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dimanche, 23 septembre, 2018
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La mondialisation remise en cause par ses chantres

10 septembre 2018 à 2 h 00 min

La mondialisation a toujours été présentée par la vaste majorité des économistes et des politiciens comme le remède aux maux de ce monde ci bas. L’absence de développement économique ou la bureaucratisation extrême des économies furent toujours présentées comme des conséquences d’un éloignement du processus inéluctable de rapprochement commerciaux entre les pays.

L’ancien GATT devenu entre temps OMC avait pour mission d’approfondir les échanges et donc de créer plus d’interdépendance des nations. Depuis sa création, et jusqu’à la crise des Subprimes, la mission semblait s’accomplir avec beaucoup d’efficacité. La croissance des échanges mondiaux (taux de croissance moyen des exportations et importations des différents pays) excédait la croissance économique mondiale. C’est un signe que la mondialisation gagnait son pari.

Le coup de pousse le plus important au renforcement de la mondialisation fut sans nul doute la chute du mur de Berlin avec la déliquescence des régimes des ex pays socialistes qui trébuchèrent l’un après l’autre. Les autres nations étaient restées sans alternatives. Elles avaient perdu tout autre repère. Le seul qu’on leur préconisait était de construire une économie de marché ouverte. Quelques exemples de réussite existent et devinrent la référence mondiale : La Corée du sud, Taiwan et autres réussissaient parfaitement le test d’économies de marchés ouvertes et florissantes. Les institutions internationales, parfaitement acquises à l’idée, pesaient de tout leurs poids pour infléchir la position des pays récalcitrants à procéder à plus d’ouverture, de réduire le périmètre économique de l’Etat et de s’intégrer dans la dynamique de la globalisation. Elles avaient les ressources et le pouvoir pour influer sur les politiques économiques des différents pays. La banque mondiale et le FMI furent les outils essentiels de la doctrine de globalisation.

Perception et réalités profondes

Avant 2006, la vaste majorité des économistes, des politiciens et des analystes de tout bord encensaient la mondialisation. L’optimisme était de rigueur. On pensait avoir presque atteint le point de non retour. On croyait qu’on avait même développé les outils et les institutions pour la gérer sans recourir à un gouvernement mondial. Les G7, G20, l’OMC, la Banque Mondiale, le FMI etc. avaient la possibilité de gérer efficacement les différentes facettes de la globalisation. Il est difficile de défendre scientifiquement un tel schéma. Il serait trop risqué de s’attendre à ce qu’une multitude d’institutions puissent faire converger les intérêts et obtenir des acteurs autonomes une cohérence pour faire face à de nombreux défis, notamment le rétablissement des déséquilibres des écosystèmes et la lutte contre les crises économiques. Le premier nuage sur le ciel bleu de la mondialisation apparu en 1977 avec la crise asiatique. Confiant en leur doctrine et en leur force, les institutions internationales –FMI et Banque Mondiale- ont poussé les pays asiatiques à s’ouvrir aux flux de capitaux. Ces derniers avaient déstabilisé les économies asiatiques par leurs mouvements erratiques qui n’ont aucune logique correspondante aux politiques industrielles de ces pays.

Mais la bombe des Subprimes a tout remis en question. Si sous certaines conditions la globalisation des marchés améliore la situation économique d’un pays (comme la Chine), les dangers sont énormes. Il a suffit qu’un seul pays fasse des erreurs de politiques économiques (dérégulation des marchés financiers des USA) pour que le monde entier entre dans une crise sans pareille depuis 1929. Il n’y aurait pas que des avantages à la globalisation. On a minimisé ou sous estimé ses aspects négatifs. Le processus de mondialisation a continué à générer des pays gagnants et des pays perdants.

Contrairement à la théorie économique des avantages comparatifs qui montre que tous les pays améliorent leurs situation dans le processus d’échange, en réalité on a continué à avoir beaucoup de pays qui prospèrent et ceux dont la situation se dégrade. C’est justement ce processus gagnant-perdant qui fait que ces derniers remettent en cause la mondialisation. Les USA constatent, à leur grand étonnement et stupeur, que la Chine est entrain de les détrôner économiquement et sur le long terme probablement militairement et scientifiquement. Continuer ainsi deviendrait intolérable pour l’establishment de Washington.

La remise en cause s’accélère

Curieusement ce sont les chantres de la mondialisation qui la remettent en cause. Les USA avec leurs fers de lances la banque mondiale et le FMI faisaient l’éloge de deux doctrines majeures interconnectées : le consensus de Washington et l’ouverture économique qui consacre la mondialisation. Au fur et à mesure que le processus s’approfondissait, il devînt de plus en plus apparent qu’il était entrain de bouleverser en profondeur la géopolitique mondiale au détriment des initiateurs. Ainsi, le processus a produit des résultats qui bouleversent l’ordre mondial établi. Les futures superpuissances économiques mondiales seront la Chine, l’Inde, l’Indonésie au coté des USA qui ne vont plus dominer le monde comme ils l’ont fait depuis 1945. Jusqu’à présent, les USA pensaient qu’ils pouvaient inverser le processus par l’attrait de plus de talents internationaux, l’amélioration de l’éducation, la recherche et développement et autres. Mais les autres pays peuvent également orienter des ressources vers ces pistes pour conforter leurs avances.

La croissance et la structure économique des pays émergents leur permettent de mieux orienter les ressources vers les facteurs clés de succès avec des résultats de plus en plus encourageants. On peut en tirer beaucoup de leçons, pour notre pays, du processus de mondialisation. Les pays qui sont entrain de gagner la bataille de la mondialisation sont ceux qui ont correctement ordonnancé leurs réformes économiques.

Ils ont priorisé les facteurs clé de succès d’abord. Ils ont doté leurs pays et leurs institutions, de compétences humaines et managériales de niveau mondial d’abord. Par la suite, ils ont développé des politiques industrielles qui orientaient leurs ressources en devises pour les transformer sur leur sol en sciences, savoir faire, recherche et développement dans tous les domaines. Ils ont orienté d’une manière volontariste les moyens disponibles pour acquérir des compétences et le « know how ». Au lieu d’acheter des poissons, ils ont acheté le savoir-faire : comment pêcher. C’est une leçon pour ceux qui pensent que la stratégie c’est de la théorie. Les gagnants pensent qu’il n’y pas de plus pratique qu’une bonne stratégie.  

 

Par Abdelhak Lamiri

PH.D en sciences de gestion

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