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Mobilisation populaire à Béjaïa : Paroles de femmes militantes

16 février 2020 à 10 h 09 min

A Béjaïa, au milieu des masses masculines s’imposent toujours des figures féminines qui n’ont rien cédé de leur engagement solide. Plus que dans plusieurs régions du pays. Femmes militantes, y compris par leur fidélité au mouvement, elles sont parfois noyées dans les flux et les flots des pas et des voix des hommes.

La célébration aujourd’hui à Kherrata du premier anniversaire de la marche, qui avait donné le ton à la révolution pacifique nationale du 22 Février, promet de drainer une foule immense, une sorte de flambée populaire qui a caractérisé jusque-là les anniversaires des dates symboliques.

Les prémices de cette mobilisation attendue ont été fournies avant-hier lors de la marche de Béjaïa, où la rue a repris des ardeurs et où les femmes ont continué à marquer leur présence. S’imposeront-elles aussi aujourd’hui à Kherrata ?

A Béjaïa, au milieu des masses masculines, s’imposent toujours des figures féminines qui n’ont rien cédé de leur engagement solide. Plus que dans nombre de régions du pays.

Des militantes, y compris par leur fidélité au mouvement, elles sont parfois noyées dans les flux et les flots des pas et des voix des hommes. Vendredi, à la 52e marche, nous avons donné la parole à certaines d’entre elles.

Zahra Agsous est une militante féministe et photographe. Son implication dans le mouvement ne s’encombre pas des frontières entre l’Algérie et la France où elle milite dans un collectif féministe, qui tient, aujourd’hui, un rassemblement à Paris pour l’An 1 du hirak. Elle s’investit ici et là-bas.

Nous l’avons croisée, avant l’entame de la marche, sur l’esplanade de la maison de la culture de Béjaïa au milieu de la foule, en train de prendre des enregistrements sonores. «Je n’ai jamais vu, depuis ma naissance, quelque chose de pareil. Si dans les années 1980 et 2000, c’était en Kabylie, là c’est un mouvement national», déclare-t-elle, trouvant «dommage que les revendications restent masculines, où les femmes sont utilisées».

«Les femmes ne sont pas citoyennes en Algérie. Les lois donnent le droit aux hommes d’opprimer les femmes. Donc, si le hirak n’a pas compris ça, on ne va pas avancer. Lorsqu’on dit qu’il n’y a pas de démocratie sans les droits des femmes, c’est une réalité parce que la citoyenneté c’est pour toutes et tous.

Il faut que cela s’applique», estime-t-elle. Beaucoup comme elle ont eu une pensée, avant-hier, pour la militante Nabila Djahnine, dont on a commémoré hier le 25e anniversaire de son assassinat. «Il faut lui rendre hommage tous les jours, parce qu’elle n’a pas été assassinée pour rien, c’est un assassinat politique» conclut Zahra Agsous.

Zenati Rbiha est une enseignante et syndicaliste dans l’éducation nationale. Le hirak, elle vit avec et pleinement. Son implication a évolué avec le mouvement jusqu’à prendre les premières lignes du front populaire et respirer les gaz lacrymogènes le 12 décembre dernier.

Elle nous a livré son opinion dans l’envahissement bruyant d’un carré de manifestants : «Aujourd’hui, c’est une autre démonstration de la détermination de tout un peuple éveillé. La seule sortie de crise est dans la solidarité et l’union, sortir tous les vendredis et mardis et pourquoi pas les autres jours

La mobilisation d’avant-hier a confirmé son avis sur la bonne santé du mouvement : «Celui qui croit que le hirak s’éteint et que le peuple fera marche arrière, il se trompe lourdement. Le train de la révolution a démarré et ne s’arrêtera qu’à la bonne station.» Mme Zenati considère que la présence chaque vendredi des femmes, «conscientes plus qu’avant», est «intense».

Plus conscientes qu’avant, mais leur engagement s’inscrit, ajoute-t-elle, dans la continuité de leur implication dans la Guerre de Libération nationale. «Les femmes prouvent toujours qu’elles sont là, capables de libérer leur pays», nous dit-elle avant de reprendre prestement les slogans de la marche.

«Nous sommes toujours solides»

Saïda Moulaoui est militante politique que l’on croise même dans les marches de mardi. Militante du RCD, elle ne se met pourtant pas trop en vue. Voilà ce qu’elle pense de la manifestation d’avant-hier : «Nous sommes toujours solides, le mouvement continuera jusqu’à la chute du système.

La femme est présente depuis le début et elle est toujours là. Elle doit continuer à s’impliquer dans chaque mouvement et être solidaire avec ses compatriotes. Il faut qu’elle s’active davantage, parce qu’il y a un recul par rapport au début. Il est en tout cas certain que sa présence dans le mouvement a donné une force à celui-ci et contribué à le maintenir dans le pacifisme.»

Haddad Tiziri est aussi une sorte de force tranquille. Etudiante et jeune militante du PST, elle ne marche pratiquement pas sans sa pancarte qu’elle brandit au-dessus de sa tête. Celle du jour est un bout de carton sur lequel on peut lire : «Abrogation du code de la honte (qui réduit la femme au statut de mineure à vie) et égalité des droits entre femmes et hommes !

Liberté de conscience, libertés culturelles et séparation entre le politique et le religieux !» Un manifestant s’est approché d’elle pour lui dire que les hommes aussi sont dans la même situation d’opprimés. «Ce n’est pas pareil. Si les femmes ont accès au travail plus que les hommes, c’est parce qu’elles acceptent un salaire médiocre pour sortir de la maison et avoir un peu de liberté», rétorque-t-elle.

La mobilisation d’avant-hier satisfait Tiziri : «Nous sommes à la veille du premier anniversaire du mouvement, je pense que cela a mobilisé beaucoup de gens. Il y a aussi une forte mobilisation des femmes et aujourd’hui ça s’explique également par le fait que demain c’est l’anniversaire de l’assassinat de Nabila Djahnine. Elles tiennent à lui rendre hommage en marchant. Je voudrais dire aux femmes de sortir tout le temps et revendiquer l’égalité.»

«Aussi longtemps que la femme est là…»

Idrissi Besma est une jeune militante du FFS et des droits humains. Lorsque la police a réprimé, le 5 septembre dernier, la tenue de l’université «populaire» du RAJ à Béjaïa, elle a été embarquée. Son implication ne se limite pas aux marches, mais s’élargit à des actions citoyennes.

«Je rends hommage au peuple qui sort chaque vendredi. Notre combat c’est celui de l’Algérie de demain, celle des droits humains et de la démocratie. Ce combat concerne beaucoup les femmes, mais l’Algérie méprise tout le monde. Nous sommes dans un Etat de non-droit, nous ne pouvons pas dire que nous nous battons seulement pour les droits de la femme.

L’objectif est d’abord de libérer l’Algérie de la 3issaba (clan)» explique-t-elle. Cela ne l’empêche pas d’appeler à la mobilisation féminine : «Les femmes doivent savoir que sans elles, rien ne pourra se faire.» Besma, comme beaucoup de marcheurs, a une pensée pour Nabila Djahnine et aussi pour les détenus d’opinion et politiques : «Il ne suffit pas qu’on les libère seulement, il faut aussi que la vérité éclate, parce qu’ils ne sont coupables de rien, c’est de l’injustice !»

Dounia Addad, toute jeune militante associative, est la fille de Hakim Addad du RAJ, ex-détenu du mouvement. Avec son père, elle a marché avant-hier à Béjaïa. Elle considère que «la place de la femme dans cette révolution est très importante». «50% de la population sont des femmes, si ces 50% ne s’expriment pas on ne peut pas arriver à une nouvelle République», nous répond-elle.

Les femmes pèsent-elles suffisamment de leur poids dans le mouvement populaire ? Pour Dounia, petit bout de femme, «il n’y a jamais assez pour se soulever contre un régime, mais il faut féliciter les femmes qui sont dans la rue». Dans le carré des architectes, fidèle aux marches de vendredi, Kerboua Fatiha est parmi les rares femmes du groupe.

Elle dit s’être «retrouvée naturellement dans ce mouvement», parce que le «combat des architectes pour un meilleur cadre de vie pour ce peuple magnifique» est aussi politique, bien qu’il ne date pas du 22 février dernier. Sur ce plan, «notre pays a la possibilité de donner quelque chose de meilleur au peuple».

«Ce cadre de vie a été saccagé à cause de choix politiques, c’est lamentable ! Nous sommes donc engagés politiquement pour un meilleur cadre de vie pour le peuple algérien qui est magnifique et qui mérite beaucoup mieux que cela», nous dit Kerboua Fatiha, drapée des deux emblèmes national et amazigh.

Elle est «bien contente que la femme soit toujours présente dans ce mouvement qui va continuer aussi longtemps que la femme y restera». «Et elle va rester jusqu’à la fin», conclut-elle.



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