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dimanche, 17 février, 2019
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Comment rester calme en 2019 avec un dinar qui menace de dévisser ?

11 février 2019 à 11 h 00 min

Le dinar a perdu le tiers de sa valeur sur le marché parallèle depuis 2015. Sa dépréciation s’est ralentie au 2e semestre 2018. Les incertitudes sur le sort politique de l’après-Bouteflika, non réglé par le système, peuvent-elles relancer les anticipations préventives face à un risque de chute de la confiance dans le dinar ?

Une chose paraît certaine. Il est risqué de conserver une épargne importante en dinars algériens les prochains mois si elle n’est pas fortement rémunérée en dépôt bien au-dessus du taux d’inflation de l’ONS. Ces produits rémunérateurs n’existent pas, et même le coupon souverain de l’emprunt obligataire pour croissance de 2016 n’a pas réussi à capter de grands flux d’épargne privés avec son taux à 5,75 (à 5 ans).

La perspective d’une nouvelle dépréciation plus rapide et plus forte de la monnaie nationale, à la fois par le taux officiel et par celui du marché parallèle, est une probabilité de plus en plus considérée dans le contexte de cette année 2019 de toutes les incertitudes.

Les ménages n’ont, en gros, que deux recours pour anticiper la perte du pouvoir d’achat de leur épargne en dinars : les devises étrangères pour l’épargne courte, et l’immobilier pour l’épargne longue.

Des signes de marché montrent que le refuge dans les devises a pris le pas sur le placement dans la pierre. Ils ont besoin d’être étayés pour dégager un modèle de comportement standard de prévention des ménages face à la crise qui arrive et à son corollaire, la dépréciation de la monnaie nationale.

La transformation de l’épargne dinars en devises étrangères L’évolution mise à jour des dépôts dans les comptes devises individuels en 2017-2018 contribuerait à mesurer le nouveau cycle de l’épargne : cession de biens ou captation de revenus en dinars, change sur le marché parallèle, dépôt en devises, décaissement décalé des devises pour une dépense en dinars dépréciés entre-temps à l’achat, nouveau départ de cycle avec une cession ou un revenu en dinars aussitôt bancarisé ou thésaurisé à la maison en devises.

Ce cycle de l’épargne courte menace de s’accélérer en fréquence et en flux si la baisse de la confiance dans la monnaie nationale en 2019 déclenche une vague d’anticipation sur sa dévaluation annoncée. L’anticipation va, elle-même, créer les conditions d’une tension plus forte sur l’offre de devises sur le marché parallèle et donc, dans un cercle vicieux, alimenter un peu plus la dépréciation redoutée du dinar.

Tant que le pouvoir d’achat des Algériens n’est pas entamé sérieusement par l’inflation et le chômage, les dépenses en dinars continueront à empêcher un emballement du cycle du refuge dans les devises. En Amérique latine, les séquences de crise économique passent souvent par la case de la dollarisation de l’économie.

L’économie algérienne est clairement sous la menace d’une «Eurosisation» des transactions, stade ultime de l’emballement du cycle de l’épargne courte, qui devient un mode de paiement sécurisé, protégé de l’inflation et de la dépréciation rapide de la monnaie nationale.

Nous n’y sommes pas, bien sûr, en Algérie avec 78 milliards de dollars de réserves de change. Mais nous y pensons déjà. Et ce n’est pas la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat qui va réduire le stress d’un naufrage de la monnaie nationale.

L’épargne longue dans l’immobilier est exposée à un effet bulle dont l’éclatement se diffère d’année en année. La trappe des économies placées dans la pierre peut se refermer à tout moment sur des centaines de milliers d’épargnants en Algérie.

De plus en plus de spécialistes jugent qu’il existe géographiquement, et dans certaines gammes de produits, une bulle du logements qui s’est lentement formée depuis dix ans. Elle signifie que les prix moyens du logement ne peuvent plus monter, et qu’ils peuvent même baisser sur certains produits largement disponibles. L’éclatement de cette bulle de l’immobilier a très probablement été retardé par l’effet de recherche de placement de l’épargne longue.

Une théorie académique existe depuis 30 ans (professeur Souak), selon laquelle la bureaucratie bourgeoise qui tient le pays a construit son patrimoine sur la crise du logement et a structurellement besoin d’entretenir un marché haut du m2 car il s’agit de sa 1re rente hors émargement à la rente énergétique.

Cette même bureaucratie a dû maintenir également un pacte social pour prolonger les années Bouteflika. Cela est passé par la distribution à large échelle du logement soutenu. Et de proche en proche à la naissance d’une bulle de l’immobilier aux contours décrits plus haut.

La barrière à l’entrée pour placer ces économies dans la pierre reste donc élevée. Les revenus escomptés par la revente ou par la location sont exposés à la menace de la stagnation, voire de la baisse en valeur absolue. Le placement dans l’immobilier devenant moins attractif, voire pire, moins sécurisant, la tension sur le marché devise, et sur le cycle de l’épargne courte, en grandit mécaniquement.

Seuls les grands comptes de l’économie peuvent réguler les deux cycles en faisant d’autres anticipations en prévention d’un dinar en chute. D’autres anticipations ? Investir dans des actifs industriels et dans des filières dynamiques pour «assécher» leur trésorerie, et miser sur un cycle vertueux : la douce valorisation des actifs d’entreprise dans un monde de brutes.

On ne l’aura peut-être pas compris d’emblée, cette chronique suggère aux lecteurs de ne pas paniquer face aux risques de dépréciation du dinar. Et donc de ne pas faire les mêmes anticipations grégaires des autres. Placer son épargne courte dans la devise étrangère protège individuellement de la perte de pouvoir d’achat tendancielle du dinar.

Mais accélère collectivement cette tendance à la dépréciation de son revenu originel (en dinars). C’est donc une mauvaise anticipation. Celle qui utilise la pierre comme refuge contribue à entretenir une bulle qui absorbe inutilement des ressources qui pourraient, dans l’intérêt général, être mieux utilisées dans d’autres filières (économie du savoir par exemple) plus profitables au développement du pays, et donc à ses propres revenus en dinars.

Un système ordinaire de collecte et d’emploi de l’épargne domestique ne reposerait pas que sur le guichet bancaire. En Algérie, il est orphelin d’un vrai marché financier qui serait le lieu d’une diversification dynamique des offres de produits de placement.

La pression sur le dinar au marché noir des devises baisserait (un peu plus si la convertibilité commerciale était élargie un peu plus). Les rentiers de l’immobilier n’y avaient pas intérêt il y a quelques années. Aujourd’hui, même eux devraient y réfléchir.

La bulle explosera plus vite si l’épargne continue à dormir dans la pierre. Il manque juste une gouvernance suffisamment «anticipative» pour organiser cette diversification des produits de placements qui pourraient soutenir la parité du dinar et éviter le scénario de l’Eurosisation qui pend au nez de l’économie algérienne. Une gouvernance qui anticipe ? Un peu blasphématoire d’en parler cette semaine.

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