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mardi, 13 novembre, 2018
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Repères économiques

Les dangers de la variabilité des politiques économiques

05 novembre 2018 à 0 h 06 min

Une question lancinante est toujours posée par les citoyens lors des séminaires, conférences ou rencontres économiques. De quoi sera fait demain ? Qu’est-ce qui nous attend d’un point de vue économique à moyen et long termes ? Les économistes savent moyennement prévoir.

Ce qui se passe autour de nous, après la crise de 2014, est une indication des politiques de riposte qui nous attendent. La variabilité des politiques économiques risque d’être fatale à notre économie.
Le premier plan de riposte qui a évité le pire fut vite abandonné par une nouvelle équipe en charge des dossiers économiques. Mais le revirement de politiques économiques est en en train de devenir fatal à notre économie. Même les statistiques officielles n’incitent plus à l’optimisme.

La croissance économique s’est stabilisée autour de 3%, avec une croissance démographique de plus de 2,4%. Nous vivons une quasi-stagnation économique, avec une probabilité presque nulle de faire un jour partie des pays émergents. On peut constater que de nombreux pays sont dans cette situation. Nous avons des millions de personnes dans les institutions publiques et privées qui font des efforts considérables pour améliorer la situation dans tous les domaines.

Chaque matin, des cohortes de techniciens, d’ingénieurs, de travailleurs, de chercheurs, d’administratifs se dirigent vers leurs lieux de travail pour pousser la machine Algérie vers une destination précise. Font-ils des efforts vers la même direction ou chaque groupe dirige le système global vers des directions opposées ? L’un des gros problèmes de la plupart des pays en voie de développement est le manque de vision. Lorsque des groupes différents orientent le système vers des directions opposées, la nation stagne et fait du sur place malgré les efforts énormes des citoyens.

Chacun croit accomplir un travail laborieux et de qualité, mais s’il est en opposition avec celui du collègue à côté, la somme des efforts sera nulle et le résultat sera la stagnation. En sciences physique, on appelle cela le «système brownien». En sciences sociales, Chester Barnard a largement décrit ce phénomène dans des entreprises qui n’ont pas de vision.

La variabilité des politiques économiques

L’économie s’est intéressée depuis des décennies aux conséquences des variabilités de politiques économiques sur les performances économiques. Il fut établi que les pays qui changent fréquemment de politique économique déroutent les investisseurs, créent de la confusion au sein des agents économiques qui vont développer des comportements anarchiques (l’effet crédibilité de William Fellner). Nous venons de vivre une expérience grandeur nature en matière de variabilité des politiques économiques.

Lorsque les prix pétroliers chutèrent en 2014, le gouvernement avait mis en place un projet de riposte clair : une trajectoire budgétaire qui devait éliminer le déficit budgétaire, un plan pour équilibrer la balance des paiements sur plusieurs années. Mais il fallait un minimum d’austérité, payée par les plus nantis. Le plan commençait à fonctionner.

D’ailleurs, nous avons évité la situation du Venezuela, qui n’avait pas su comment juguler la crise. Certes, le plan ne pouvait pas nous mener à l’émergence, mais seulement à contenir les conséquences défavorables de la crise et permettre au pays de gagner du temps afin de mettre en place les dispositifs d’émergence. Mais ce dernier point n’est pas garanti, vu que nous n’avions pas conçu un plan d’émergence, mais juste un plan de riposte à la crise.

Mais voilà que la trajectoire budgétaire fut reportée ou interrompue par des séries de «rectifications» qui rendent caduque la démarche. Certes, on continue à afficher les mêmes objectifs à moyen terme : ériger une économie hors hydrocarbures diversifiée et compétitive. Mais cet objectif persiste depuis des décennies et le gouvernement ne sait pas par où commencer. Certes, on a toujours des projets ici et là, quelques petites victoires dans certains créneaux, comme l’exportation du ciment, mais pas une dynamique qui va changer radicalement les fondamentaux de l’économie nationale.

Actuellement, la grande peur nous vient de la gestion des réserves. L’approche consiste à continuer à l’épuiser et à un horizon donné (après 2022) nous pouvons aller à l’endettement international. On ne compte que sur un prix des hydrocarbures revalorisé sur les marchés internationaux pour nous éviter une telle situation. Nous n’avons pas de plan de rechange.

La stratégie n’est pas de la théorie

La nécessité de développer une vision à long terme est une pratique admise aussi bien pour gouverner un pays que pour gérer une entreprise. Nous avons besoin de tracer un cap et de s’y tenir. Il y a toute une démarche rigoureuse à développer pour arriver à produire ce schéma. Mais pour un certain nombre de décideurs, parler de stratégie c’est s’aventurer dans des considérations abstraites chères aux «théoriciens des universités».

Cette attitude dure depuis 1986. Mais même les décideurs qui croient en la planification à long terme ont des difficultés à convaincre leur environnement. C’est l’une des raisons principales qui expliquent la variabilité des politiques économiques.

Mais pas la seule ! Alors que dire des pays comme la Corée du Sud, ou le plan stratégique Corée du Sud 2040 pays 747, ou la Malaisie qui a conçu en 1990 le plan Malaisie 2020 pays développé ou les plans quinquennaux chinois ?

Cela signifie-t-il que ces pays font de la théorie. Dans notre cas nous n’avons que des plans de construction d’infrastructures.

Il y a un consensus entre les experts algériens sur la nécessité et l’importance vitale de concevoir un plan stratégique exhaustif qui servira de soubassement à la mise à niveau de notre économie.

Bizarrement, cette recommandation forte et fondamentale n’a jamais été honorée par nos décideurs. Et pourtant elle a causé beaucoup de tort à notre économie. Nous avons eu des changements de politiques économiques à chaque changement de gouvernement.
On risque de s’enliser dans un tel processus dans le futur.

Certes, on a cette constance de réaffirmer l’objectif de construire une économie diversifiée hors hydrocarbures. Mais cela ne peut pas se substituer à un ensemble de décisions sectorielles claires, cohérentes et quantifiées en termes d’objectifs et de coûts. On ne peut pas faire avec cela l’économie de réformes administratives claires, de clarifier les priorités et leur mobiliser les ressources appropriées.

La variabilité des politiques économiques ne peut que produire de graves défaillances en matière de performances économiques. Tout comme l’instabilité politique, les changements fréquents et erratiques de politiques économiques induisent uniquement la stagnation ou le déclin.

Par Abdelhak Lamiri

PH.D en sciences de gestion

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