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Tebboune pourra-t-il freiner les gaspilleurs ?

27 février 2020 à 9 h 30 min

Il est un fait que nos dirigeants comptent certainement parmi les plus «dépensiers» dans le monde. En ce sens qu’ils n’ont aucun scrupule à financer le futile au détriment du productif pour valoriser leurs mandats, et assurer la longévité de leurs carrières. Les Algériens n’ont pas besoin de se référer à un quelconque classement international en la matière pour se persuader que leurs gouvernants sont de grands prévaricateurs de l’argent public.

Ces derniers, en effet, en l’absence d’un contrôle strict des dépenses publiques, ont un penchant immodéré pour tout ce qui est clinquant, ostentatoire, qui leur donne l’impression d’être importants, et même puissants vis-à-vis du regard de la population. Pour le déplacement d’un ministre ou d’un wali lors d’une banale visite d’inspection d’un chantier à inaugurer ou qui accuse un énorme retard dans les prévisions de réalisation, on retient généralement une délégation d’une quarantaine de personnes – dont la moitié n’est là que pour faire de la présence – auxquelles il faudrait une file d’une vingtaine de voitures luxueuses pour les transporter.

Un énorme caravansérail très coûteux pour l’administration qui l’organise pour une mission qui en réalité aurait pu se tenir avec trois fois moins de frais et de personnel. Mais qui pense à ce moment-là à l’argent du contribuable dont l’utilisation pourtant reste excessivement centrée sur le superficiel ? Si dans les grandes villes ce type de cortège ministériel ou autre qui a fini par entrer dans les mœurs des agendas de nos dirigeants passe plus ou moins inaperçu, il provoque un tout autre effet dans les contrées rurales où les artifices des représentants de la «houkouma» ne peuvent être considérés comme des privilèges. Tous ces messieurs en costume et col blanc sont dans leur élément et à travers eux c’est la grandeur de l’Etat qui est diffusée. Les administrés n’ont autre chose à faire que bien accueillir ces bureaucrates arrogants dans l’espoir que leurs brèves incursions soient porteuses de résultats concrets.

Ce qui n’est pas toujours le cas malheureusement, car derrière ces visites programmées souvent selon un calendrier répondant à des impératifs précis (élections, promotion), il reste toujours un certain goût d’inachevé qui devient très amer avec le temps. Car, faut-il le dire sans détour, la plupart des engagements, proférés souvent sous les feux des caméras, avec un aplomb extraordinaire et dans un cérémonial fastueux, restent lettre morte. Le tronçon de route n’avancera pas, la première pierre d’un édifice ou d’un projet culturel ne sera pas suivie par d’autres. Sur le papier, on avait des esquisses industrielles, agricoles ou universitaires qui faisaient pâlir de joie les populations à qui les ouvrages étaient destinés, mais une fois confrontées à la réalité du terrain, c’est la grande désillusion qui s’installe chez ces dernières et transforme leur fierté en dépit, en colère. Que sont devenus les beaux serments des bureaucrates ?

De simples plans qui retrouvent leur place dans les tiroirs en attendant d’être revisités un jour. Entre-temps, les mêmes gouvernants ne s’arrêtent jamais de s’adonner aux mêmes rituels des visites d’inspection stéréotypées et aux contours conventionnels, semant frustrations et amertumes, et récoltant au passage de maigres satisfactions avec, dans le lot des opérations inscrites, la réalisation, enfin, d’un projet sur lequel on ne cessera de revenir pour montrer qu’un ministre, un wali ou un quelconque commis de l’Etat est tout sauf un cancre. Cela dit, ce sont toutes ces pratiques prédatrices de l’argent public qui caractérisent le Système avec un grand S aujourd’hui dénoncé et combattu avec force par le mouvement citoyen pour en finir à jamais avec la légèreté et l’incompétence dont font preuve certains responsables dans leur gestion des affaires publiques.

Et c’est à ce genre de comportement méprisant envers les deniers publics qu’a voulu s’attaquer Tebboune en réunissant les walis, notamment pour informer ces derniers, et à travers eux tous les responsables qui font tourner les institutions, qu’à l’heure où l’Algérie a besoin de compter ses sous, les trains de vie fastueux et incontrôlés ne devront plus avoir cours. Il n’est certes jamais trop tard pour bien faire, mais les dérives financières des représentants de l’Etat ont toujours existé et plus grave n’ont jamais été astreintes à une rigueur dans la dépense qui obligerait les destinataires des enveloppes budgétaires à rendre des comptes lorsque la gestion est fantaisiste et improductive.

En somme, aucun contrôle sévère, et donc une impunité totale qui encourage l’attitude libertaire des gestionnaires. Pour signifier à son auditoire que cette ère de prodigalité synonyme de gaspillage est bien finie, le Président n’a pas trouvé mieux à suggérer aux walis que pour économiser l’argent public, ils devront songer réduire à l’essentiel les membres de leurs délégations, et à effectuer leurs déplacements en… bus. Populisme quand tu nous tiens, mais enfin ça pourra toujours servir à montrer que lorsqu’on est soucieux des deniers publics, on peut faire l’effort pour se résoudre aux sacrifices.

Et qu’on se le dise, ce ne sont pas des broutilles qui seront récupérées si les dirigeants appliquent à la lettre les règles de l’austérité qui ne se limitent pas seulement aux visites d’inspection mais s’exercent sur une large panoplie d’activités officielles dans lesquelles les responsables se sentent bien quand ça scintille de partout et ça ripaille sec dans les réceptions. La mise en garde du premier magistrat gagnerait cependant à être appliquée au niveau des grandes entreprises et sociétés étatiques où les gestionnaires font parfois des folies avec l’argent public. Celui de l’une d’entre elles dont on taira le nom pour le moment et qui pourra faire l’objet d’un article approprié tant le gaspillage y est particulièrement effarant, incite à un contrôle plus drastique.

C’est une société dont le produit est vital pour notre vie domestique. Son PDG fait aujourd’hui comme si les caisses du Trésor public regorgent. Apparemment narcissique et adorant le luxe tapageur, il se permet de dépenser une somme astronomique (on parle de 17 337 327,88 da) pour la réfection de la villa mise à sa disposition par la société alors que celle-ci était déjà d’un standing appréciable, de relooker à coups de millions de dinars deux immeubles du siège où il prévoit le réaménagement de tout un étage pour ses bureaux avec salle de sport, jacuzzi et… ascenseur privatif. Les services de la Présidence devraient vraiment jeter un œil sur les finances capricieuses de cette société qui peuvent la mener dans un gouffre.



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