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mardi, 07 décembre, 2021
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Une com à vau-l’eau qui nous rappelle… cheb Mami !

28 novembre 2020 à 10 h 10 min

Pendant que le citoyen lambda ne sait plus comment jongler avec son maigre budget pour se procurer, à lui et sa famille, une bavette à plus de 50 DA l’unité, ça ne semble pas marcher fort au sommet de l’Etat avec la double crise, politique et sanitaire que nous vivons.

La maladie du Président, le forçant à une absence prolongée, et l’accélération de la pandémie de la Covid-19, qui fait de plus en plus de victimes, mettent les responsables hiérarchiques véritablement sur le gril. Mais dans ce contexte de vide flottant sur le pays et grippant ses rouages décisionnels, c’est le manque d’initiative et de communication qui se révèle être pour l’heure le problème le plus épineux.

Aussi bien concernant la stratégie de lutte contre le coronavirus et les conséquences de sa propagation, que pour le mystère qui entoure le bulletin de santé du chef de l’Etat, les Algériens ont l’impression qu’ils sont mal informés, et pire que ça, que des choses pas bonnes à savoir leur sont dissimulées. Les chiffres de la Covid-19, avancés par les officiels, ne sont pas pris à la lettre, tandis que la rumeur sur la situation médicale du Président a trouvé un terrain favorable pour meubler l’espace… et les esprits, avec de sombres projections sur ses capacités à poursuivre sa mission.

Et que dire, sur un volet plus stratégique qui relève de l’action psychologique, des brèches laissées béantes à la propagande souterraine et sans cesse alimentée par nos voisins de l’Ouest pour fragiliser encore plus le pays. Dans cet intervalle de flou total et de fausse sérénité affichée par les instances, le gouvernement peine visiblement à trouver ses marques, à se mettre à la hauteur des défis qu’il s’est lui-même tracés. Agissant comme un électron libre au milieu d’un dispositif hiérarchique épars et invisible mais détenant l’essentiel du pouvoir, l’Exécutif dirigé par Djerad marque le pas en ces temps de crise où rien n’est clair et où tout paraît aléatoire.

De surcroît, dans une liste pléthorique de portefeuilles, seule une poignée de ministres est sollicitée par les événements (presque toujours les mêmes), et se trouve donc plus exposée par rapport à l’ensemble de l’équipe. L’absence de programmes coordonnés pour chaque secteur dans le cadre d’un plan de développement global où toutes les énergies doivent être mises à contribution pèse sûrement sur la participation collective, même si la part de la Covid dans le ralentissement des activités est réelle.

Ainsi, plusieurs ministres occupent un bureau mais ne trouvent pas grand-chose à faire, sinon quelques rares sorties d’inspection organisées sous l’œil des caméras télé pour rappeler leur existence. Ils ont un titre, un salaire, mais leurs productions restent très insignifiantes au niveau de leurs zones d’intervention. Sans vouloir accabler les quelques membres qui font des efforts pour maintenir le bateau à flot, le gouvernement actuel donne, selon de nombreux observateurs avisés, l’image d’une institution accessoire qui rame à contre-courant, alors qu’on l’espérait plus offensif, plus «agressif» pour rétablir l’espoir des Algériens.

On le pensait, en tout cas, suffisamment alerte pour aiguiser l’arme la plus efficace à même de surmonter les équivoques et les faux-fuyants, à savoir une communication intelligente, rationnelle, transparente et bien orientée pour rendre l’action gouvernementale plus perceptible et ramener l’intox ravageur à sa portion congrue.

Mais cela n’a pas été le cas. L’information qui lui appartient reste sclérosée et stérile face à la «guerre médiatique» qui lui est livrée de l’extérieur. Il faut prendre, à ce propos, au sérieux la récente déclaration de Abdelaziz Rahabi quand il dit que «la communication sociale dans notre pays est excessivement polluée par les interférences étrangères».

L’ex-diplomate a tenu à dénoncer «l’intervention remarquée de nombreux pays sur la Toile algérienne qui jouissent d’une production imposante et s’adonnent à la désinformation, alors que nous ne produisons pas beaucoup, la production existante étant selon lui concentrée sur les affaires intérieures, outre qu’elle est malheureusement dominée par l’invective, l’insulte et la diffamation». Soulignant que nos médias ont un impact très limité à l’étranger, il ajoute que «nous avons besoin d’un secteur de la communication qui soit au diapason de notre diplomatie et des positions de l’Etat par rapport aux questions internationales».

Constat d’une vérité crue qui vient d’une personnalité politique dont la crédibilité intellectuelle et diplomatique n’est plus à démontrer. La communication, clé de voûte du système, est donc au centre de la tourmente en raison de son inefficacité aussi bien pour les besoins du rayonnement médiatique intérieur que pour la consommation extérieure où elle doit être constamment en éveil et prête à la riposte. Dans ce cas de figure, si les attaques répétées du Makhzen à travers notamment les médias électroniques arrivent plus ou moins à s’incruster, c’est parce qu’en face la réplique est insignifiante voire infructueuse. C’est l’une des grandes failles de notre politique communicationnelle. Et elle n’est pas la seule.

Mais comment peut-on concevoir une «Nouvelle République» avec un système de communication manifestement archaïque qui manque terriblement de cohérence et de sens d’anticipation ? A vrai dire, plus que le ministère dont l’influence reste purement technocratique, c’est la cellule présidentielle de communication, centre de pilotage stratégique d’où devraient jaillir les idées novatrices et les orientations pertinentes qui se trouve dans le viseur. Et pour cause, depuis son installation, celle-ci n’a jamais été en mesure de «révolutionner» le paysage médiatique en l’adaptant aux nouvelles contingences politiques et sociétales.

Reprenant les mêmes méthodes, les mêmes modes de pensée qui ont dominé jusque-là, elle resta prisonnière d’un conservatisme intransigeant qui empêcha toute évolution de la sphère communicationnelle. Tout portait à croire pourtant qu’après l’ère Bouteflika fondée sur la mystification et le fricotage, celle de Tebboune comme promise allait s’articuler sur des valeurs de rigueur et de transparence pour rétablir un tant soit peu le lien de confiance, brisé par des années d’artifices et d’imposture, entre les citoyens et les institutions.

Le peuple ayant trop souffert du mensonge, de la tromperie et de la démagogie érigés en mode de fonctionnement dans les structures étatiques, il lui fallait un tout autre visage de la transmission et de l’interactivité pour le convaincre que la volonté de changement est bien ancrée dans la tête des décideurs. Le chef de l’Etat lui-même affirmait que le pouvoir en place n’a rien à cacher et qu’œuvrer dans la clarté et l’esprit de coordination est pour lui une règle intransigeante.

Il était sûrement loin de penser que sa belle prophétie allait rester à l’état d’un engagement théorique. Cette structure a failli en faisant preuve d’un amateurisme affligeant dans les grands moments de tension.Manque de courage politique ou incompétence ? Toujours est-il que le bilan est aujourd’hui plus que décevant par rapport aux projections… démocratiques. Il faut quand même dire qu’en dépit des petits ratés constatés par-ci par-là et attribués à la phase de rodage inévitable, la cellule de la Présidence pouvait compter sur un personnel ne manquant pas d’expérience.

Elle disposait à cet effet d’un effectif aguerri sur lequel reposait la mission de transformer l’intérêt de la communication officielle en fonction de la volonté présidentielle et de lui donner une dimension à la mesure des objectifs visés. La ligne à suivre paraissait claire : le Président voulait une communication plus ouverte sur les réalités du pays, plus dynamique pour convaincre et faire adhérer les esprits récalcitrants. L’ambition était là, les moyens aussi, de même que la matière grise. Mais au bout d’une année, la déception générale a supplanté les belles aspirations. Au sein même de la structure, des antagonismes latents entre les principaux animateurs virent le jour.

Deux d’entre eux furent limogés dès les premiers mois. Le responsable qui est en même temps porte-parole de la Présidence fut victime quand à lui d’un AVC et mis dans l’obligation de déserter la place, transporté d’urgence dans un hôpital parisien. Les deux restants se retrouvent bien isolés face à l’ampleur de la situation, avec des visions difficilement conciliables, dit-on. Conséquences : au lieu d’être opérationnelle et transcendante sur les événements, cette communication s’avéra d’une apathie lamentable. Entre la maladie du Président et la propagation meurtrière de la pandémie, elle se mit à nu. Dissimulation, mensonge, manipulation ce sont les seuls recours qu’elle choisit pour affronter la réalité.

C’est ainsi que rien de précis n’a pu filtrer sur l’état de santé de Tebboune sinon quelques communiqués sporadiques et laconiques pour dire que son rétablissement serait en progrès. S’appuyant pour cela sur l’avis du fils du Président, comme s’il s’agissait d’une certification autorisée qui nous a rappelé le «Il va bien» de Cheb Mami pour rassurer sur l’état de santé de Bouteflika. Après une hospitalisation d’un mois dans un établissement spécialisé en Allemagne, la Présidence n’eut ainsi pas le moindre réflexe pour présenter aux Algériens un bulletin médical signé par les médecins traitants.

Elle laissa à la chaîne qatarie El Djazeera le soin de nous informer «qu’un rapport médical final est en préparation», ce qui relève tout simplement du psychodrame. Par ailleurs, après le président de l’APN, c’est au tour du n° 1 du Sénat de nous annoncer «le retour imminent» du Président, sans autres précisions.

Sans images, sans arguments scientifiques. Le vocable est biaisé. Il cherche même à s’exonérer en se permettant quelques triturations des dépêches de l’APS. Ouf ! ça fatigue, et on ne sait plus si on doit pleurer ou en rire.


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