir dans la précipitation un nouveau plan afin de gagner du temps pour tenter de sauver ce qui peut l’être de leur point de vue en retardant leur déconfiture d’une année ne devait qu’échouer.

D’autant qu’ils comptaient mettre à profit ce délai supplémentaire afin d’achever l’exécution de la feuille de route que l’oligarchie financière mondialisée leur a dictée, à savoir liquider ce qui reste encore d’autonomie et de propriété nationale, par la réduction de la fiscalité pétrolière, la privatisation de Sonelgaz, d’Air Algérie/Tassili Airlines, des Chemins de fers et de la distribution d’eau, etc., et par la destruction totale des protections sociales et du code du travail. Singeant en cela ce qui se fait dans les pays capitalistes dominants.

Ce faisant, ils utiliseraient ce répit pour perpétuer leur domination directe et indirecte, leur pillage systématique, mais surtout ils mettraient à profit ce temps gagné pour verrouiller par des mesures irréversibles leur emprise sur l’ensemble du pays.

Cette manœuvre grossière n’a trompé personne. Les Algériennes et les Algériens qui ne participent pas à l’entreprise de pillage l’ont vécue comme une provocation. Une de plus qui n’a eu comme conséquence que de provoquer un surcroît d’indignation, un renforcement et un élargissement de la mobilisation populaire et de cercles et personnalités politiques enclins jusque-là à nourrir des illusions.

Comment conjurer les dangers qui peuvent advenir ?

Le peuple en alerte nous administre par son action quotidienne les leçons qui conviennent :

– la paix, le calme et la force dans la sérénité ;

– la vigilance aiguisée ;

– l’union dans la diversité des origines géographiques, linguistiques, d’appartenance idéologique et de croyance ;

– et enfin, et ce n’est pas la moindre, la mixité.

Jusque-là, An-nidham, le régime et ses mentors impérialistes s’évertuaient à semer les ferments de l’atomisation de la société, voire du pays. Le pouvoir savait de quoi il parlait quand il évoquait la «main étrangère», puisqu’il lui indiquait où frapper. Rompu aux manœuvres de division et de diversion depuis des décennies, avec malheureusement un certain succès, il n’a pas vu, cette fois, venir la magistrale gifle assénée par le mouvement patriotique, démocratique et social des larges masses populaires. En quelques jours, ce qui couvait depuis des années leur a explosé à la figure.

D’ores et déjà, il est possible d’affirmer que le peuple a déjoué ces premiers pièges et qu’il enregistre ses premiers succès depuis qu’il a emprunté fermement la voie pacifique et l’unité d’action autour des intérêts communs et supérieurs du pays, rejetant les divisions et manipulations à caractère idéologique, confessionnel, linguistique, régional et autres.

Cette vigilance collective doit être renforcée et étendue. Bien que sévèrement ébranlé, le régime et ses suppôts extérieurs ne lâcheront prise et leurs menaces ne seront définitivement neutralisées qu’à la condition de s’appuyer sur une meilleure information et une plus grande conscience des dangers et des enjeux réels. Le régime n’abdiquera pas sans résister. Sa volonté d’organiser la lutte de tous contre tous, malgré ses affirmations, demeure intacte.

Les aspirations et les sentiments légitimes et sacrés de patriotisme, de liberté, de dignité, de justice sociale, de soif de bien-être et d’épanouissement culturel ne se discutent pas ni ne se négocient. Ils sont les fondations sur lesquelles il faut et il est possible de reconstruire.

Toutefois, l’effort doit aussi porter au-delà.

Ce vendredi 8 mars offre une nouvelle occasion d’élever la qualité grandissante du niveau de conscience de nos compatriotes, qualité qui est la caractéristique de ce mouvement de libération politique, économique, sociale et culturelle actuelle.

Trois grandes convergences nationales et populaires peuvent contribuer à donner à cette journée mémorable de l’Union et du «soumoud» une ampleur inégalée pour l’avenir.

La première est l’union de toutes les composantes opposées à tout compromis avec le régime : ni élection ni conférence nationale tel qu’avancé par le pouvoir !

La seconde concerne l’action en direction des travailleurs organisés aux côtés des agriculteurs, des paysans, des étudiants et des lycéens, des travailleurs isolés et des chômeurs, des membres des forces de sécurité et militaires autres que ceux du pouvoir corrompu – ils sont des centaines de milliers qui ne vivent que de leurs soldes ou de leurs traitements –, de militants de base sincères mais trompés du FLN et de l’Ugta, notamment dans les campagnes, auxquels il convient d’ouvrir les yeux par une information véritable sur ce qui se joue actuellement.

Isoler les dirigeants compromis et corrompus est le maître-mot aujourd’hui. S’efforcer de faire le lien entre les difficultés de la vie quotidienne et les mesures économiques qui ont été prises ou qui risquent de l’être au cours de la période qui vient si la vigilance n’est pas à la hauteur. Les Algériens éduqués et formés, les militants syndicaux, les économistes, les sociologues, les juristes sont désormais face à leurs responsabilités devant l’histoire.

Beaucoup trop de nos frères et camarades ont versé leur sang pour qu’aujourd’hui nous ne nous sentions pas concernés. Eclairer le peuple sur les enjeux économiques et géostratégiques ne peut que renforcer la vigilance et l’union.

Plus que jamais le mot d’ordre «penser global et agir local» est d’actualité. Un exemple parmi mille. La bataille sans concessions de nos frères d’In Salah contre l’exploitation du gaz de schiste.

Eux avaient compris de suite le danger mortifère de ce projet, la liquidation de la ressource vitale : l’eau. Leur mobilisation, face au rouleau compresseur du régime et à la répression qu’ils ont subie ne peut que forcer le respect. Cependant, la mobilisation est restée circonscrite à leur seule région. Qu’en aurait-il été s’il y avait eu une campagne de dénonciation du régime – inféodé aux multinationales – et d’information de la population.

Cette campagne aurait permis d’expliquer que Total, qui s’est vu interdire l’exploitation du gaz de schiste dans son pays par une loi votée par l’Assemblée nationale française, a pu le faire chez nous sans restriction. Moyennant quoi, les multinationales faisaient coup double : les vendeurs de systèmes de forage – américains – abaissaient, en multipliant leur nombre, leur prix de revient et réalisaient ainsi un surprofit, tandis que Total augmentait son volume d’extraction et donc ses profits.

Question : lesquels parmi les kleptocrates algériens ont touché les pots-de-vin et à quel montant s’élèvent-ils ? Quel est le prix de la trahison ? Porter à la connaissance du plus grand nombre ce type d’information, contribue à élever les capacités de vigilance collective et de mobilisation.

Enfin, ce 8 mars est l’occasion exceptionnelle d’une reconnaissance encore plus importante du rôle irremplaçable tenu par nos femmes, nos sœurs et nos filles dans les luttes libératrices, dans les grandes avancées du peuple algérien dans tous les domaines. L’occasion de renouer avec une tradition séculaire, avec les grandes heures de la lutte d’émancipation, de Fadhma N’soumeur à Hassiba Ben Bouali, et de toutes les autres héroïnes célèbres ou anonymes, citadines ou villageoises.

Il s’agit de plus d’une grande moitié de notre population. Comment pourrait-il en être différemment dans ces heures historiques que vit notre nation. Leur participation courageuse, sensible et intelligente aux grandes luttes actuelles sera certainement un des acquis les plus précieux de l’avancée démocratique en cours et une garantie de sa pérennité. Vive la lutte patriotique du peuple en mouvement pour une Algérie libre et souveraine, démocratique et sociale.

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