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27e manifestation des étudiants à Alger : «Non au recyclage du système»

28 août 2019 à 10 h 25 min

Alger, 27 août. 27e mardi de mobilisation des étudiants. C’est la dernière marche hebdomadaire de la communauté universitaire au cours de ce mois d’août 2019 et elle avait des airs de rentrée avant l’heure tant le nombre, l’intensité, la résonance des chants et des slogans dans les entrailles de la ville semblaient plus forts, plus percutants, comparés aux dernières manifs estivales.

Il faut cependant préciser que cela fait un moment que les étudiants ne marchent pas seuls et sont, chaque mardi, rejoints par des centaines de citoyens lambda qui n’ont pas de «carte d’étudiant».

Comme de coutume, la journée a commencé par un débat organisé sur la place des Martyrs par El Hirak Ettolabi. Le thème d’hier portait sur l’organisation du mouvement étudiant et la nécessité ou pas de se doter de représentants. Le débat était modéré par Ahmed Bourouis, 21 ans, étudiant en génie électronique à l’université de Boumerdès.

La plupart des intervenants étaient des non-étudiants qui tenaient à réaffirmer leur soutien à la contestation estudiantine, considérée comme le fer de lance du hirak. «Il faut soutenir les étudiants. La bande au pouvoir est très difficile à manier.

Ces jeunes sont nos enfants, nous nous faisons vieux, on ne peut pas affronter cette îssaba, il faut qu’on soit à leurs côtés. Sans eux, on est perdus», lâche affectueusement un homme d’un certain âge et à la longue barbe blanche. Un autre renchérit : «Ils sont l’avenir de ce pays et Gaïd Salah représente le passé.» L’homme rend hommage dans la foulée à l’institution militaire, «surtout à nos soldats qui sont à Tindouf, à Tamanrasset…, pas ceux qui se dorent la pilule à Club des Pins».

«Il faut une coordination de toutes les universités»

Pour Moha, étudiant en informatique à Bab Ezzouar, «il faut faire la différence entre organisation et représentation». «Si on n’a pas désigné de représentants, ça ne veut pas dire qu’on ne doit pas s’organiser. Et l’organisation doit commencer par les comités de quartier», a-t-il plaidé. Un autre a appelé à multiplier les manifs les autres jours de la semaine «dans tous les quartiers, les villages, les communes.

Il faut bouger dans les 1541 communes que compte notre pays». «Manifester uniquement le vendredi, entre la prière d’El Djoumouâ et la prière d’El Asr, pendant que nos dirigeants font la sieste, c’est dérisoire. Pour nous faire entendre, il faut des actions tout au long de la semaine», préconise-t-il.

Abdou, un autre étudiant à l’USTHB de Bab Ezzouar, estime que «l’un des secrets de la réussite du hirak étudiant, comme du hirak populaire, c’est précisément le fait qu’il n’a pas de représentants, du coup, on n’a pas de leaders que le régime pourrait acheter ou corrompre». Abdou penche plutôt pour une «coordination entre les différentes universités, de toutes les wilayas du pays. Il faut un comité d’organisation dans chaque université. C’est le seul moyen de peser face au pouvoir», argue-t-il.

Minute de silence

10h40. Tout le monde en place. «Dawla madania, machi askaria !» (Etat civil, pas militaire) entonne d’emblée la foule, avant d’enchaîner par un tonitruant «Karim Younès, dégagé, dégage ! Makache hiwar ya el îssabate !» (Pas de dialogue avec les gangs). Une minute de silence est ensuite observée à la mémoire des cinq jeunes décédés suite à une bousculade lors du concert-évènement de Soolking, jeudi 22 août.

10h50. La marche s’ébranle aux cris de «Gaïd Salah dégage !», «Makache hiwar ya el îssabate !», «Les généraux à la poubelle, we D’zaïr teddi l’istiqlal !» (L’Algérie recouvrera son indépendance). En traversant la rue Bab Azzoun, la marée humaine scande : «Asmaâ yal Gaïd : dawla madania, machi askaria !» (Ecoute Gaïd Salah : Etat civil, pas militaire). Toujours en réponse à l’Instance nationale de dialogue et de médiation, le cortège s’écrie : «Karim Younès ma y methelnache, ou Gaid Salah ma yahkemnache» (Karim Younès ne nous représente pas et Gaïd Salah ne nous commande pas).

Sur les pancartes brandies, on peut lire : «Laissez le régime dialoguer avec son ombre, rendez-vous en septembre» ; «La commission de dialogue est un instrument du pouvoir ; le 5e mandat est derrière le rideau», «La commission de dialogue équivaut à un 5e mandat»… Un citoyen improvise un acrostiche du mot «panel» qui donne : «Parti d’Allégeance des Nouveaux Escrocs et Larbins». Une étudiante écrit : «Merci Gaïd d’avoir fini le ménage, maintenant dégage !» Une autre exprime le fond de sa pensée en précisant à travers son écriteau : «Etudiants sans appartenance, notre seule et unique appartenance est l’Algérie. Je suis une civile, les discours des casernes ne me concernent pas. On n’est pas sortis pour le recyclage du système. Ni Tebboune ni Benflis».

«Seule la transition»

En réponse à la dernière sortie d’AGS où il accablait les partisans de la transition, un jeune coiffé d’une casquette oppose ce message laconique : «Seule la transition». Un autre a tenu à apporter cette nuance à travers une large panneau : «Qui appelle à l’élection présidentielle n’est pas forcément un patriote, et celui qui appelle à une période de transition n’est pas un traître de principe». Un citoyen se demande : «Arrestations, intimidations, de quelles élections parlez-vous ?» Une dame arbore cette réflexion : «On veut négocier sur votre départ, vous voulez dialoguer pour rester au pouvoir. Non au recyclage, tetnahaw ga3 !»

Un marcheur réitère la revendication centrale du mouvement avec ces mots : «Oui à un changement radical du système, non à une opération de chirurgie esthétique»…La cause de la libération des détenus n’était pas en reste. Deux jeunes manifestants défilent avec un t-shirt noir barré de ce slogan : «Libérez Hamza Djaoudi. Oui au respect des opinions».

Le t-shirt est floqué du portrait de Hamza Djouadi, un capitaine de la marine marchande arrêté pour une vidéo jugée subversive. D’autres manifestants plaident la cause des détenus d’opinion à travers des t-shirts, notamment à la gloire de Lakhdar Bouregaâ. Les marcheurs répétaient en outre en chœur : «Ikhouani la tanssaw echouhada, libérez, libérez Bouregaâ !» (Mes frères, n’oubliez pas les martyrs, libérez Bouregâa).

Slogans hostiles devant le siège du Panel

Arrivée aux abords du square Port-Said, la procession a observé une halte avant de poursuivre par la rue Ali Boumendjel en scandant : «Talaba samidoune, li hokm el askar rafidoune» (étudiants résistants, pouvoir militaire rejetons).

Devant l’immeuble l’Historial, sur la rue Larbi Ben M’hidi, où siège le Panel, les manifestant martèlent : «Makache intikhabate, ya el issabate !», «Karim Younès ma y methelnache ou Gaïd Salah ma yahkemnache !», «Ya lil âre, issaba t’qoud el hiwar !» (Quelle honte, un gang conduit le dialogue)… Le cortège poursuit sa progression en collant au circuit habituel : Pasteur, Khemisti, Amirouche, Audin, avant de s’immobiliser rue Abdelkrim Khettabi, son point de chute. Chemin faisant, Drifa Ben M’hidi, la sœur de Larbi Ben M’hidi, rejoint les manifestants au milieu de la rue qui porte le nom de son illustre frère.

Les mêmes slogans reviennent en boucle, auxquels s’ajoutent d’autres refrains bien rôdés : «Klitou lebled ya esseraquine» (vous avez pillé le pays bande de voleurs), «Echaâb yourid el istiqlal» (le peuple veut l’indépendance), «Djazaïr horra dimocratia» (Algérie libre et démocratique)…

Au milieu du parcours, nous retrouvons Ahmed Bourouis, le sage modérateur des débats du matin, à qui nous posons quelques questions. Ahmed est persuadé que l’organisation d’une élection présidentielle dans le contexte actuel est condamnée à l’échec. «Pour cela, il faut un dialogue sérieux et non la commission de Karim Younès qui est une commission d’entrave au dialogue et non une instance de dialogue» déclare-t-il, avant d’ajouter : «A l’instar de tout le peuple algérien, on refuse cette commission et on refuse d’y participer. On considère que les partis qui ont dialogué, même secrètement, avec cette commission, ont trahi les revendications du peuple.»

Au titre des «préalables» régulièrement évoqués pour asseoir un vrai dialogue, Ahmed insiste sur «la libération des médias. Ce mardi, vous voyez une marche avec des manifestants par milliers, et le soir, quand on regarde la télévision nationale, c’est le black-out total».

Ahmed estime, par ailleurs, qu’on est de facto dans une période de transition, et «pour en sortir, il faut un dialogue sérieux qui aboutisse à des élections honnêtes comme le revendique le peuple». Ahmed Bourouis se dit confiant pour la suite du mouvement : «Il y aura certainement un nouveau souffle pour le hirak. La marche d’aujourd’hui a été plus forte que toutes les manifs précédentes de cet été. Et il y aura, inch’Allah, un retour en force de la mobilisation avec la rentrée sociale, dès mardi prochain.»



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