Tabou, mystère et... top secret | El Watan
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jeudi, 03 décembre, 2020
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Tabou, mystère et… top secret

14 novembre 2020 à 10 h 45 min

La Grande Mosquée d’Alger a été inaugurée sans lui, la nouvelle Loi fondamentale a été amendée et avalisée par le Conseil constitutionnel n’attendant que sa signature pour entrer officiellement en vigueur, le confinement a été resserré avec la reprise foudroyante de la pandémie, une dizaine d’incendies de forêt sont mystérieusement déclarés, la revue El Djeich qui continue de nous mettre en garde contre un danger intérieur et extérieur imminent… à part ça, rien de spécial.

Aucun alarmisme, aucune panique.Tout semble marcher dans une parfaite atmosphère de quietude, comme si l’avion Algérie est mis sur pilotage automatique en l’absence de son commandant de bord. Avec cette assurance de surmonter toutes les zones de turbulences.

Nous bouclons pratiquement le mois de son absence et le président de la République n’est toujours pas revenu aux affaires. Atteint de Covid-19, il continue de se faire soigner dans un hôpital prestigieux en Allemagne.

Quel est, aujourd’hui, réellement son état de santé après une prise en charge urgente et jugée sérieuse ? Nul ne le sait. Malgré les communiqués rassurants des officiels, il y a comme une défiance sur sa véritable situation médicale. Quand un Président est indisponible pendant une longue période pour cause de soins intensifs à l’étranger, les spéculations sur son bulletin de santé deviennent inévitables. D’autant que dès la première alerte qui l’avait mené vers l’hôpital de Aïn Naadja, on avait en haut lieu décidé d’imposer un black-out sur l’info principale pour minimiser l’impact de sa gravité sur l’opinion publique.

C’est bien après son transfert dans un centre spécialisé à Berlin que sa contamination a été révélée. Une semaine de silence et de tergiversations qui ont servi à faire circuler les rumeurs les plus folles sur son état. Pourquoi cette absence de transparence ? Le fait n’est pas nouveau. C’est une vieille coutume irréductible propre à notre système de gouvernance qui a la peau dure, et qui consiste à montrer que la «mer n’est jamais agitée chez nous», comme s’évertuait à le souligner le grand quotidien national au temps du parti unique.

C’est au demeurant dans les gènes du pouvoir algérien de tenir au secret toute annonce qui lui semble d’une extrême sensibilité dès lors qu’elle impacte directement la sphère décisionnelle, et qui donc serait susceptible d’être mal interprétée ou mal perçue par le public.

Et peut-être même d’être instrumentalisée pour des objectifs sournois, voire séditieux. Dans la tête de nos dirigeants, le phénomène de la «complotite» est toujours présent. Et parler franchement de la pandémie qui a réussi à atteindre le chef de l’Etat malgré toute la ceinture sanitaire mise à sa disposition pour le protéger justement de la contagion serait, pour eux, une façon peu orthodoxe d’abonder dans le sens des cogitations malsaines qui seraient toujours prêtes à leurs yeux à bondir pour créer le désordre.

Au final, la priorité étant accordée à la préservation de la «sérénité» du climat (une formule langue de bois passe-partout), opter systématiquement pour la «sanctuarisation» de la nouvelle ultra secrète serait le moindre risque pour affronter les retours d’écoutes médiatiques et…aussi politiciens qui peuvent souvent être très embarrassants. Jusqu’au jour où le vase déborde et transforme cette «réserve» en secret de polichinelle qui n’a d’égal que le ridicule qui aura entouré de bout en bout la confidentialité de l’opération.

Ce serait un moindre mal si ce jeu trouble de l’incommunicabilité restait au niveau de la caricature sans incidence particulière sur la marche de l’Etat et de ses dépendances. Mais voilà, cette politique outrageusement discrétionnaire et manifestement capricieuse ne serait pas dans le viseur de la critique si elle ne touchait pas au principe sacro-saint de la vacation du pouvoir qui répond à des normes constitutionnelles absolument intangibles et sur lesquelles l’opinion publique a droit de regard. Cette désertion du poste de premier magistrat du pays, les Algériens l’ont déjà douloureusement vécue avec le règne en dents de scie de Bouteflika victime d’un AVC sévère pendant son troisième mandat qui l’obligea à abandonner progressivement sa fonction au fur et à mesure que son handicap intellectuel et physique prenait de l’ampleur.

Pratiquement durant toute la quatrième mandature et une bonne partie de la troisième le Président déchu par le hirak était dans l’incapacité totale de diriger le pays, laissant par procuration à son frère le soin de le faire à sa place, ce qui comme tout le monde le sait a donné lieu à une déliquescence dramatique de l’Etat. Si l’histoire obscure de cet épisode présidentiel est évoquée ici, c’est pour rappeler qu’au moment où le chef de l’Etat était maintenu sous perfusion, et qu’une énorme forfaiture était commise pour le présenter comme étant apte à assumer ses lourdes charges, un grave problème de déficience du pouvoir s’est posé aux décideurs sans que ces derniers le considèrent à sa juste mesure. La vacance du pouvoir était criante, mais on continuait à mentir aux Algériens avec cette suicidaire intention de faire briguer, à son insu, un 5e mandat à un vieil homme fini dans le seul but de laisser le terrain libre aux prédateurs.

Ce mensonge ressemble étrangement au mystère qui accompagne aujourd’hui cette maladie de Tebboune l’ayant éloigné momentanément de ses responsabilités, laquelle maladie commence au bout d’une période d’indisponibilité jugée assez critique à remettre sur le tapis la question de la vacuité qui affecte l’autorité présidentielle, autrement dit celle de la gouvernance à partir de son premier garant.

Des similitudes dans la gestion de l’état de santé des deux Présidents sont relevées, il va sans dire. Comme pour Bouteflika, des bulletins de santé très sommaires, très approximatifs sont rendus publics sur l’évolution de la situation médicale de Tebboune, avec ce soin calculé de la présenter comme positive, encourageante, optimiste.

Cette pratique de la déformation médiatique a été désastreuse pour l’ancien Président, puisque la gravité de son état a fini par éclater au grand jour, entraînant fatalement sa déperdition et causant un désastre au fonctionnement des institutions étatiques et à l’économie nationale. Jamais un rapport médical précis venant des médecins étrangers qui le soignaient n’a été communiqué.

Ce sont toujours les services de la Présidence qui se substituaient à ces derniers pour donner des nouvelles sur sa progression en les banalisant au maximum au passage. Le même procédé est renouvelé. Aucun bulletin n’est à ce jour parvenu aux Algériens signé par les professeurs allemands, et donnant des indications médicales précises sur l’état de santé réel du Président actuel.

Pourquoi refuse-t-on cette démarche qui reste pourtant la plus fiable pour lever toutes les équivoques et les spéculations dont on a tellement peur ? Cette inclination à entretenir le tabou est aggravée par le fait que le Conseil constitutionnel s’est muré dans son silence, alors que sa responsabilité est de se concerter, en cette période d’absence du premier magistrat, pour faire le point scientifique sur sa maladie et avoir toutes les données médicales puisées à la source, auprès des services spécialisés de l’hôpital allemand, dans le but de connaître d’abord l’état réel de son bulletin de santé, ensuite de pouvoir se prononcer s’il faudrait s’inquiéter sur la vacance du pouvoir ou pas.

En agissant évidemment en toute légalité, et en tenant compte des impératifs régis par la Constitution sur ce sujet précis. Pourquoi là aussi ce Conseil observe-t-il un mutisme incompréhensible qui pourrait en dire long sur son état de dépendance vis-à-vis des «décideurs», alors qu’il est institué pour apporter les solutions constitutionnelles aux situations graves qui se posent au fonctionnement de la Direction suprême quand son chef pour raison de maladie ne peut assumer sa fonction ? Dans l’ère très autocratique de Bouteflika, le Conseil constitutionnel avait un simple mais humiliant rôle d’apparat.

Il suivait à la lettre ce que le clan présidentiel lui dictait comme instructions, alors qu’il était présenté comme un organe libre d’arbitrage concernant l’application rigoureuse de la Constitution. Il était le premier à piétiner les lois de la République en se soumettant corps et âme à ses mentors. La validation solennelle de la candidature du Président sortant pour un 4e mandat alors qu’il était en chaise roulante et incapable de prononcer le moindre mot restera pour lui comme l’acte de concussion le plus accablant, et l’image la plus dégradante pour les institutions de l’Algérie.

Tout indique que le Conseil constitutionnel version Tebboune qui vient de se signaler par le non-respect du délai imparti par les textes pour valider les résultats du récent référendum sur l’amendement de la Constitution est sur la trace de son prédécesseur. Une institution capitale, mais sans prérogatives.

D’ailleurs, qui détient les vraies prérogatives… Les Algériens qui s’expriment sur les réseaux sociaux se sont posé cette question cruciale alors que le locataire d’El Mouradia qui monopolise tous les pouvoirs de décision est indisponible.

La Présidence, le gouvernement, l’institution militaire, le Sénat, l’Assemblée populaire… sans oublier le sérail qui n’apparaît pas mais qui peut être partout. C’est la spécificité de notre système de gouvernance, où tout le monde et personne n’est responsable.

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