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Quand le hirak devient îssaba…

21 novembre 2019 à 9 h 00 min

C’est le point de non-retour pour les deux camps qui s’affrontent à distance dans une bataille médiatique trop inégale, et qui devient aujourd’hui une question de survie pour l’un comme pour l’autre.

Si l’état-major intensifie les appels à la mobilisation populaire autour de son projet électoral en ne lésinant pas sur les moyens de propagande, c’est pour attester de l’efficience d’une option politico-militaire qui n’a plus droit à l’erreur après deux scrutins ratés, mais qui fondamentalement peine à s’imposer comme l’unique solution salutaire devant faire sortir le pays de la crise.

Si, pour sa part, le hirak maintient vaille que vaille la pression pour la rupture totale avec l’ancien système en passant par le rejet naturel de cette élection, c’est pour certifier à l’opinion nationale et internationale qu’au-delà de cette échéance contre-nature de calendrier induite par un autoritarisme jamais égalé à ce jour, le souffle libérateur de la Révolution pacifique ne s’arrêtera pas.

D’un côté comme de l’autre, on reste persuadé que seule l’action sur le terrain est porteuse de résultats, même si on semble diverger sur la perspective, celle du mouvement insurrectionnel prenant l’allure d’une épreuve de fond plutôt que d’une course d’étape.

On saisit dès lors mieux l’esprit exalté qui anime le forcing du pouvoir militaire à vouloir ratisser large pour contrebalancer les impressionnantes vagues de manifestants qui investissent l’espace public les mardis et les vendredis à travers tout le pays et qui se comptent par millions. En désespoir de cause, le pouvoir s’appuie sur les médias qui lui sont inféodés pour donner l’impression qu’il existe derrière ce flux humain ininterrompu et surtout contestataire un «autre peuple» plus magnanime ou plus accessible qui défend librement l’option militaire et qui lui aussi a son mot à dire pour déjouer tous les pronostics.

Cette communauté pro-élection que la Télévision nationale, par ses plans serrés de la fabrication de l’image, veut absolument présenter comme une alternative crédible à l’extraordinaire densité du mouvement hirakien n’est en fait qu’une illusion d’optique pour tenter d’entretenir un équilibre précaire en matière de popularité.

Le sérail, assurément, sait que la comparaison avec les grandioses démonstrations de force du mouvement pacifique est vaine car entre les quelques dizaines de marcheurs ramenés par cars d’un point à un autre pour les besoins d’un reportage de circonstance et les torrents humains qui s’approprient spontanément et avec un enthousiasme débordant la rue, il n’y a pas photo.

Mais son pari de la dernière chance et en même temps de tous les risques ne lui laisse pas le choix. Il lui faut ce choc de l’image contradictoire favorable à ses calculs à l’heure de grande écoute pour minimiser les écarts trop flagrants et montrer que la population qui adhère est aussi importante que celle qui rejette. Nous sommes donc, comme il est dit plus haut, en pleine guerre médiatique dans laquelle le pouvoir militaire qui contrôle toutes les opérations techniques et de prosélytisme ne recule devant aucun procédé pour parvenir à ses fins.

Il y va de la désinformation la plus insensée au mensonge le plus gros pour essayer de gonfler une image populiste qui ne résiste pourtant pas à la réalité des situations. C’est, il faut le dire, un rôle ingrat de travestir cette vérité qu’assume la famille journalistique des médias publics, souvent avec un zèle incompréhensible.

Mépriser totalement le mouvement révolutionnaire et consacrer parfois plus de trois quarts d’heure d’antenne (c’est énorme pour la télé) à des rassemblements disparates qui portent tous les mêmes slogans et les mêmes «requêtes», preuve qu’ils ont été préparés avec soin à l’avance avec des consignes précises dans lesquelles la glorification du chef d’éat-major est loin d’être innocente, est la marque incontestable de la politique du deux poids deux mesures qui y est pratiquée et qui restera comme une grave transgression de l’éthique pour cette corporation.

Et dire que de nombreux directeurs de ces médias publics et privés se sont précipités pour signer la nouvelle charte de l’éthique conçue pour extirper l’élection présidentielle de toute forme de manipulation. L’engagement médiatique de l’Unique et de ses clones instruit donc sur la volonté du pouvoir à ne laisser filtrer que sa vision et ses points de vue.

C’est de la sorte qu’il envisage de terminer sur le podium avec comme trophée une élection qu’il aura encadrée de bout en bout. Au demeurant, les candidats qui se sont lancés dans la compétition, outre le fait qu’ils appartiennent sans exception au même système, apportent au passage eux aussi leurs contributions aux thèses discriminatoires du sérail qui les a sponsorisés. Dans leurs discours de campagne, et alors qu’ils sont vilipendés de partout, ils trouvent toujours un moment dans leurs communications pour casser du hirak. Sans la moindre vergogne, ils se sont surpris à dézinguer complètement un mouvement qui leur a donné une raison de sortir la tête de l’eau, après l’avoir fortement encensé.

C’est le retour au bercail qui agit sur les comportements. Plus grave, le hirak, pour ces postulants, est tout simplement désigné désormais comme un repère de la «bande» alors qu’il a été à l’origine du démantèlement de la îssaba. Quand Bengrina et ses concurrents affirment que les manifestants qui occupent les travées de la place Audin et de la Grande Poste ne sont qu’une poignée et qu’ils ne représentent pas l’Algérie, on comprend à qui il veut faire plaisir, vous n’avez qu’à suivre son regard.

Mais dans cette absurde prophétie, on saisit toute l’amertume des candidats à constater qu’ils ont déjà perdu la bataille des chiffres, et donc les probabilités mathématiques qui leur enlèvent la moindre once de crédibilité quand le rideau tombera sur cette piètre pièce de théâtre. Pour l’heure, c’est le discours officiel à sens unique qui est servi à une table où les convives font partie de la famille. «Tout le peuple algérien est pour l’élection», serine-t-on pour combler les angoisses d’un lendemain électoral qui reste pour tous les acteurs, actifs et passifs, une inconnue.

Comment marteler que la majorité de nos concitoyens adhèrent à ce projet alors que deux fois par semaine c’est un véritable raz-de-marée qui le rejette. Comme référendum pour démontrer une telle volonté populaire de contestation, on ne peut trouver mieux. Comment peut-on en fait proférer un tel mensonge, une telle ineptie alors que tout est aujourd’hui enregistré en temps réel en images et en sons et diffusé à grande échelle à travers toute la planète.

On sait en tous cas au moins une chose fondamentale : le hirak est nettement plus «actuel» que le pouvoir militaire qui reste figé dans ses méthodes archaïques. Son raisonnement est plus fiable pour l’avenir.

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