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mercredi, 19 décembre, 2018
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Repères économiques

Algérie 2023 : Le point de non-retour ?

26 novembre 2018 à 11 h 00 min

Il est des dates qui sont des tournants dans la croisée des chemins des nations. Elles deviennent des repères historiques dans l’avancée des pays vers le connu et l’inconnu. Pour l’Algérie contemporaine, nous pouvons en citer 1962, 1965, 1979, 1988 et autres.

Ces moments ont marqué le devenir de la nation pour le meilleur et pour le pire. Alors qu’il est facile de voir historiquement ces instants qui ont bouleversé les cours des choses, il est beaucoup plus complexe de situer les futures périodes qui vont orienter un pays vers une trajectoire particulière. Lorsque ces événements se sont déjà passés, on a des certitudes. Mais lorsqu’on a une trajectoire en devenir, elle n’est que probabilité, mais loin d’être une évidence qui va continuer son rythme d’expansion.

La trajectoire qu’est en train de prendre l’économie algérienne actuellement reflète un tel phénomène. Nous avons une continuité linéaire de dégradations des équilibres économiques, surtout au niveau extérieur. Les déficits budgétaires continuent leurs cours normaux sans pour cela connaître un horizon d’équilibre. Pire encore, ce sont les réserves de change qui continuent leur détérioration profonde sans possibilité de maîtrise. En 2014, le gouvernement avait un plan pour maintenir après 2019 les réserves du pays au-dessus de la barre des 100 milliards de dollars.

Ce n’est qu’un plan, mais adossé à une trajectoire budgétaire claire, il avait des chances de se réaliser. Les conditions pour maintenir ce niveau de performance ne sont pas simples à réunir, comme améliorer la gouvernance des entreprises et des institutions, diversifier les modes de financement du logement et des infrastructures de base, etc. ; il y avait des tentatives de freiner l’hémorragie de devises, sans pour autant compter sur un revirement du marché international des hydrocarbures.

Dégradation à rythme moyen

Les projections des autorités économiques actuelles font froid dans le dos des citoyens. Elles montrent une dégradation continue et inexorable des réserves de change, qui constituent pour le moment la seule sécurité économique du pays.

En même temps, les analystes officiels sont réalistes. Il y a lieu d’admirer le pragmatisme des décideurs. Ils sont en train de nous dire : «La situation va continuer à se dégrader et il n’y a rien que l’on puisse faire ; la seule chose qui puisse nous sauver serait un rebond salutaire des prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux.»

Cela altère le moral des citoyens, aussi bien que celui des investisseurs. Ces derniers scrutent attentivement les paramètres économiques essentiels. Les réserves constituent pour les pays à forte rente le seul rempart contre les risques économiques les plus périlleux. Dès lors qu’on les épuise sans booster l’activité économique hors hydrocarbures, on se met en danger de mille et une façons. Pourtant, nos décideurs ne paniquent pas.

Il y a à leur niveau un «Business as Usual». On attend le pire pour commencer à bouger. Nous sommes exactement dans la même situation qu’en 1984. Au lieu d’anticiper des scénarios défavorables et s’ajuster, on continue de subir les aléas avec peu d’ajustements des politiques économiques. Pourtant les moyens d’ajustement existent.

On pourrait user de beaucoup d’instruments pour améliorer la situation. Au lieu de cela, on continue à subir l’attentisme. Il y a eu une embellie de plusieurs mois sur le marché international des hydrocarbures. On a même espéré qu’une fois de plus ce serait un marché pétrolier relevé qui va nous solutionner nos problèmes économiques. Mais les dernières hésitations du marché ont rendu cette hypothétique solution très problématique.

Dès lors, les hypothèses de prévisions qui, au début, étaient trop pessimistes, s’avèrent de plus en plus réalistes, comme baser le prix du baril à 50 dollars pour construire les projections de la loi de finances 2019. On ne peut pas reprocher aux décideurs leur réalisme et leurs exagération dans leurs attentes, ils ont été très pragmatiques. Par contre, ce qui est en jeu ici, c’est le fort immobilisme face aux dégradations de tous genres : faut-il continuer seulement à attendre que le pire se produise pour s’ajuster ?

Gérer c’est prévoir

Lorsqu’on est en charge de l’économie nationale on a le devoir de prévoir et d’agir. «Gérer c’est prévoir», disait un illustre auteur classique, le Français Henri Fayol. En stratégie, il est enseigné que lorsque la situation est trop incertaine, on planifie sur le scénario le plus défavorable. Et ce dernier est en train de se dérouler sous nos yeux. Une faible croissance qui se situe entre 2 et 3% couvre à peine une croissance démographique de la population (2,4%), qui nous situe parmi les 20 pays avec la plus forte croissance démographique au monde, devancés seulement par quelques pays africains et le Moyen-Orient.

Au moins dans ce classement-là on est performants. Une faible croissance économique, une forte expansion démographique, une fonte rapide des réserves de change et un déficit budgétaire qui n’a pas d’horizon d’équilibre, doivent nous inciter à prendre les mesures les plus rigoureuses possibles. On a en ce sens plusieurs alternatives, mais il faut beaucoup de volonté de la part des responsables économiques pour survire des chantiers prometteurs.

Nous sommes arrivés à une situation où il faut faire beaucoup de choses en même temps sans sacrifier le caractère social de l’Etat, car les réformes qui feraient fi de cette donnée rencontreront des résistances terribles. Si on laisse la situation persister ainsi vers 2022- 2023, nous irons à l’endettement international et à une situation où on va implorer encore le FMI de nous permettre de rééchelonner.

Et à ce moment-là, on va encore subir une perte de souveraineté nationale sur notre destinée économique. Il est encore temps de se ressaisir, mais par pour longtemps. Il nous faut agir vite, très vite.

Une première orientation serait de dévaluer le dinar par un flottement progressivement libéré. Cela n’empêche pas l’Etat, avec les ressources gagnées, de subventionner les produits de première nécessité. Nous devons aussi accélérer la construction du système d’information pour éliminer les subventions pour tous et les cibler uniquement sur les citoyens fragiles.

Troisième piste : améliorer le mode de fonctionnement de nos entreprises publiques et privées, ainsi que de nos institutions non économiques. Chose plus facile à dire qu’à faire ! Pourtant, ce n’est pas impossible. Nous allons fournir les grandes lignes des réformes managériales en ce sens ultérieurement. On doit vigoureusement agir ou se voir lentement périr. 

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