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lundi, 13 juillet, 2020
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Quand on s’engage, on va jusqu’au bout…

20 février 2020 à 9 h 45 min

Les membres du hirak et l’opposition politique sont toujours interdits d’antenne sur les médias publics. L’EPTV reste fermée comme une huître à l’expression libre et plurielle, celle qui contredit notamment le discours officiel. Des journaux qui tiennent à l’indépendance de leur ligne éditoriale sont toujours black-listés au niveau du pourvoyeur national de la publicité, l’ANEP.

Des journalistes sont encore poursuivis en justice, et parfois incarcérés pour leurs idées et opinions, ou simplement pour leur appartenance au mouvement populaire. Le tableau n’est pas nouveau. Sous le règne des Bouteflika, il était déjà très sombre. La consigne qui valait hier n’est apparemment pas près d’être abolie. Elle reste d’actualité.

A savoir que les décideurs, qu’ils aient fait partie de la îssaba ou qu’ils prétendent la combattre aujourd’hui ne veulent toujours pas entendre parler d’un contre-pouvoir médiatique. Ou d’un contre-pouvoir tout court. Pour rappel, les ministres qui avaient été affectés à ce secteur ont tous fait comme l’autruche, à défaut de pouvoir agir dans les limites de leurs prérogatives pour redonner un peu de dignité à la profession. Certains, plus malins que les autres et pour s’attirer les bonnes grâces de leurs mentors, se sont même appliqués avec un certain cynisme à désintégrer un peu plus la corporation. Leur zèle à vouloir étouffer par les moyens les plus odieux les quelques espaces de liberté que la presse indépendante a conquis au prix d’un long combat restera dans l’histoire. Comme une tache noire. Le nom en particulier d’un ministre que toute la corporation reconnaîtra ne pourra pas être effacé de sitôt des mémoires. Il sera toujours cité comme étant celui d’un fossoyeur patenté qui a fait le plus de mal à la presse en voulant à tout prix se valoriser sur son dos.

Et dire qu’il se considérait lui-même comme journaliste ; comme quoi, ce sont parfois les membres de ta propre famille qui t’assènent les coups les plus durs. L’actuel détenteur du portefeuille de la Communication est lui aussi issu de la famille de la presse. Il est connu pour être un journaliste de talent qui a fait ses preuves dans différents organes avant de se retrouver à la tête d’autres responsabilités plus ou moins proches du domaine de l’information. C’est une personnalité intelligente qui a dû poser certaines conditions de travail avant d’accepter le poste.

C’est pour dire que Belhimer, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est pas du tout du genre à courir après une hypothétique gloriole, ou à se lancer dans une aventure qui dépasserait ses compétences juste pour épingler un titre de ministre. Si Tebboune a pensé à lui, c’est parce qu’il possède réellement des capacités morales et intellectuelles indéniables pour la tâche qui lui est confiée. Le nouveau locataire du ministère de la Communication a en plus cet avantage de connaître le secteur de la presse dans ses moindres recoins, particulièrement les difficultés objectives que rencontre la presse indépendante dans l’exercice de sa mission et qui continue à ce jour à subir les pires représailles politiques, administratives et financières pour son droit à la liberté.

Contrairement à ses prédécesseurs qui avaient, chacun avec son style, chacun avec ses convictions, tenu à marquer leur entrée en scène par des déclarations d’intention plus ou moins lénifiantes, en parfaite symbiose avec la tonalité officielle en vigueur, un peu comme le faisait n’importe quel représentant du FLN dans son expression populiste et démagogique, Belhimer a choisi la voie de la clarté et de l’engagement. Bien que le contexte, faut-il le souligner, n’est plus le même à l’heure où la contestation populaire, en bousculant le régime, donne plus de facilité à ce type de «contrat». Il affirme, en effet, d’emblée, qu’il mettra toute son énergie pour défendre la liberté d’expression dans ses diverses manifestations, et surtout qu’il ne sera jamais le ministre qui viendrait pour enfoncer encore davantage la presse. A la place d’un bonimenteur, la corporation aura donc – du moins en théorie car tout travail se juge sur pièces – un bâtisseur qui promet de reconstruire la profession journalistique sur des bases saines d’éthique professionnelle et de concurrence loyale.

Car, laisse-t-il transparaître, c’est avec une presse libre, patriotique, et respectant les règles déontologiques et sociétales que pourra s’édifier la nouvelle République à laquelle tient le chef de l’Etat et autour de laquelle a été conçu le plan d’action du gouvernement. La notion du contre-pouvoir médiatique absolument nécessaire à une gouvernance démocratique prend ici tout son sens si l’on reste convaincu du principe fondamental selon lequel la liberté d’expression est la source vitale pour la réussite d’un système démocratique, mais encore faut-il commencer par le commencement, à savoir entreprendre de résilier l’ancien système qui est toujours en fonction avant de prétendre lui apporter les grandes transformations exigées par le hirak.

Ce serait risquer une lapalissade de dire que le système qui a prévalu jusque-là et qui a conduit l’Algérie à la faillite n’a pas tellement bougé malgré la forte mobilisation citoyenne hebdomadaire, qui depuis une année, jour pour jour, ne cesse d’appeler au démantèlement de ses fondements pour pouvoir aspirer demain à une gouvernance plus juste, plus rationnelle, plus égalitaire. Entre les mots et les actions, les Algériens ont appris de la part de leurs dirigeants qu’il faut rester méfiant car l’interactivité entre ces deux notions – dire et agir – a toujours été abstraite. Ce qui naturellement pose la question de savoir si on n’est pas encore une fois en train de nous mener en bateau en faisant des promesses mirifiques qui ressemblent à des mirages, sachant que les anciennes pratiques du pouvoir persistent et demeurent plus dominantes que jamais.

A quoi sert la venue d’une nouvelle équipe au pouvoir si son action repose sur les bases de l’ancien système. Nous sommes obligés de revenir à la presse, à titre d’exemple, pour signaler que le champ médiatique demeure toujours fermé malgré les intentions de le libérer totalement exprimées au plus haut niveau. Alors ? Alors, il faudrait plus de détermination pour réduire un tant soit peu le poids de la suspicion qui pèse sur le gouvernement. Plus de gages pour se rapprocher du hirak. Sinon, la fatale interrogation persistera : quelle liberté est laissée au ministre pour réussir son chantier ?



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