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Repères économiques

2019 : le calme qui précède la tempête

07 janvier 2019 à 10 h 29 min

Si un citoyen se préoccupait de ce qui lui arriverait économiquement cette année, il aurait peu de soucis à se faire. A moins qu’il ne soit jeune chômeur et dépourvu des qualifications demandées par le marché du travail.

Ce serait une année qui ressemblerait à tout point de vue à celles qu’ on a vécues depuis la chute des prix pétroliers de 2014. Très probablement !
Les lois économiques sont probabilistes.

Elles sont loin d’être déterministes. Il y a toujours une chance qu’un événement imprévu se produise et altère le fonctionnement d’un système économique. Par exemple, l’élection américaine de 2016 a chamboulé le fonctionnement du paysage économique mondial.

Le consensus sur les bienfaits de la globalisation s’est largement fissuré et de nombreuses interrogations demeurent quant à son avenir. L’idée selon laquelle l’ouverture économique par elle-même et pour elle-même induirait plus de prospérité pour tous est largement remise en cause par des géants du libre-échange (Etats-Unis, Brésil, etc).

On n’exclut jamais un revirement des politiques économiques qui pourraient orienter l’économie sur la trajectoire de l’émergence ou des détériorations graves. Mais depuis 2014, nous disposons de suffisamment de données et de pratiques de politiques économiques pour faire des pronostics des plus fiables.

Nous avons eu deux phases de riposte aux politiques économiques. La première pourrait être appelée un «cadrage graduel de retour vers l’équilibre budgétaire et de celui de la balance des paiements». La seconde consiste à un retour aux dépenses d’équipement, mais à des niveaux beaucoup moins conséquents que lors du lancement des fameux plans de relance.

Aujourd’hui, la philosophie économique devient de plus en plus précise. Elle permet une lisibilité des politiques économiques et des comportements des agents sur le court terme. Malheureusement, les conséquences de cette doctrine ne sont pas faites pour nous inspirer une grande confiance en l’avenir.

Continuité dans l’immobilisme

De nombreuses institutions s’agitent, produisent des projets intéressants, des agents économiques investissent dans de nombreuses wilayas, des administrations essayent d’innover et de faciliter, des idées qui fusent pour aller vers plus de décentralisation, de responsabilisation, de développement local et le reste. Ceci donne l’impression d’une puissante dynamique économique qui va extirper le pays de sa torpeur.

Plusieurs décideurs publics se basant sur ces observations de tous les jours prédisent que la situation économique et sociale est sur le point d’être maîtrisée. Il nous faut juste continuer à faire ce que nous faisons et nous arriverons à un équilibre sectoriel dans tous les domaines.

La crise du logement sera derrière nous, l’emploi va s’améliorer et l’inflation va être maîtrisée. Baser ses jugements sur des faits et des anecdotes est souvent trompeur.

On n’a pas de repères d’analyse. Dans une nation, il y a toujours de nouveaux développements, des investissements, des projets qui se montent et des améliorations légères des processus de gouvernance.

Mais on ne peut répondre à la question suivante : les investissements, les créations d’entreprises, les améliorations sont-elles suffisantes en nombre et en qualité pour contrecarrer la démographie, l’amélioration de la productivité des autres nations et améliorer le bien-être des citoyens ?

Les citoyens ont des repères tout à fait différents. Leurs salaires figés au moins depuis 2013 supportent annuellement des inflations qui sont d’au moins 4 à 6% en fonction des chiffres officiels. Leur perception est que l’inflation est beaucoup plus élevée que cela.

Le pessimisme ambiant prospère. Le nombre de «harraga» est en nette progression. La croissance économique postulée dans la loi de finances 2019 de 2,6% est réaliste, mais peut s’avérer exagérée. Elle couvre à peine la croissance démographique de 2,4%. Nous sommes particulièrement au bord de la stagnation.

La loi de finances 2019 consacre la continuité. On sait que les politiques macroéconomiques continues sont une bonne chose pour l’économie et surtout les investissements. Mais une continuité dans la mauvaise direction n’est pas souhaitable.

Les réserves : variable d’ajustement

Lorsque les éléments d’une entité bouge, on peut être dans une des trois situations : recul, sur place ou avancée. Nous n’avons pas encore atteint la situation où l’ensemble économique va reculer avec des conséquences économiques et politiques dramatiques. Nous avons à peu près jusqu’à 2023 pour courir ce risque. Pour le moment, on fait surtout du surplace. Les citoyens n’ont rien à craindre de 2019.

Ce serait une autre année d’immobilisme. Il y aura les logements distribués, des prix des produits de base subventionnés, des investissements agricoles, industriels et de services, mais accompagnés d’une quasi- stagnation ou légère détérioration du niveau de vie. On aura toujours cette dualité. Les décideurs publics auront l’impression d’avancer lorsqu’ils auront en face d’eux cette dynamique.

Les citoyens auront l’impression de reculer, vu la lente dégradation du pouvoir d’achat. Mais en réalité, le système fait du surplace. Nous aurons besoin de prendre plus de risques, de tenter autre chose et de bouger dans la bonne direction (éviter l’effet brownien).

Il y a beaucoup de correctifs à emmener. Nous ne pouvons pas les citer tous. Ils sont nombreux. Mais l’immobilisme nous a envahis.

On fait les mêmes choses chaque année. On laisse les réserves fondre comme neige au soleil. Il faut développer une meilleure doctrine des dépenses publiques.

Pour le moment, ce sont les réserves qui sont en train de venir à notre secours pour éviter un effondrement du système économique et social. Tant qu’on n’aura pas déconnecté l’économie des réserves, nous serons dans un système peu viable.

Connaissant la variabilité et les futurs risques qui pèsent sur les prix de l’énergie (schiste, renouvelable, voitures électriques, etc.) nous avons intérêt à abandonner l’immobilisme.

Il est temps de finaliser le système d’information pour revoir les subventions, orienter les ressources vers les entreprises performantes et les créations nouvelles, revoir la doctrine de financement des infrastructures et mettre plus de ressources dans les facteurs-clés de succès : développement humain, industries de la connaissance, innovation, modernisation managériale, etc.

Les citoyens n’ont rien à craindre pour 2019. Les réserves sont là pour les sauver. Mais à l’horizon 2023, on aura beaucoup à craindre.

 

Par Abdelhak Lamiri

PH. D en sciences de gestion

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