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« Tout est meilleur chez nous »

02 avril 2020 à 9 h 30 min

On attendait de «grandes mesures» de la part du président de la République pour limiter au maximum la propagation du coronavirus dans notre pays et, bien sûr, pour stopper autant que faire se peut le nombre des décès qui en découlent.

Des mesures sanitaires d’abord, comme la généralisation du confinement et sa planification avec des barrières de protection beaucoup plus strictes ; sécuritaires ensuite, qui devraient imposer une rigueur plus coercitive envers les contrevenants aux règles de discipline et de civisme.

On eut droit à la réaffirmation d’une politique de l’Etat principalement centrée sur l’aspect préventif, avec une série de recommandations plus ou moins pertinentes, empruntées davantage pour solliciter l’effort de solidarité des Algériens et faire appel à leur degré de conscience dans ce combat pas du tout évident contre l’épidémie.

La morale est une chose et peut servir comme arme de sensibilisation pour convaincre les esprits retors qui, décidément, sont encore nombreux à croire que le coronavirus reste un danger imaginaire qui ne touche que les autres, mais c’est avec une organisation implacable et un dispositif inflexible dans la prise en charge sanitaire et médicale du fléau, accompagnée par des décisions sécuritaires applicables sur le terrain des opérations, que l’on peut espérer obtenir des résultats nettement plus probants face à cette terrible maladie.

Le Président a paru, dans cet ordre d’idée, plus à l’aise dans son intervention pédagogique en mettant en garde contre les actes inconscients, relevant généralement d’une tendance comportementale portée sur l’indiscipline et le rejet systématique de tout ce qui émane de la sphère officielle. Manque de confiance ou esprit rebelle, toujours est-il que ces franges réfractaires de la population, recensées un peu partout à travers le pays, portent d’abord atteinte à leur propre santé, ensuite évidemment à leur proche entourage familial qui, souvent, s’astreint à une contrainte infernale et prend toutes les précautions d’usage pour éviter la contamination. Parfois, une simple négligence tout à fait banale peut, en la portant à autrui sans le savoir, coûter la vie à des personnes qui se sentaient en sécurité en se protégeant et en respectant scrupuleusement les règles sociétales admises en pareille situation de crise sanitaire.

C’est à ces personnes «non conventionnelles» que Tebboune s’est adressé, avec une propension flagrante à montrer qu’il est du devoir de l’Etat de les rappeler à l’ordre et de sanctionner à l’avenir tout manquement à l’autorité, mais en laissant croire en même temps que dans l’insuffisance (ou l’anarchie) qui caractérise un tant soit peu la gestion de l’épidémie, la responsabilité incombe entièrement à ces récalcitrants qui bravent les interdits et jamais aux services concernés des institutions étatiques. Il a d’ailleurs fait montre d’une suffisance qui en a étonné plus d’un en affirmant que dans cette guerre contre le coronavirus, l’Etat va parr à toute éventualité et dispose de tous les moyens nécessaires pour répondre ; le seul couac restant, selon lui, contre lequel il est difficile d’intervenir relève directement du peu d’égard que l’on accorde à la prévention. La prévention, c’est la solution à cette dure épreuve, et on n’a qu’à l’appliquer convenablement pour voir le tableau retrouver des couleurs.

En tout état de cause, les Algériens attendaient de leur Président une approche beaucoup plus réaliste de cette conjoncture dans laquelle ils se sentent peu rassurés. Le manque de vision politique, de prospective scientifique pour la défense de la santé publique, de profondeur dans les propos de sensibilisation pour tranquilliser les populations sont autant d’éléments vitaux qui ont manqué à la communication, via les mêmes têtes représentant la presse nationale, du chef de l’Etat qui, en apparence, n’avait pas de réponse à formuler quant à l’inquiétude grandissante des Algériens concernant l’amplification, de jour en jour, de la maladie. Le nombre de cas positifs et celui des décès sont en augmentation sensible et l’impression générale des citoyens est que le gouvernement, malgré les dispositions de confinement partiel, n’arrive pas à juguler de manière significative la propagation du fléau.

A Blida, wilaya où le confinement est intégral, les statistiques dramatiques ne baissent pas. Ceci laisse à penser, sans vouloir sombrer dans le dénigrement systématique, que quelque chose cloche dans la machine préventive ou protectionniste. Aux discours rassurants des gouvernants martelant que toutes les conditions sont réunies pour lutter efficacement contre cette agression virale qui nécessite pourtant des dispositifs médicaux très pointilleux et bien orchestrés, des voix s’élèvent du milieu hospitalier pour crier leur désarroi devant le peu de moyens dont dispose le corps médical dans ses diverses missions d’intervention.

La récente visite du Premier ministre au principal centre hospitalier de la ville des Roses, au lieu d’apporter des réponses claires aux multiples besoins exprimés dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, a montré que ce «déclassement» du corps médical est bien réel à travers l’image véhiculée montrant les membres du gouvernement bien mieux «protégés» par leurs combinaisons que les médecins qui se trouvent en première ligne. Les images de la sorte font le buzz et les Algériens savent apprécier ce qui est contreproductif.
Cela dit, la gestion de la crise sanitaire s’évalue aussi sur les pendants de la vie sociale avec une mauvaise organisation des approvisionnements, comme le démontre l’impétuosité qui singularise la question du ravitaillement.

En somme, rien ne sert de dire que l’Algérie a des médecins de renommée mondiale, des épidémiologistes de pointe, des équipements et du matériel pour les tests et les traitements aussi performants que ceux de l’Europe, des réserves alimentaires suffisantes pouvant tenir plusieurs mois, une économie qui ne s’effondrera pas malgré la chute du baril du pétrole si, dans le vécu, le constat est plutôt morose. La stratégie de la suffisance dans une période de trouble n’est jamais porteuse.

Elle accentue les craintes et les dérives comportementales des individus. Seule la transparence et le débat de vérité sont payants. Tebboune a conclu qu’il est homme à accepter la critique, sinon «ce serait la dictature». Il serait ainsi peut-être temps pour le gouvernement de revenir à une appréciation plus objective de la situation, seule réaction pouvant atténuer les tensions et mettre tout le monde devant ses responsabilités. Sinon, en attendant le pic de la contagion au coronavirus qui fera des dégâts d’ici là, le rideau de l’incertitude sera encore plus compact.

 

 


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