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mercredi, 21 novembre, 2018
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Audin, la leçon d’histoire

14 septembre 2018 à 19 h 56 min

Audacieux geste et salutaire vérité. Au bout de soixante et un ans de cruelle attente et d’un long et inlassable combat, la France officielle reconnaît enfin sa responsabilité dans l’une des séquences les plus tragiques de la Guerre d’Algérie.

Celle de l’assassinat du jeune mathématicien, communiste et militant indépendantiste Maurice Audin, en juin 1957. Plus qu’une évolution dans le discours sur la Guerre d’Algérie. Une rupture dans le rapport qu’entretenait la France à son passé colonial, qui lui permettra de le regarder en face.

En faisant porter la responsabilité à l’Etat français dans l’exécution de Maurice Audin, rendu possible par un système politique qui «s’est institué sur un fondement légal», la déclaration du président Emmanuel Macron signe la fin d’un déni historique. Elle abolit la loi du silence et répare une insupportable injustice infligée à la famille Audin. Cette décision prise en ce vendredi 14 septembre est d’une portée historique ; une avancée considérable dans la réparation des mémoires profondément traumatisées. Parce que l’assassinat de Maurice Audin est «représentatif du système colonial», comme n’a jamais cessé de le marteler Pierre Vidal-Naquet, un des intellectuels grâce à qui «l’affaire Audin» n’est pas tombée dans l’oubli.

La reconnaissance officielle de l’Etat français de la mort du jeune militant anticolonialiste ouvre indéniablement une nouvelle page de l’histoire de la Guerre d’Algérie. Elle aidera à un travail de mémoire avec lucidité. Elle doit être fondée sur le devoir de vérité et non pas sur les vociférations des nostalgiques qui ont longtemps retardé l’éclatement de toute la vérité historique.

Cependant, il faut souligner que cette reconnaissance solennelle s’adresse d’abord aux Français car la colonisation et la Guerre d’Algérie pose un problème éthique, philosophique et politique à la France, et ce qu’elle entend incarner comme valeurs universelles. Il va sans dire que ce geste aura un impact positif certain sur les relations entre les deux rives de la Méditerranée. Néanmoins, Maurice Audin et ce qu’il symbolise pour notre mémoire nationale doivent nous interpeller plus que jamais. Si en France, il a été jeté dans l’oubli, en Algérie, il n’a pas été non plus présent.

C’est le grand absent. Comme les Iveton, Maillot, Laban, Fanon, Timsit et beaucoup d’autres militants indépendantistes chrétiens et juifs, il n’est pas porté au panthéon national. Le combat de ces Justes n’est pas enseigné dans nos écoles. Des générations entières d’Algériens ont été privées de cette histoire. Sans doute par choix idéologique qui devait imposer une conception étroite et exclusiviste du récit national. N’eut été l’apport de quelques historiens et de certains acteurs de la Révolution, ces héros bien algériens seraient définitivement effacés y compris des rares rues qui portent leurs noms. Le travail de réappropriation de notre mémoire historique doit être également engagé et avec courage en Algérie. C’est la grande leçon d’histoire que doit nous inspirer Maurice Audin.

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