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Santé à trois vitesses ?

09 avril 2020 à 7 h 00 min

Le gouvernement a avancé par étapes et avec beaucoup de circonspection dans sa lutte contre la pandémie pour éviter de commettre des erreurs d’appréciation qui peuvent avoir des conséquences irréparables.

C’est en évaluant la situation sur le terrain qu’il s’est retrouvé contraint de serrer à chaque fois la vis du confinement, et donc de décider les mesures qui lui ont paru les plus drastiques pour le moment dans les wilayas les plus exposées. Plus drastiques mais personne ne sait si elles sont les plus appropriées en terme d’efficacité devant un danger viral difficile à cerner dans sa propagation.

Prudence et vigilance ont sans aucun doute guidé la démarche du gouvernement, mais si cette facette de son action reste raisonnable et adaptée aux circonstances, il ne faut pas pour autant occulter une réalité implacable qui veut que ce dernier a agi aussi et surtout en fonction des faibles moyens dont il dispose concernant le potentiel sanitaire et médical devant être mobilisé pour parer à toutes les éventualités.

Tout le monde sait que l’Algérie a une infrastructure sanitaire à la limite de l’acceptable compte tenu de ses ressources qui auraient pu lui valoir des équipements hospitaliers autrement plus pléthoriques et plus performants si l’argent qui devait supporter la politique de santé publique n’avait pas été dilapidé ou engagé dans des secteurs moins vitaux.

Si les Algériens se sont toujours plaints du manque flagrant de moyens et des conditions de soins lamentables qu’ils subissent dans les différentes structures de santé, parmi lesquelles les centres hospitaliers les plus «réputés», comme celui de Mustapha Bacha d’Alger dont les capacités d’accueil sont aujourd’hui hyper-saturées, c’est en fonction de sombres expériences vécues, chacune avec une histoire dramatique, qui au lieu de connaître des signes d’amélioration au fil des années se sont au contraire glissées dans une spirale de dégradation sans fin jusqu’au jour d’aujourd’hui.

En toute franchise, qui parmi les familles algériennes, qui ont eu à solliciter le concours des structures sanitaires algériennes, surtout dans des cas d’urgences graves, peut se targuer d’avoir eu accès aux soins le plus naturellement du monde, sans contrainte et sans endurer les conditions d’admission bureaucratiques atroces qui, en plus de vous empêcher d’être pris en charge convenablement, vous font subir les pires humiliations. Combien de fois n’a-t-on entendu autour de nous cette phrase qui fait tellement mal mais qui reflète fidèlement le degré d’exaspération des malades : «Nos hôpitaux sont devenus des mouroirs.»

A part la catégorie sociale dont le pouvoir d’achat lui permet tant bien que mal de fréquenter les structures des cliniques privées où les soins administrés paraissent de meilleures qualités mais à quel prix, le petit peuple qui arrive difficilement à joindre les deux bouts jusqu’à la fin du mois a toujours cette impression d’être livré, impuissant, à une médecine au rabais qui ne correspond nullement au contenu de la politique hardie de la santé publique ouverte à toutes et à tous, et notamment à l’efficience de sa couverture territoriale telle que régie par la Constitution et vantée par les hommes politiques au pouvoir.

Quand pour le simple quidam il faut toujours avoir recours à une connaissance dans le milieu hospitalier, à un piston ou à un quelconque passe- droit pour se soigner, elle n’est pas loin l’idée que chez nous il existe bien une médecine à deux vitesses, l’une réservée aux nantis qui parviennent, dans les moments de souffrance, à accéder assez facilement et disons presque normalement aux traitements médicaux sans trouver à redire, l’autre affectée à la classe des démunis dans laquelle il faut toujours se battre ou montrer ses pectoraux, parfois faire preuve d’intimidation sur le personnel médical pour arracher sa part de soin.

Les histoires qui racontent des scènes surréalistes dans nos hôpitaux où la violence faite au corps médical est devenue un élément naturel du décor sont légion dans ce constat de carence dramatique qui ne doit pas échapper à nos gouvernants. Et si on ajoute le mépris affiché par la plupart de nos pontes envers la réalité médicale de notre pays, les gros bonnets qui appartiennent à la classe dominante et qui pour un petit bobo de rien du tout n’hésitent pas, eux et leurs familles, à prendre l’avion pour aller se faire «retaper» dans les grands hôpitaux français, suisses ou espagnoles, d’aucuns diront que notre médecine ne tourne plus à deux mais carrément à trois vitesses.

Généralement, ce sont ces responsables qui louent avec beaucoup de conviction la fiabilité de notre système de santé qui sont les premiers à ne pas lui faire confiance, à lui tourner le dos dès qu’ils sont en situation de maladie. Pour eux, nos grands médecins et nos professeurs de renom ne sont bons qu’à être cités en exemple, car au moment décisif pour intervenir sur sa santé, on choisit sans la moindre hésitation de livrer son corps à des praticiens étrangers mêmes si souvent, et ça a été prouvé, le mérite de ces derniers est loin de valoir les compétences des sommités algériennes, reconnues ailleurs mais pas par leurs dirigeants.

Le plus grave dans cette affaire de soin à l’étranger qui est entrée dans les moeurs de la nomenklatura algérienne depuis que celle-ci est aux commandes du pays, ce n’est pas tant d’aller chercher le bon traitement là où il se trouve pour guérir ou simplement alléger sa souffrance, mais plutôt de le faire sans le moindre scrupule avec l’argent du contribuable. Ayant accès facilement aux prises en charge à l’étranger, les décideurs ne s’en sont jamais privés alors que ces dernières sont attribuées au compte gouttes à des algériens ordinaires dont les maladies sont souvent bien plus graves et plus urgentes.

Lorsqu’on apprend qu’une ancienne ministre, dans les années 2000, s’est rendue dans une luxueuse clinique suisse pour… un bilan sanguin qui a coûté près de 8000 euros (frais d’hospitalisation compris), on mesure l’ampleur des abus commis, des pertes occasionnées au Trésor algérien, et du mépris affiché contre notre système de santé. Au lieu de penser arrêter l’hémorragie, en mettant fin d’une part à ces transferts ségrégationnistes, et en investissant d’autre part d’avantage dans les structures et les équipements de pointe hospitaliers qui doivent répondre aux exigences qualitatives de soins d’une population en évolution, le régime a préféré conservé la même configuration sanitaire publique, donnant ainsi la preuve flagrante que la santé des Algériens n’est pas pour lui la préoccupation majeure.

C’est donc aujourd’hui avec un lourd héritage de manque d’infrastructures hospitalières que le gouvernement Djerad s’est lancé dans la guerre contre le coronavirus. Autant dire que la mission s’avère fort complexe pour tout exécutif qui se voit obligé de composer avec un arsenal médical aux capacités réduites. Que faire sinon de la gymnastique pour parer au plus pressé en priant Dieu que la vague qui est annoncée ne soit pas de la taille qui a frappé des pays européens comme l’Italie, l’Espagne ou la France, meurtris par la catastrophe alors qu’ils sont dotés de moyens sanitaires bien plus importants que les nôtres.

Et faire aussi de la politique pour gérer les humeurs contraires et les colères. A ce sujet, si les expressions gouvernementales dominées par des observations sur les parades contre l’épidémie sont jugées satisfaisantes, cela ne veut pas dire que celles provenant du corps médical et des citoyens dénonçant les nombreuses carences du système de santé relèvent de quelques accès de colère somme toutes légitimes et ne doivent pas, par conséquent, être prises en considération.

Nos hôpitaux sont débordés, notre personnel médical et paramédical, qui font preuve d’une abnégation remarquable, sont aussi très épuisés, car confrontés à une épreuve à laquelle ils n’étaient pas préparés. Personnel réduit, matériel approximatif,charge de travail énorme, en plus de la responsabilité de faire le maximum dans une infernale course contre la montre pour sauver des vies humaines. Vraiment, nos soldats de première ligne contre le fléau ravageur méritent tout notre respect.

Et dans ce magma d’imperfection, d’absence d’organisation et de coordination,où l’improvisation comble souvent le manque de planification ou de concertation, ce n’est la faute de personne si les résultats ne suivent pas. Sinon à celle des grands établissements de soin qui peuvent assurer une large prise en charge qualitative et quantitative, et du matériel de pointe qui font cruellement défaut lors d’une grave crise sanitaire de ce genre. Les algériens, pour terminer, se sont pris à rêver qu’au lieu et place de la grande mosquée d’Alger, un hôpital d’une contenance exceptionnelle serait érigé pour palier aux déficits existants.

Beaucoup d’avis ont circulé à ce sujet dans les réseaux sociaux dévoilant le penchant accru des citoyens pour une médecine populaire de haut niveau, bien que l’idéal aurait été de convertir l’argent investi dans ce gigantesque ouvrage en la construction de pas moins de quinze centres hospitaliers haut de gamme à travers tout le pays.


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